IIIIIIIIIIIIIIII
Les promenades de José Martí à La Havane : le Liceo Artistique et Littéraire de Regla
Par Ana Fernández-Viña López Traduit par Alain de Cullant
Lors de l’inauguration de ce centre culturel le 8 février 1879, Martí a affirmé dans son discours : C'est la première fois que je parle dans ma patrie !
Illustration par : artistes cubains

Au cours du mois de janvier 1879, les travaux de réparation des locaux où serait ouvert le nouveau Liceo de la localité de Regla étaient en phase finale.

Bien que José Martí devait partager son emploi du temps entre l'attention portée à sa femme et à son jeune fils, le travail dans le cabinet d'avocats de Nicolas Azcirate et ses cours au Collège d'éducation, il n'a jamais cessé d'être attentif de ces œuvres.

Le lendemain de son 26e anniversaire, Martí a assisté à une session extraordinaire convoquée par ce qui serait la direction du Liceo de Regla. Là ont été définies les sections de cette société culturelle : Déclamation, Philharmonie et Instruction et Littérature. C'était le moment choisi pour nommer Martí comme membre honoraire de l'institution. La date d'ouverture a également été fixée pour la soirée du 8 février.

Ce jour-là une tempête a paralysé la traversée des vapeurs de la baie. Martí devait prendre la parole lors de la deuxième partie de l'inauguration, en tenant compte de la grande attente qu’avaient provoquée chez les habitants de Regla les paroles qu'il avait prononcé à l’occasion de l'enterrement du poète Alfredo Torroella. Il est arrivé juste à temps, les cheveux trempés et embroussaillés. Et il a prononcé son premier discours politique à Cuba.

Parmi les notes qu'il apportait, il a dit : « [...] Je ne sais pas ce que ces rues de Regla ont, bien que pavées, il semble que des fleurs y poussent [...] Je ne sais pas pourquoi, plus que de bonheur, ma poitrine est pleine de larmes. C'est la première fois que je parle dans ma patrie ! Je ne parle pas en face d'un homme mort [...] Je ne sais pas ce qu’a cette petite ville qui semble plus cubaine que d'autres villes. Il y a ici l’air des braves, l’air des bons ».

Pedro Coyula a fait remarquer dans son hebdomadaire La Patria que son discours a suscité des applaudissements prolongés et que les phrases contenaient un espoir ou un sentiment latent chez les auditeurs en les exposant avec une expression inimitable.

Dans l'hebdomadaire La Razón, dédié aux artisans de tendance réformiste, Saturnino Mártinez a qualifié son discours plein d'originalité et de courage, nourri par de tels concepts nobles que les participants l’ont écouté de façon extatique.

La célébration a duré jusqu'au petit matin. José Martí a dû dormir dans la maison du maire de Regla, Nicolás Giral y Palet.

Le Liceo de Regla a été dissous en 1896 et occupé par les troupes espagnoles. En février 1900, il a été réparé avec l'aide de ses associés et de la population locale. Après un incendie et sa destruction par le cyclone de 1926, ce n'est qu'en 1937 qu'il fut à nouveau le centre culturel de Regla.