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Les carnavals de Santiago de Cuba : tradition et modernité
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
Le carnaval de Santiago a quelques particularités, telles que la date de célébration du 25 juillet par coïncidence avec plusieurs fêtes du calendrier catholique et, d’autre part, pour l’important rôle politique et économique de cette ville.
Illustration par : artistes cubains

Les carnavals de Santiago de Cuba sont parmi les plus attrayants dans la région des Caraïbes, avec ses congas du Cocoyé accompagnés de gens rampant dans les rues. Ces carnavals, selon les textes d’Argeliers León, avaient des modèles et des motivations différents de ceux de La Havane. Ils établissent une fête de la participation collective plus égale et sans caractère de spectacle vu de l’extérieur. Dans ce carnaval, les gens participent en tant que spectateur et acteur.

Le carnaval de Santiago a quelques particularités, telles que la date de célébration du 25 juillet par coïncidence avec plusieurs fêtes du calendrier catholique et, d’autre part, pour l’important rôle politique et économique de cette ville.

Selon les données de Rafael Breá et José Millet, ces événements massifs ont été initialement conçus comme Fiesta de Máscaras ou Los Mamarrachos, ils ont une lignée ancienne remontant à la période coloniale. À la fin du XVIIe siècle, chaque année, une procession parcourait les rues autour de la cathédrale pour célébrer le jour de Santiago Apóstol, saint patron de la ville. Dans la ville, ces festivités s’étendaient de la San Juan (24 juin) à la San Joaquín (16 août).

On parle de célébrations avec des tambours qui ont défilé depuis le 17ème siècle et « au XVIIIe siècle, une forte immigration française vient de Saint Domingue, et ses nouveaux maîtres arrivent accompagnés de leurs esclaves domestiques haïtiens, qui ont reçu une influence raffinée. Ces esclaves franco-haïtiens avaient formé leur cabildos (confrérie) et, en s’installant à Santiago, ils ont fondé les Tumbas Françaises, des sociétés de danse, qui se joignent progressivement aux célébrations des festivités des Mamarrachos, avec leurs chorégraphies, leurs chants et leur musique ».

Pendant la Guerre des Dix Ans (1868-1878), Manuel Palacios Estrada raconte que « les mambises déguisés en comparseros sont entrés dans la ville pour apporter des messages stratégiques, dans le but de conspirer et, aussi, pour pouvoir rencontrer leurs proches ».

Un an après le Cri de Yara (10 octobre 1868), la comparse de Los Guajiros symbolisait l’insurrection des cubains, avec le chapeau de paille et la machette libératrice aiguisée à la ceinture. Ils portaient de longues robes noires, leurs recouverts de longues capuches.

L’attaque contre la caserne Moncada dirigée par Fidel Castro a eu lieu durant le carnaval de Santiago, le 26 juillet 1953.

Logiquement, les carnavals se développaient plus fortement quand ils avaient une large participation d’artisans, de paysans et d’affranchis, noirs et de mulâtres, qui avaient acquis une certaine solvabilité économique. Juan Pérez Villarreal nous a fourni des données importantes sur la façon dont le carnaval de Santiago avait lieu à la fin du XIXe siècle.

« Dans les carnavals on souligne l’ample public qui se concentrait pour profiter des œuvres de théâtres improvisées, de la participation de comparses et des cabildos. Les cabildos noirs se distinguent par le luxe des ornements colorés et des costumes somptueux portés par les reines des diverses nations. Les reines, sur leurs trônes, étaient portées dans les rues. Les maîtres des esclaves participaient à ces défilés au rythme des chants et des tambours et des maracas ».

Bien que les cabildos aient officiellement changé de nom, ils étaient particulièrement connus sous leurs anciens noms. A Santiago de Cuba,  on connaissait l’existence du Cabildo Cocoyé, du Club Juan Góngora (Cabildo Congo), de la Sociedad El Tibere, du Cabildo de Santa Bárbara, du Cabildo San Salvador de Hora (Cabildo Viví), de La Sociedad Nuestra Señora del Carmen (Cabildo Carabalí Olugo) et de La Sociedad Cabildo Carabalí Izuama.

Au moment de ces festivités, les cabildos étaient autorisés à défiler vêtus de costumes et accompagnés de bannières, d’étendards, de flambeaux et de la savoureuse conga. Ils passaient ainsi dans les rues des quartiers les plus anciens de la ville, ceux qui ont été générateurs des comparses les plus célèbres de tous les temps, comme le quartier El Tivolí, Los Hoyos et le secteur de la Place de Marte. Les Mamarrachos arrivaient jusqu’à la mairie, où ils entonnaient leurs chants, en attendant de recevoir une rétribution monétaire connue sous le nom d’aguinaldo.

Tous les groupes sont caractérisés par l’utilisation d’ensembles instrumentaux de percussions, essentiellement d’origine africaine. Une mention spéciale doit être faite au clairon chinois, arrivé depuis La Havane en 1915, un petit instrument au son aigu, de cinq notes qui, pour sa mélodie, ressemble à la cornemuse.

Les carnavals de Santiago de Cuba révèlent l’importance des festivités pour l’expansion, la révélation et la cohésion sociale de masse quant à la préservation de leur dignité et de l’affirmation de l’identité. C’est une façon de reproduire, de transmettre et de préserver les traditions festives et cérémoniales, avec leurs mythologies, danses, musiques, chants, pantomimes et fables millénaires, provenant des Africains.

Aujourd’hui, le carnaval de Santiago se maintient avec ses traditions et ses modernités, dans une ville qui préserve intacte ses mystères et ses coutumes.