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Le mystère de Leopoldo Romañach
Par Gaston Baquero Traduit par Alain de Cullant
Leopoldo Romañach était le Maître, surtout, parce qu'il n'a jamais eu l'intention de faire de son enseignement une clôture d'acier pour l'esprit des jeunes.
Illustration par : Leopoldo Romañach

Leopoldo Romañach était le Maître, surtout, parce qu'il n'a jamais eu l'intention de faire de son enseignement une clôture d'acier pour l'esprit des jeunes. Il était le Maître pleinement, car il se souciait sans relâche de semer, d'inciter, d'éveiller les jeunes dans l'amour véritable des arts, sans jamais répéter le triste engagement de faire de chacun de ses disciples un calque, une répétition de lui-même. Ce qui le touche, ce qui le présente comme l'un des grands maîtres que Cuba avait dans n'importe quelle discipline, c'est cette élégance spirituelle, cette conviction intime que l'enseignement n'est pas de s'approprier d'un esprit, d'une vocation, d'un désir, mais le contraire : enseigner à ouvrir les horizons à son pas, au libre développement de la vocation, à l'affichage complet des désirs.


Le Maître est celui qui connaît la liberté, celui qui est capable d'éclairer une conscience, la laissant dans la liberté d'action. C'est pourquoi Leopoldo Romañach occupe, dans l'histoire de la peinture cubaine, un espace beaucoup plus large et beaucoup plus profond que son travail personnel en tant que peintre, Leopoldo Romañach a été celui qui a transmis les connaissances essentielles, d'un type général, obligées quant à la formation d'une technique, à la possession d'un art propre, sans transmettre égoïstement sa vision personnelle de l'art et son propre sens de la technique.


Une très brève prière, qui comprend l'attitude de cet homme, est la suivante : Peingnez comme si vous vouliez peindre avec amour ; peignez comme si vous vouliez peindre avec sincérité ; peignez comme vous voulez, mais avec la condition salvatrice de vous-même : apprenez premièrement à peindre comme il se doit. Car l'Académie est un atelier, un chemin, un premier pas et, si vous ne le faites pas, vous vous perdrez dans le Labyrinthe. Vous ne devez pas faire le deuxième pas, vous ne devez pas passer à autre chose si vous n'avez pas vaincu le premier, vous aurez appris le principal ; mais vous ne pourrez pas aller de l'avant si vous vous contentez du premier pas. Avancez mais ne courez pas ; montez, mais ne sautez pas. Ayez un maître afin que vous puissiez être vous-même un jour, mais apprenez que vous ne saurez jamais qui vous êtes vraiment si vous n'avez pas la joie de trouver d'abord un maître.


Leopoldo Romañach était ainsi, c'est ce qu'il a incorporé dans sa longue existence. Quand nous l'avons accompagné lors de la dernière marche, nous avons pu prendre congé de lui avec des adieux identiques.

Gaston Baquero, rédacteur en chef du Diario de  la  Marina.

Tiré de : Leopoldo Romañach (Cuadernos de Arte 3), La Havane : Ministère de l'Éducation, 1952.