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Le parc Céspedes, le cœur de la ville
Par María Elena López Jiménez Traduit par Alain de Cullant
Des légendes et des événements essentiels sont nés autour du parc dans l’histoire de la ville de Santiago de Cuba, autrefois capitale de Oriente.
Illustration par : artistes cubains

Des légendes et des événements essentiels sont nés autour du parc dans l’histoire de la ville de Santiago de Cuba, autrefois capitale de Oriente.

Le parc a émergé sur une esplanade de terre entourée des maisons des habitants illustres de la ville, avec des toits de guano et des murs en torchis, l’église et la mairie à la manière des villes espagnoles de cette époque. Il a eu beaucoup de dénominations au fil du temps jusqu’à son nom actuel : Parque Carlos Manuel de Céspedes, le cœur de la ville.

Sa fondation date de 1515. L’histoire démontre que, dans la première colonie, on n’a pas pu le concrétiser dans le village, sur les rives de la rivière Parada, car les habitants initiaux n’ont pas supporté la coexistence avec les fourmis existantes qui leurs rendaient la vie quotidienne impossible.

En 1522, avec la conversion du village en ville, l’endroit a été appelé place de la cathédrale. Sa construction a été achevée au XVIe siècle dans le but de l’utiliser comme Plaza de Armas, pour que les soldats espagnols réalisent leurs exercices et leurs défilés militaires. Selon les ordonnances des lois des Indes, elle a été conçue de forme rectangulaire et elle était au centre, comme les villes méditerranéennes, même si Santiago de Cuba était au bord de la mer. Plus tard, elle a été appelée Plaza de la Reina Isabel ou Isabel la Católica en hommage à la reine d’Espagne.

Aujourd’hui, le parc représente le cœur du centre historique et c’est un lieu où se réunissent les types les plus différents de personnes : les personnes âgées, les étudiants, les enfants, les touristes. Des images uniques des Caraïbes avec sa cathédrale voisine, l’hôtel Casa Granda, le siège du gouvernement municipal, l’ancienne maison de Diego Velázquez, la maison de thé et les rues mènent à cet endroit. Tout ce noyau a été déclaré monument national.

Pendant l’ère coloniale, il a été le protagoniste des principales festivités, depuis les processions catholiques marquant des dates telles que le Jour de Santiago Apóstol, de Santa Cristina et de Santa Ana, jusqu’aux célèbres mamarrachos, nos carnavals, ont estampillé les traditions dans ce site vital de la ville.

Au début du XXe siècle, le maire de l’époque, le patriote Emilio Bacardí, accepta la précieuse idée de hisser le drapeau à minuit le 31 décembre 1902, convoquant les habitants dans le parc où cet acte a été reçu avec les accolades, les baisers, les salutations et les meilleurs vœux. Cette cérémonie a continué année après année et la première légende est venue : si le drapeau flottait bien, l’année serait prospère. Même les anciens regardent ce moment pour voir le drapeau dans le vent.

À cette époque est née la fanfare municipale, et ses retraites les fins de semaines ; des moments d’engagements à ne pas manquer. Aujourd’hui, l’ancien orchestre est toujours présent avec ses notes musicales, accompagnant ceux qui s’assoient ou profitent des soirées « cespedianas ».

La partie centrale du parc possède un monument, érigé en 1953, qui rend hommage au souvenir du Père du Patrie cubaine, Carlos Manuel de Céspedes. Son aspect actuel, d’expression néoclassique sobre, s’intègre parfaitement dans l’architecture qui l’entoure, c’est l’œuvre de l’éminent architecte et urbaniste Carlos Segrera Fernández qui a également été l’architecte de l’hôtel centenaire Casa Granda et de l’ancien Club San Carlos, aujourd’hui salle de concert Esteban Salas, comptant la galerie des arts d’Oriente au rez-de-chaussée.

Les anciens se souviennent que le parc Céspedes était un rendez-vous spécial le dimanche pour les jeunes : les jeunes filles se promenaient en sens contraire aux garçons ; les amoureux et les aventuriers se remarquaient avec leurs propres styles.

Le pouls de la ville se prend sur ses bancs, les problèmes les plus aigus de la politique internationale sont résolus et les affaires locales sont traitées comme si vous étiez dans les meilleures familles. Et les rencontres amoureuses continuent comme lors du jour original.

Le 1er janvier 1959, depuis le balcon de l’hôtel de ville, Fidel Castro a annoncé la victoire de l’Armée Rebelle, la longue lutte remplie de vicissitude, mais maintenant les Mambises étaient entrés à Santiago, pas comme le triste souvenir du XIXe siècle lorsque les yankees boycottèrent la victoire de l’Armée Libératrice. Des heures cruciales que le parc transcende.

Et comme point culminant de sa proéminence, le 1er janvier 1984, Fidel, dans un geste de gratitude, a dévoilé 2 titres uniques dans le pays pour la ville : Ville Héros de la République de Cuba et Ordre Antonio Maceo, exposés devant l’ancienne place principale, où se dresse le monument du patricien de Bayamo, Père de la Patrie, Carlos Manuel de Céspedes, entouré de ficus ou lauriers de l’Inde.