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Lectures françaises  de JM: Edouard Fournier: Le Vieux-Neuf (IX)
Par Carmen Suárez León Traduit par Alain de Cullant
Le livre « Le Vieux Neuf » d'Édouard Fournier étudie l'origine de nombreux produits les cherchant sous les plus diverses latitudes, pour démontrer qu'ils ont été réinventés car ils n'ont pas été pris en compte à d'autres moments.

À Pompéi il y avait des trombones ! Les modernomanes devraient lire Fournier. - Et dans le livre de Daniel, on ne parle pas de « sackbut ».

José Martí, Cuaderno de apuntes, 18.

Une des richesses dont nous nous approprions quand nous lisons José Martí est le lien continu entre la science et l'humanisme, en ces temps de culte de la technologie et de l'abandon brutal des valeurs éthiques, nous devons toujours revenir à cet axe de pensée de ce classique de la culture hispano-américaine et universelle qui, même dans le commencement de la modernité, ne se laisse pas éblouir par ses énormes réalisations scientifiques qu'il admirait aussi, et il prévoyait quelles perversités pourraient contaminer ce qui s’expérimentait dans ces jours comme le triomphe définitif de la liberté et du progrès. Dans ses écrits pour la revue La América, dédiée à promouvoir et à vendre en Amérique du Sud les progrès scientifiques réalisés aux États-Unis tout en louant et en diffusant le progrès et l'utilité réalisés par la science et la technologie de son temps, il ne cesse de le mettre dans des limites précises dans les contextes de l'histoire de l'homme et de l'humanité dans son ensemble.

Pas moins que dans une chronique intitulée « Exposition de l’électricité » (1), il profite de l'occasion pour promouvoir une exposition qui ouvrirait ses portes à Vienne entre août et octobre de cette année 1883 pour montrer les machines et les inventions électriques, ainsi que les plus diverses applications de l’électricité dans les branches les plus diverses de l'économie. Mais cette promotion admirative est entrelacée avec une réflexion puissante sur la condition humaine soutenue dans un livre français. Là, il écrit :

Édouard Fournier, qui était en même temps un écrivain de France très galant, un chercheur infatigable de faits oubliés, - il a trouvé de singulières analogies entre les choses de la science qui laissent place maintenant à de nouvelles et d'autres de temps révolue oubliés, dont les nôtre ne sont plus que découverte et renouveau. – Le livre d'Édouard Fournier s’appelle Le Vieux Neuf, et il ne devrait pas manquer sur la table d’un penseur. (2)

Cet auteur et son livre servent à José Martí pour laisser assis ce qui peut seulement être su sur comment l'homme va progresser si il sait comment il a progressé à travers le temps.  En outre, le texte lu avec admiration est toute une leçon d'humilité qui étudie l'origine de nombreux produits - la pomme de terre, le caoutchouc, certains meubles, le soudage, la métallurgie, le théâtre, la langue et de nombreuses autres substances et inventions, - les cherchant sous les plus diverses latitudes, pour démontrer qu'ils ont été réinventés car ils n'ont pas été pris en compte à d'autres moments. Il y a un délicieux petit chapitre intitulé « Cellini et la supériorité des bijoux étrusques », où le légendaire orfèvre italien reconnaît la beauté inimitable de ces anciens artisans. Le cubain, se soutenant sur le texte de l'auteur français réitère l'une des certitudes essentielles de sa pensée :

Ce bon livre de Fournier, dont le vaste et pittoresque savoir enviait tant Balzac, montre, comme tant d'autres livres, qu'en tout temps, quand l'homme apparaît dans la vie, il est apparu avec toutes les mêmes armes, et que ce désir de savoir, parfois couronné, qui consomme et grandit les hommes d'aujourd'hui, consommé et élargi et utilisé pour couronner l'ancien. (3)

Cette égalité humaine essentielle est enregistrée et reconnue partout dans ses textes comme l'un des fondements de sa doctrine et elle constitue aussi le principe de ce qui se détache de la leçon d'humilité devant présider la fierté légitime de toute culture. Ainsi, de nombreuses années plus tard, dans un examen qu’il écrit pour le journal El Partido Liberal, du Mexique, il revient à ce livre publié en France pour la première fois en 1859 avec le titre Le Vieux-Neuf. Histoire ancienne des inventions et découvertes modernes, et ayant plusieurs éditions ultérieures, et écrit :

Mais qui est surpris de tout cela si on a lu l'un des livres les plus utiles et divertissants pouvant être lus, disant même des choses très étranges et mieux prouvées que ceux-ci, le livre Le Vieux Neuf : où prouve le très élégant français Eduardo Fournier la vieillesse de ce qui passe pour nouveau aujourd’hui, et l'identité continuelle de l'homme, et la vanité de l'arrogance ? (4)

Ce travail si réussi et lu dans son temps a dû être admiré par José Martí, qui aimait les œuvres de diffusion et les variétés scientifiques et littéraires né dans son siècle pour socialiser la connaissance entre les vastes réseaux de lecteurs, en plus d'avoir la particularité de relier la tradition et la modernité, établissant une continuité dans le processus de la connaissance humaine que beaucoup des appelés « modernomanes » en son époque ne voyaient pas, attribuant les mérites et la science seulement aux contemporains et considérant primitive tout l’antérieur. Cette légitimation absolue du nouveau qui caractérise la modernité n'a pas été partagée par un penseur aussi profond que le poète cubain.

Tout ce qui l'a approché à la pensée de l'écrivain français, un érudit et très bon communicateur qui a passé ses journées à faire des recherches dans la bibliothèque, éditant, écrivant du théâtre ou des œuvres où l'histoire se conjuguait avec la littérature, dans une prose élégante, communicative et empathique qui lui a valu de la popularité et des rééditions. Ses sujets étaient variés et bien étudiés, ils passaient par le vieux Paris, les thèmes scientifiques, l'histoire, le livre comme objet, la reliure, l'architecture et bien d'autres. En son temps, il était considéré comme un spécialiste de l'histoire archéologique de l'ancien Paris, avec ce thème il écrivit Paris démoli, mosaïque de ruines. Paris : J. Dagneau, 1853 ; Les lanternes, histoire de l'ancien éclairage de Paris. Paris : E. Dentu, 1854 ; Enigmes des rues de Paris. Paris : E. Dentu, 1860 et Paris-capitale. Paris : E. Dentu, 1881, parmi d’autres.

Il y a un moment dans son livre Le Vieux-Neuf où il détient le fil thématique pour faire une réflexion sur la manière dont on oubli ou ne répare pas ce qui a été inventé et mis en mouvement au cours des siècles pour finalement le réinventer, croyant que quelque chose a été créé de nouveau. Cette considération d'un européen était tout à fait martiana :

Que de choses, je ne puis cesser de le répéter, que de choses ainsi trouvées, puis mises en oubli pour être inventées de nouveau, mais dont l'usage pourtant n'aurait jamais été interrompu si l'on n'avait la fatale et vaniteuse habitude de trop dédaigner, dans un siècle, les découvertes des époques précédentes ! Que de choses aussi plus promptement et pour toujours acquises, si ayant moins de mépris pour les contrées qu'on visite, on prenait la peine d'apprécier aussitôt l'utilité et la valeur de ce qu'on y trouve !

Notes :

1 - José Martí. La América. En su: Obras completas. Edición Crítica. La Habana, Editorial del Centro de Estudios Martianos,  2011, t. 18, pp. 21-23.

2 - Ob.cit., p. 21.

3 – Idem

4 - José Martí. El Partido Liberal  (México, 12 de marzo de 1890). En su: Obras completas. La Habana, Editorial de Ciencias Sociales, 1975, t. 13, p. 511.