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Le panorama architectural de La Havane. Deuxième partie
Par Carlos Venegas Fornias Traduit par Alain de Cullant
La ville introvertie et fortifiée, modelée par les impulsions locales, a commencé à être modifiée dès la fin du XVIIIe siècle sous l'influence de la politique réformiste du despotisme illustré.
Illustration par : Sergio Marrero González

Au cours du XVIIe siècle, une muraille de pierre a fini par isoler la zone urbanisée. L'enceinte fortifiée, peuplée et densément construite, s’est transformée en un environnement très attrayant, doté d'œuvres architecturales d'une importance considérable. L'oligarchie créole dominait les institutions urbaines les plus importantes comme le Cabildo, les milices et les ordres religieux, et elle s’identifiait avec ce paysage urbain clos des murs et recréé sous ses initiatives.

S'il y avait un bâtiment dans cet environnement capable d'émuler la présence monumentale des forteresses extérieures, c'était l'établissement de l'ordre des Franciscains. Le couvent était le siège d'une vaste et importante province qui s'étendait de Cuba aux territoires de la Floride et de la Louisiane, et ses membres ont réalisé une compagnie missionnaire de grande transcendance.

Entre les années 1732 à 1738, les Franciscains reconstruisent leur ancienne église, située depuis le XVIe siècle au bord de la baie, et ils la convertissent en un temple magnifique, le meilleur de La Havane. Sa sévérité expressive et la construction d'une tour unique, la plus haute de la ville, érigée sur l'arc d'entrée, lui donnaient un caractère original par rapport à l'architecture des autres provinces de l'ordre. Un beau balcon ouvert à la vue sur la place immédiate et la mer complétait une image très reconnaissable qui véhiculait un message de grandeur et d'austérité, impossible à codifier dans les patrons stylistiques conventionnels.

La ville introvertie et fortifiée, modelée par les impulsions locales, a commencé à être modifiée dès la fin du XVIIIe siècle sous l'influence de la politique réformiste du despotisme illustré. Le temps du mercantilisme et de l'ambition pour les métaux précieux a cédé la place à l'exploitation des cultures coloniales et le bastion du monopole commercial a été transformé en la capitale d'une riche colonie de plantations esclavagistes du sucre et du café, étendues dans sa région.

Après une brève occupation anglaise en 1762, la ville est obligée d’actualiser son système défensif et d'entreprendre, simultanément, des travaux architecturaux capables de refléter la hiérarchie qu'elle occupe dans le nouveau système de domination des colonies américaines.

L'espace urbain a commencé à se développer hors des murs avec des promenades et des allées, en même temps que les places intra-muros centraient de nouvelles fonctions sociales. La Plaza de Armas a été remodelée comme un centre civique avec la construction de deux palais du gouvernement, le Palacio de los Capitanes Generales, qui regroupait le gouvernorat avec l'hôtel de ville, la prison et les bureaux publics, et le Palacio del Segundo Cabo, à la fois maison du courrier et de l’intendance. Pour atteindre ces objectifs centralisant il a été nécessaire de démolir l'ancienne paroisse et de la déplacer à l'église, non terminée, des Jésuites expulsés en 1767. Dans un laps de temps allant de 1772 à 1792, ces projets ambitieux ont été mis en œuvre, donnant un nouvel aspect aux édifices les plus représentatifs de La Havane et aux espaces où ils étaient situés.

Les travaux des deux palais et de la façade de la cathédrale, élevés à ce rang peu après son achèvement, constituaient les emblèmes de l’illuminisme dans la ville, tant pour son caractère centralisateur que pour la mise à jour d'un répertoire décoratif inspiré par les formes du baroque européen tardif, introduites par les constructeurs des nouvelles œuvres défensives. Les trois édifices, attribués dans leur dessin ornemental à l'architecte gaditain Pedro de Medina, ont rapidement chargé un sens de diffusion, en particulier la façade de la cathédrale, digne exemplaire du baroque sur les terres américaines de filiation baroquisme, qui a changé une modalité assez commune quant aux autels et façades de la province de Cadix en raison de l'influence italienne exercée sur la région méridionale de l'Espagne dès la fin du XVIIe siècle.

Le message de renouveau contenu dans ces bâtiments a été rapidement capté par les voisins engagés avec le nouvel ordre réformiste et l'ouverture économique. Certaines des demeures seigneuriales construites lors de ces mêmes années ont gagné en monumentalité et ont présenté le baroques gaditain sur leur façades. L’appelée Casa de la Obrapía a été l'une des premières à souligner ce changement. Traditionnellement, on la considérait comme un foyer d’un exceptionnel contenu moral. Au XVIIe siècle, son propriétaire l'a déclaré l'un des meilleurs de la ville et a alloué ses rentes pour donner, annuellement, une dote à cinq jeunes filles en âge du mariage, une circonstance qui explique son nom. Par conséquent, sa reconstruction, réalisée par le marquis de Cárdenas vers 1782, représentait la modernisation d'un mythe urbain et résultait particulièrement importante.

L'expansion de la ville au cours du XIXe siècle a fait disparaître les dernières traces de l'enceinte fortifiée avec la démolition des murs à partir de 1863 et avec le transfert de l'intérêt d'urbanisation vers les espaces libérés. Parallèlement au déplacement du centre de la ville vers cette zone, situé au cœur du tissu urbain, sont nées les premières initiatives pour habiliter le littoral maritime, un autre des espaces libérés pour des raisons militaires, avec une promenade placée sur le terrain libre des remparts à l'Ouest, face à la perspective des eaux du golfe du Mexique.

Sur ces nouveaux espaces se sont concentrés certains des meilleurs exposants de l'architecture de la Havane du XIXe siècle et, surtout, des premières décennies du XXe siècle, quand l’instauration de la République a donné cours à la construction de nouveaux programmes d'œuvres publiques exigeant un cadre plus large que les tracés étroits de la vieille ville pour placer certains de ses édifices civils monumentaux.