IIIIIIIIIIIIIIII
Louise Glück, surprise dans le prix Nobel de Littérature
Par Pedro de la Hoz Traduit par Alain de Cullant
Louise Glück, surprise dans le prix Nobel de Littérature
Illustration par : artistes cubains

La proclamation de la poétesse étasunienne Louise Glück comme prix Nobel de Littérature 2020 a pris la moitié du monde par surprise : elle n’était pas dans les kabbales des connaisseurs, sa production n’est pas suffisamment connue dans d’autres langues, la poésie n’entre pas parmi les genres les plus favorisés par le marché de l’édition, et beaucoup s’attendaient à ce que le laurier soit attribué à un écrivain de langue non anglaise.

L’œuvre de Glück, une new-yorkaise de 77 ans, auteur d’une douzaine de livres de poésie, dont la dernière collection Faithful and Virtuous Night, publiée en 2014 et qui a remporté le prestigieux National Book Award, ne manque pas de mérite ni de brio. Au cours des deux dernières décennies, la maison d’édition espagnole Pre-Textos a publié dans notre langue les recueils Ararat, Averno, El iris salvaje (mettant en évidence l’excellente traduction d’Eduardo Chirinos à partir d’une compilation qui a remporté le prix Pulitzer en 1993), Las siete edades, Praderas, Una vida de pueblo et Vita nova.

Le verdict du comité prix Nobel, depuis Stockholm, a mis en évidence « sa voix poétique indubitable qui, avec une beauté austère, rend universelle l’existence individuelle ». Il n’y a pas si longtemps, le critique Adam Plunkett, après avoir reconnu en elle l’une des voix les plus sensibles de la poésie anglophone contemporaine, a souligné : « Très peu d’écrivains partagent leur talent pour convertir l’eau en sang. »

Tout au long de son histoire, l’Académie Suédoise a distingué 117 écrivains, dont 80 pour cent d’origine européenne ou américaine, trente appartiennent à la sphère anglophone. La poétesse nouvellement lauréate est la seizième femme à le mériter.

Récemment on a vu la nomination des noms comme Marysé Condé, de la Guadeloupe, à qui la Casa de las Américas a consacré sa Semaine de l’Auteur en 2010, et la canadienne Margaret Atwood, qui s’est rendue à La Havane lors de la Fête Internationale du Livre 2017.

Pendant des années, les candidatures éternelles du narrateur japonais Haruki Murakami et du kenyan Ngugi Wa Thiong’o, qui a placé sa langue maternelle, le kikuyu, sur la carte littéraire mondiale, ont été réitérées.

Parmi les premières réactions devant le prix Nobel à Glück, Robert Casper, chef du département de poésie et de littérature à la Bibliothèque du Congrès, a souhaité, qu’à partir de maintenant, l’œuvre de la lauréate soit plus connue par les lecteurs de son propre pays, où elle n’est pas l’objet de culte d’une petite minorité maigre, ajoutant : « Le prix Nobel ne promouvra pas seulement les poèmes de Glück dans le monde, mais s’assurera également qu’ils soient placés à côté de la meilleure littérature dans n’importe quelle langue à tout moment ».