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Les apports des Chinois à Cuba
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
La trace des Chinois à Cuba devient tangible dans les recettes culinaires, les éléments de l'artisanat, le théâtre, l'opéra et la musique.
Illustration par : Flora Fong

Le mélange d'européens, d’africains et de chinois donne une touche magique à la population cubaine. Si par culture on entend aussi la nourriture, la façon de travailler et de vivre, comme l’affirme Gabriel García Márquez, la trace des Chinois à Cuba devient tangible dans les recettes culinaires, les éléments de l'artisanat, le théâtre et l'opéra, la musique - avec le cornet chinois - même dans la rébellion indépendantiste et dans les formes déterminées de la production et des services.

De même, dans la langue, l'influence culturelle de la Chine est significative. Sergio Valdés, dans le livre Lengua nacional e identidad, a compilé une série d'expressions générées à la chaleur de la cohabitation avec les asiatiques, en plus de dénominations comme orange chinoise, haricots chinois, sauce chinoise…

L'influence de la culture chinoise est peut-être plus ample que le savant cubain Fernando Ortiz l’a imaginé, sa philosophie a imprégné les Cubains. Et dans l'histoire nationale de la musique se trouvent Jesús Lí, El Chino Chong, le maestro Fortín, Julio Ley, Servando Aragó, Jesús (El Chino Lam), Obdulio Morales, les groupes de musique des sociétés chinoises et les groupes de danse des carnavals.

Un peu « d’histoire chinoise »

Les premiers contingents de « Chinois » arrivés à Cuba procédaient réellement de Manille, un réduit colonial de l'Espagne en Asie. Beaucoup sont morts durant la traversée, mais aussi beaucoup se sont mélangés avec les autres groupes d'immigrants arrivés à Cuba, faisant surgir une sorte de Chinois et de Chinoises mulâtresse donnant au pays une touche spéciale de « hérauts de la civilisation », au dire de Wifredo Lam.

Les Chinois, comme nous le savons, ont travaillé dans tous types de métiers avec une efficacité merveilleusement démontrée. Le chef de cuisine Gilberto Smith explique que les Chinois ont créé, à Cuba, une nourriture typique qui n'existe pas ailleurs, comme le riz frit.

« J'ai personnellement vérifié que cette nourriture n'existe pas dans aucun Quartier Chinois de New York, de San Francisco et de Londres. Un bon nombre de repas appelés « typique » de Cuba, existe dans d'autres pays d'Amérique Latine, mais pas le riz frit, un plat comptant des viandes et des fruits de mer, des petits oignons, du riz et de la sauce chinoise. Je dois ajouter que les Chinois, avec leurs commerces, ont aidé les plus pauvres en vendant des produits à bon prix », assure le chef Smith. Emilio Roig, dans l'un de ses articles sur un personnage légendaire, le « Médecin Chinois », nous rappelle que celui-ci disait à ses patients : « Si vous avez de l´argent payez-moi. Si vous n’en avez pas, ne me payez pas. Je donne toujours des médicaments aux gens pauvres ».

Les premiers 206 coolies chinois sont arrivés le 3 juin 1847, par le village de Regla. Tout comme les Africains, les Chinois typiques et créoles « vont nous doter rien moins que du concept d'indépendance », a écrit Alejo Carpentier, en 1981, dans une revue de l'UNESCO.

Jesús Guanche nous rappelle qu'en 1868, avec l'éclatement de la Guerre des Dix Ans, les coolies se sont incorporés d'une manière massive au conflit. Tous se sont joints avec un grand patriotisme, réalisant de véritables exploits, « et ils ont donné un exemple de discipline, de loyauté et de courage. Il en résulte que dans le Parc de L et Linea, sur un monument érigé à ces patriotes, on peut lire sur le piédestal, avec des lettres impérissables rédigé par Gonzalo de Quesada : « Il n’y a pas eu un seul chinois cubain déserteur, il n’y a pas un seul chinois cubain traître ».

Le Quartier Chinois de La Havane

Le plus typique des Chinois à Cuba a résulté son Quartier Chinois, placé dans ce qui est aujourd’hui la municipalité Centro Habana, la zone la plus populeuse et commerciale de la capitale.

Je rappelle des visites à ce lieu avec mon père chinois, quand j’étais un enfant. Le parcours par les commerces et les demeures des compatriotes ; cette atmosphère asiatique qui nous faisait croire que nous étions sur la terre de l'Empire Céleste, avec les dragons et les ornements chinois qui ont fini par entrer dans tous les types de foyers cubains.

Je n'oublie pas les restaurants chinois, avec ces saveurs et ces odeurs que le roi de la salsa. Juan Formell, a tant loué… Ces poissons, poulets, canards, porc fumé pendus dans les rayons… Les chicharrones, les petites friturites, les glaces à l’eau (élaborées à base de fruits, sana lait).

Et que dire du restaurant El Pacífico…Avec sa façade éclectique, à l’angle des rue San Nicolás et Rayo, avec ses cinq étages et l'ascenseur  traditionnel, où nous voyions les différentes Sociétés, avec les Chinois en tee-shirt et leurs éventails de paille.

El Pacífico des frères Font, avec ses deux cuisines et les plats spéciaux : le riz frit, le thé, la soupe chinoise, la soupe de riz, de maïs (avec un bouillon de poulet et un œuf battu), les pop-corn, les sauces et les condiments chinois, des recettes cantonaises, appropriées au palais des Chinois, des descendants et des Cubains.

Le directeur du Casino Chung Wah, Alfonso Chao, me disait que à cette époque, l'itinéraire le plus commun des touristes visitant l'île était de passer le matin sur la plage de Varadero ; la nourriture d’El Pacífico l'après-midi et le cabaret Tropicana le soir.

La visite d’un navire chinois

En 1911, le navire Hai Chi, de la marine de guerre chinoise, est arrivé dans le port havanais, en représentation du Gouvernement Impérial. La visite s'est convertie en un grand événement. Un fait qui a marqué une nouvelle étape dans la dynamique et la projection associative de la communauté chinoise dans la ville : une ère cruciale, de bataille tenace, qui ouvrait le progrès des Chinois à Cuba.

On m’a raconté que la réception du gouvernement et du peuple havanais a été grandiose. Tout un événement, même pour les Cubains n’ayant pas d’origines asiatiques, qu’El Fígaro, la revue des élites intellectuelles, a couvert avec ces mots : « Nous ne pouvons pas moins qu'accueillir chaleureusement et applaudir les représentants d'une race patiente ».

En 1912, une manifestation de la colonie chinoise par les rues principales de la ville, a célébré le triomphe de la République en Chine. Une rencontre de convergence entre des négociants espagnols, chinois et cubains a scellé l'empathie émotionnelle en 1913.

« Les Chinois laissaient leurs rancunes, et ils disaient qu'ils étaient les frères tous. C'était une communauté pacifique, honnête et respectueuse. Les Chinois sont combatifs, de vaillants soldats, stoïques, d’un grand courage, très modestes, ne s'effrayant pas, travailleurs et intelligents. Les Chinois n'ont jamais fait de scandales publics dans la ville, de véritables hommes responsables, respectant l'ordre, très formels, corrects et respectueux », a écrit Antonio Chuffat, le premier qui a sérieusement abordé les recherches de la présence chinoise à Cuba.