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Le portrait historique de José Martí en prison
Par Jorge Oller Oller Traduit par Alain de Cullant
José Lorenzo Cabrera a été le photographe de la Prison Départementale de La Havane jusqu’en 1874, et il lui a correspondu de prendre la photo de José Martí quand il a été incarcéré.
Illustration par : Mario García Portela

On commémora les 147 ans de l’historique portrait fait du Héros de l’Indépendance cubaine, José Martí, quand il purgeait une condamnation dans la Prison Départementale de La Havane, regardant l’appareil photo, tondu, vêtu de l’uniforme de prisonnier, portant des chaînes, montrant l’atrocité des prisons coloniales.

 

Quel crime avait commis Martí pour mériter ce châtiment horrible ?

 

L’histoire commence dans l’exploitation La Demajagua le 10 octobre 1868, quand Carlos Manuel de Céspedes a pris les armes contre l’Espagne afin de lutter pour l’indépendance de Cuba. En ce temps José Martí avait 16 ans, il vivait à La Havane et étudiait dans l’école du maître Rafael María de Mendive, ayant de claires idées patriotiques et qui était très apprécié pour son extraordinaire talent. Martí et son grand ami et camarade de classe Fermín Valdés Domínguez ont commencé à distribuer parmi les étudiants des proclamations et des journaux clandestins soutenant le soulèvement, ce qui démontre son grand amour envers Cuba en tout temps.

 

Le matin du 4 octobre 1869, ils apprennent que l’un des étudiants était entré dans l’Armée espagnole. Martí lui a écrit quelques lignes, lui reprochant son attitude, et les deux ont signé.

 

La lettre disait :

 

M. Carlos de Castro y de Castro

 

Compagnon :

 

As-tu rêvé une fois avec la gloire des apostats ?

 

Sais-tu comment on punissait l’apostasie dans l’antiquité ?

 

Nous espérons qu’un disciple de M. Rafael María de Mendive ne va pas laisser cette lettre sans réponse.

 

La Havane, quatre octobre de mille huit cents soixante-neuf.

 

Fermín Valdés Domínguez et José Martí y Pérez.

 

Fermín la gardait pour l’envoyer. Dans l’après-midi, lui et son frère Eusebio étaient à leur domicile, situé à l’angle des rues Industria et San Miguel, avec leurs amis Manuel Sellén, Santiago Balbín et le professeur de français Atanasio Fortie. Ils bavardaient et riaient dans la salle, dont les grandes fenêtres donnaient sur la rue, quand des Volontaires du Batallón de Ligeros qui passaient par là ont entendu des rires et ils ont cru que les Cubains se moquaient d’eux. C’était un temps où si l’on portait un vêtement, ou une cravate bleu (la couleur qui distinguait les créoles), ou si l’on jetait un regard, on riait ou quoi que ce soit que les volontaires puissent prendre pour une insulte, était un prétexte suffisant pour arrêter, fouiller ou maltraiter les créoles. L’incident a donc servi de prétexte pour que les hommes en uniformes fouillent la maison, ils ont trouvé certains journaux séparatistes et des écrits prônant l’indépendance. Tous les créoles ont été arrêtés et les documents saisis. Au cours des jours suivants les autorités ont examiné les papiers et, parmi eux, ils ont trouvé la lettre à l’apostat signée par Martí et Fermín. Avec cette preuve, Martí a été arrêté le 21 octobre à son domicile, situé au numéro 55 de la rue San Rafael, entre les rues Manrique et Campanario, accusé du délit d’infidélité et placé en détention dans la Prison Nationale où se trouvaient prisonniers les frères Valdés Domínguez et leurs amis.

 

Après cinq mois, le 4 mars 1870, les jeunes gens ont été jugés par un conseil ordinaire de guerre lors duquel José Martí a défendu ses idées avec chaleur et a maintenu fermement qu’il était le seul auteur de la lettre. Le tribunal a prononcé son verdict le 22 : José Martí a été condamné à six ans de prison dans la Prison Départementale de La Havane ; Fermín Valdés Domínguez à 6 mois d’arrêt dans la forteresse de La Cabaña ; Eusebio Valdés Domínguez et Atanasio Fortier ont été déportés et Santiago Balbín et Manuel Sellén ont été libérés.

 

Le 4 avril, Martí a été transféré de la Prison Nationale à la Prison Départementale de La Havane, qui était dans le même édifice, et il a été affecté à la Première Brigade des Blancs, avec le numéro 113, pour travailler dans les carrières de San Lazaro, du lever au coucher du soleil. Le lendemain ils l’ont rasé, lui ont donné des vêtements et chaussures de prisonnier, un chapeau noir et le forgeron lui a fixé un fer à sa cheville droite l’unissant à une chaîne, de trois énormes maillons, attachée à la taille. Ensuite ils l’ont pris en photo.

 

Qui l’a pris en photo ? Pourquoi l’ont-ils photographié ?

 

Nous trouvons la réponse à ces questions dans le Décret du 18 juillet 1865, signé par le Capitaine Général de l’île {C}{C}{C} Don Domingo Dulce Garay, où l’on assigne « M. Lorenzo Cabrera à prendre en photo tous les prisonniers et les détenus qui doivent entrer dans la prison pour, dans le cas qu’ils s’échappent, on puisse remettre le nombre de portraits nécessaires aux chefs de la Garde civile, à la police, aux gouverneurs et aux commandants militaires pour que ceux-ci circulent dans les mairies des petits villages et qu’ils soient affichés au public sur un panneau de la porte de la Capitainerie afin que tout le monde puisse retenir l’apparence des fugitifs et obtenir leur arrestation ».

 

José Lorenzo Cabrera a été le photographe de la Prison Départementale de La Havane jusqu’en 1874, et il lui a correspondu de prendre la photo de José Martí quand il a été incarcéré.