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L'hérésie n'est pas facile
Par Alfredo Guevara Valdés Traduit par Alain de Cullant
L'art suppose l'une permanente expérimentation, une recherche infatigable, une insatisfaction qui ne donne pas de trêve au créateur, et qui, dans chaque œuvre et dans chaque période historique, offre au spectateur une nouvelle et bien plus ample image du monde.
Illustration par : Eduardo Roca CHOCO

Quelques questions de principe

L'hérésie n'est pas facile. Cependant, la pratiquer est la source d'une profonde et encourageante satisfaction, et celle-ci est plus grande quand la rupture ou l'ignorance des dogmes communément acceptés sont plus  authentiques. Dans ce sens, l'hérésie est un risque quand l’abandon des sentiers a de l’importance, ainsi que le rejet de sa substitution. Il n'y a pas de vie adulte sans une hérésie systématique, sans l'engagement de courir tous les risques. Et c'est par cela que cette attitude devant la vie, devant le monde, suppose une aventure et la possibilité de l'échec. Mais c'est aussi l’unique et véritable opportunité de s'approcher de la vérité sous toutes ses facettes.

Toute recherche oblige à rompre des suggestions et exige qu'un point dans le développement ne soit rien de plus que cela : un point de départ. C’est dans cette mesure que où l’on peut affirmer que le travail intellectuel est toujours une aventure et que l’intellectuel, presque automatiquement, semble condamné à l'hérésie.

Si la seule pensée peut se développer en considérant chaque point d'arrivée comme un nouveau point de départ, le créateur résultera sans remède un hérétique coutumier. Il en résulte que dans de nombreuses occasions il résulte une pierre de scandale et un motif de soupçon et, que dans des sociétés de forte structure, qui ont terminé ou arrêté son développement dans un processus de cristallisation ou qui affrontent des convulsions violentes, il arrive à se convertir inclusivement en empesté ou poursuivi. Ceci est également valide dans le domaine de la science et dans celui de la culture artistique, et aucun saut qualitatif n'a pas été donné dans l'histoire de la pensée humaine sans que cela ne fût accompagné d'un déchirement. Dans le véritable travail intellectuel le germe révolutionnaire est toujours présent, puisqu'il ne repousse pas l'hérésie et qu’il se compromet dans la recherche. Si cela comporte un destin tragique et lie la vie du créateur avec son symbole classique, le Prométhée enchaîné, il n'y a aucune chaîne pouvant, au milieu des plus cruels déchirements, empêcher ce que le feu brûle en soi le passé et éclaire l'avenir.

L'aventure de la pensée créatrice est aussi, pour cela, une source d'optimisme. Aussi bien le scientifique et l'artiste font de la réalité un chemin ouvert, et loin de la limiter à la vision contingente ils ouvrent des mondes secrets dans chacune de ses particules, et des nouveaux recours, et des visages inattendus à partir du cadre temporel des horizons apparents. C’est pour cette raison que l'hérésie donne, avec le degré de rupture ou d'indifférence devant les dogmes, une charge de joie et un souffle qui se transmutent en mécanismes d’impulsions. (…)

(…) l'art suppose l'une permanente expérimentation, une recherche infatigable, une insatisfaction qui ne donne pas de trêve au créateur, et qui, dans chaque œuvre et dans chaque période  historique, offre au spectateur une nouvelle et bien plus ample image du monde. Ceci sera véritablement révolutionnaire par cela, et donc, l'artiste qui rénove les moyens expressifs offre de nouveaux éléments de la réalité, et dans ceux-ci sa beauté, son expressivité, sa signification intérieure. Cela sera valide inclusivement quand il s'agit de récréer la réalité en l'enrichissant. L'artiste fait partie de la réalité, et si cela se recrée constamment, et devient diverse et surprenante, l'artiste n'est rien d’autre qu'un témoin et un instrument de cette nature interne, du caractère même du monde réel. Et quand un rejet se produit, cette validité ne se dissout pas, car ce mouvement part aussi de sa critique et de sa crise. (…)

(Fragments du texte publié sous le titre Cine cubano 1963, dans la revue Cine Cubano, numéros 14-15,  La Havane, 1963, page 1)