IIIIIIIIIIIIIIII
Les nouveaux paysages de Carlos Javier
Par Jorge Luis Rodríguez Aguilar Traduit par Alain de Cullant
L’œuvre de Carlos Javier Alonso Sosa possède un discours entre un avant et un après.
Illustration par : Carlos Javier Alonso Sosa

L’œuvre de Carlos Javier Alonso Sosa (La Havane, 1986) possède un discours entre un avant et un après. Les paradoxes du destin, souvent imprévus, imposent une autre harmonie de vie. Ses motifs sont nombreux et avec seulement celui de revenir quelques années en arrière on comprendra pourquoi le changement est si important pour lui.

Sa dernière série de nouveaux paysages se distingue par sa façon particulière de travailler, ce qui a motivé plus que des objectifs, un groupe de prémisses soutenant le développement de sa plus récente production.

Tout d'abord, il se propose d’établir un changement dans tous les sens, qu’il soit géographique, idéo/esthétique (incluant le formel, le conceptuel, les changements chromatiques de sa palette, le contenu à partir du support) et le relationnel.

Il n’assume pas cette position depuis la négation ou le détachement, mais depuis l'assimilation, la maturité et l'expérience. Le changement de contexte géographique est toujours un coup dur pour n’importe quelle personne. Les coutumes, l’expression idéologique, la racine culturelle, les modes de production et de relation changent. Dans ce processus d’établissement, la dynamique quotidienne de la vie se termine, généralement, en éludant la production artistique ou en la reléguant à un deuxième ou troisième plan. Souvent, elle ne revient jamais à être un motif de reconsidération des idées, même si des inquiétudes subsistent.

Après près de dix ans hors du pays, Carlos Javier tente de se repositionner dans son contexte naturel, de comprendre que les changements sont nombreux. Maintenant, le paysage possède une nouvelle saveur. Ce n'est plus celui qu’il connaissait ni celui qu’il représentait. Il se débat entre l'utilisation effective ou non de la couleur, de la façon de peindre, dans la forme naturaliste de sa peinture contre une nouvelle, plus expressive, qui l’induit à bannir la copie du naturel par le traçage de reproduction depuis la photographie.

Cela, précisément, se connecte avec sa seconde prémisse, qui tente de proposer une réflexion sur la mémoire et les processus qu'il établit dans une œuvre d'art (le souvenir). Et contrairement à ce que la norme exige, les conditionnements formels ont motivé une proposition différente des composants conceptuels de sa proposition.

Pour Carlos Javier, chaque image évoque un espace d'interaction particulier. Ce sont des lieux communs, parcourus quotidiennement, qu’il sacralise comme sa nouvelle géographie et qu’il redimensionne avec des  titres cryptiques évoquant le lieu de référence. C'est un jeu sémiotique entre la mémoire et l'expérience, entre le signe et le souvenir. Un jeu entre le souvenir qui laisse dans la mémoire, comme exercice, le pouvoir de rencontrer ou de découvrir une partie de l'histoire. C’est pour cette raison qu’il prend comme base la photographie bougée, floue, en noir et blanc, faite de nuit, sans une qualité d’exposition, même pixélisée, car il est intéressé à changer les relations, les points de vue, le regard plus « traditionnels » du paysage par un qui est en pleine évolution. À la fin c’est un bannissement de quelque chose qu’il sait et qu’il domine bien, mais qui l’amarre, par quelque chose de nouveau, de différent, qui le libère.

Dans ce sens, il articule sa troisième prémisse avec celle qui rend propice une recherche plus formelle que conceptuelle dans le thème du paysage, dans une étape d'expérimentation et de modification de sa façon de travailler. Son œuvre donne un espace à une ville travaillée avec de forts contrastes monochromatiques. Avec les toiles et les bristols allant du grand au petit format – certains plus figuratifs que d'autres -, il laisse sentir le transit qui le conduit sur une voie qui tend à la purification de la ligne et de la marque, ou au retour d'un dessin dans le cadre du processus qu’il suit et qui se structure actuellement comme le corpus de son travaille. Pour lui, la relation entre l'image et l'interprétation qu'il en fait, est une action stimulante qui se déplace entre les fils du sublime et du plus bas, mais qui s'appuie parfois sur un type de plaisir entièrement perceptif, qui nous emmène depuis un pinceau impressionniste à la sensation abstraite/expressionniste. Un artiste qui parie tous ses efforts, pour l'instant, à se nier lui-même et à établir une autre relation formelle avec lui-même, dans une refonte de sa nature et dans l'assimilation de La Havane comme son nouvel espace vital.

Nous sommes confrontés à une œuvre qui évoque clairement la relation entre le processus de production (croissant), la distribution de celui-ci (à partir de n’importe quel support visuel et communicationnel) et la consommation (pouvant être bonne dans sa qualité pour établir un retour à la production). Il faut l'apprécier à sa juste mesure, avec attention, et se plonger en elle.