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Les événements de Chicago dans la pensée de José Martí
Par Pedro Norat Soto Traduit par Alain de Cullant
Parmi les expériences qui ont contribué à l’évolution de sa pensée sociopolitique figurent celles liées aux événements qui se sont produits en mai 1886.
Illustration par : artistes cubains

On sait que les années vécues par José Martí aux États-Unis d’Amérique, entre 1880 et 1895 (avec le bref séjour vénézuélien de 1881) ont été très importantes dans sa formation politique et idéologique.

Parmi les expériences qui ont contribué à l’évolution de sa pensée sociopolitique figurent celles liées aux événements qui se sont produits en mai 1886.

La grève pour la défense de la journée de travail de huit heures, les émeutes et les explosions de bombes, l’arrestation de huit anarchistes et leur exécution aux mains de l’État, ont été des événements suivis par le héros cubain, avec son extraordinaire détermination journalistique.

En tant que correspondant des journaux La Nación, de Buenos Aires, et El Partido Liberal, de Mexico, Martí a écrit au moins trois chroniques sur ce thème : Les Grandes Émeutes Ouvrières, Le procès des sept anarchistes de Chicago et Un terrible drame.

La lecture de ces œuvres permet également d’attester de la majesté intellectuelle de Martí, donnant une véritable leçon d’éthique journalistique.

Dans ses appréciassions, le Maître n’hésite pas à rectifier publiquement ses jugements, allant de condamner les ouvriers, d’abord considérés coupables des faits qui leur sont attribués, jusqu’à la reconnaissance de leur innocence, qui est prouvée à la lumière du procès truqué qui a été suivi.

Au début, Martí fait écho de la xénophobie de la presse bourgeoise, stigmatisant « ces sept Allemands, vidant sur l’Amérique la haine fébrile accumulée durant des siècles européens sur les ouvriers ».

S’il l’écrivait ainsi le 2 septembre 1886, un an plus tard, le 13 novembre 1887, il exprima sa solidarité avec les anarchistes condamnés.

Pendant le procès, « Les immigrants européens ont dénoncé avec une colère renouvelée les maux qu’ils croyaient avoir laissés derrière eux dans leur patrie tyrannique ». À cette époque, le cubain universel était arrivé à une conclusion capitale : « L’Amérique est la même que l’Europe ! ».

L’erreur des mutins n’était pas en cause, mais dans la manière de réclamer la justice, ne comprenant pas « qu'ils ne sont qu’un rouage de l’engrenage social, et nous devons changer, pour qu’ils changent, tout l’engrenage ».

La lecture de ces œuvres est la meilleure recommandation qui puisse être faite à ceux qui sont intéressés à connaître en profondeur l’itinéraire idéologique et politique de José Martí.