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Lectures françaises de José Martí : Mes mémoires, d’Alexandre Dumas (père) (XIII)
Par Carmen Suárez León Traduit par Alain de Cullant
Martí parcourt de la main d’un témoin exceptionnel la révolution romantique à Paris...
Illustration par : artistes cubains

On sait que José Marti n’a pas beaucoup sympathisé avec le genre roman, il lui semblait qu’il fabulait trop et rien ne semblait avoir plus d’intérêt pour lui que les événements réels de l’être humain, à la fois dans la vie quotidienne et dans son monde intérieur. Mais il n’a pas manqué d’admirer les romans qui ont su raconter avec profondeur et sérieux les passions des hommes et de leur temps. Il a trouvé une partie de ceci dans les romans du Père Dumas dont la lecture en témoigne à plus d’une occasion. En 1882, il écrit, pour La Opinion Nacional, de Caracas : « ... de l’article véhément dans lequel Alexandre Dumas, qui est un fils pieux, compare son père à Shakespeare, pour la robustesse dans la pensée, l’empressement dans la conception et l’originalité et la force de la création qui rendent son petit roman plus ruineux, un nid de drames : … (1) »

Il reconnaît ainsi, depuis sa passion pour le théâtre, et avec une profonde pénétration critique, la qualité dramatique et épique des romans du célèbre français, il l’a apparemment considéré comme la plus grande valeur de ces romans quand il a également écrit en 1882 : « Auguste Maquet qui avec Alexandre Dumas, père, agrémente ces romans d’histoire et de chevalerie, qui sont des nids de drames et comme une épopée durable des temps qu’ils dépeignent… (2) » Il note également dans la revue La América, en 1883, peut-être à cause de l’obstacle sentimental qui le traverse : « Et il y a des livres de cheveux roux et de regard morne, comme ce fils de Milady dans ce poème de Dumas qu’ils appellent roman, Les Trois Mousquetaires... (3) »

Cependant, ce que le cubain lisait avec plaisir sont les mémoires du grand écrivain, aventurier lui-même et participant aux grands événements de l’époque. Nous pouvons suivre son intérêt pour ses lettres à son ami Enrique Estrázulas qui, lors de son voyage en Europe, le laisse en charge du consulat uruguayen à New York. Ce sont de délicieuses lettres dans lesquelles Martí demande des livres à son ami. Il lui écrivit en octobre 1887 :

On dit déjà que je lis Houssaye, dans les Confessions qui, dans le premier volume, n’en valent pas la peine, mais qu’en est-il de mes « Mémoires de Dumas » et de mes éditions pauvres de l’Odéon, de poètes et d’historiens - Thiery, Mignet, Thiers, Guizot - que je dois demander ? Pourquoi ne m’envoyez-vous pas deux ou trois catalogues de librairies bon marché ? Vous ne m’aimez pas, vous ne m’avez pas envoyé « La Terre » … (4) »

Vraiment, nulle part nous ne trouverons ce José Martí si avide de livres, bien qu’il les ait achetés en permanence et ait fait des listes de ceux à acquérir dans ses notes. Dans l’autre lettre du 30 mars 1888, il parle de « l’enchantement que je prends, et des heures qui me volent, les mémoires de Dumas, que Mestre ne m’a pas amené et que j’ai dû envoyer à chercher chez lui... (5) »

Il citera à nouveau les faits et les expressions de cette œuvre publiée pour la première fois en 22 volumes (1852-1855), où de main de maître l’auteur écrit l’histoire de sa vie aléatoire dans laquelle l’auteur consacre de nombreuses pages aux événements politiques de son temps, à diverses personnalités telles que Georges Sand ou Eugène Sue ainsi qu’aux avatars mêmes de son existence. Mais José Martí les a lus et cités des le début des années quatre-vingt, comme en témoigne cette note de sa « Section constante » pour La Opinión Nacional en 1882. Écrivant ce qu’ils appelaient le « végétalisme » et maintenant plus communément « végétarisme », nous lisons : « Voici ce qu’Alexandre Dumas, Père, qui était certainement grand, contrairement à son fils, qui ne l’est pas : « Le mensonge me provoque, et rempli d’idées vives et généreuses mon cerveau (6) ».

Durant les années 90, possédant ce livre tant attendu, il écrit dans Cuaderno de apuntes 18 : « « Spectacle haineux : Le fils de Napoléon, honteux de son père (Voir les Mémoires de Dumas) » (7). Si vous doutez, le poète cubain nous offre des témoignages clairs qu’il s’agissait d’un livre dont il a beaucoup apprécié la lecture. Dans ses pages il parcourt de la main d’un témoin exceptionnel la révolution romantique à Paris, la première de Hernani de Victor Hugo, la révolution de 1830, la relation de Dumas avec le roi Louis Philippe, la première de sa célèbre pièce Antony, et de nombreuses autres aventures qui dépeignent toute une époque.

 

Notes :

1 - José Martí. Obras Completas. Editorial de Ciencias Sociales, La Habana, 1975, t. 14, p. 447. [Ensuite OC]

2 - OC, t. 14, p.315.

3 - OC, t. 13, p. 420.

4 - OC, t. 20, p. 188.

5 - Ibidem, p.190.

6 - OC, t. 23, p.208.

7 - OC, t. 21, p.389.