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Le journal « El Cubano Libre » a survécu
Par Alejandra García Traduit par Alain de Cullant
Le premier numéro d’El Cubano Libre encourageait les gens de Bayamo à protéger leur tranquillité et à respecter leurs propriétés ainsi que des nouvelles sur les premiers faits d'armes et une section poétique où apparaissaient les deux premières strophes de La Bayamesa, notre Hymne National.
Illustration par : Antonio Vidal

Carlos Manuel de Céspedes est entré dans la ville de Bayamo vers dix heures du matin, le 18 octobre 1868. On dit qu'à ce moment, l’édition du journal La Regeneración, porte-parole des intérêts coloniaux, commençait à être distribué. Le journal alertait la proximité du soulèvement des forces rebelles une semaine plus tôt. Le côté du souverain local exigeait de défendre la place au nom de l'Espagne.

Cependant, les habitants de la deuxième ville fondée à Cuba ont désobéi aux ordres. Ils attendaient les insurgés sur les toits et aux fenêtres de leurs maisons et, quand ils les voyaient passer, ils les saluaient avec des chapeaux et des foulards colorés.

Quelques heures plus tard, « entre les détonations des armes et le sifflement des balles », comme l’a rappelé Fernando Figueredo Socarrás, aide de camps de Céspedes, les insurgés ont occupé « l’ancienne imprimerie où était édité le journal colonialiste et l'île a eu son premier journal indépendantiste.

Quand il est arrivé dans la ville rebelle, le journal avait un nom. Céspedes avait demandé comment il allait s’appeler, et le poète et journaliste José Joaquín Palma suggéra : « n'allons-nous pas libérer les cubains ? Donc le journal devrait s’appeler El Cubano Libre ».

Le même soir, les pages étaient armées « entre les détonations des armes et le sifflement des balles », a déclaré Figueredo. « Palma a distribué le travail aux copieurs qui, nerveux et enthousiastes, ont reçu les pages et ont préparé le matériel pour la presse, lançant peu après les premières feuilles d’El Cubano Libre ».

Pour éditer le journal, les typographes devaient composer le texte, lettre par lettre, pour former les mots, les lignes du texte. Les lignes formaient une ou plusieurs colonnes, de la taille de la feuille. Elles étaient ensuite encrées et pressées mécaniquement sur le papier. C'était le principe de l’imprimerie inventée par l'allemand Gutenberg, en 1440.

Le premier numéro d’El Cubano Libre a été vendu au prix de cinq centavos, dans un format standard de quatre pages avec sept colonnes. Il encourageait les gens de Bayamo à protéger leur tranquillité et à respecter leurs propriétés. Il a également publié des nouvelles sur les premiers faits d'armes et une section poétique où apparaissaient les deux premières strophes de La Bayamesa, notre Hymne National.

Dès sa deuxième semaine, et durant quasi trois mois, El Cubano Libre est sorti quotidiennement.

Le 12 janvier 1869, après l'annonce d'une prochaine attaque de la ville de Bayamo par les forces du général espagnol Blas de Villate, comte de Valmaseda, les patriotes cubains décidèrent d’incendier Bayamo. Presque toute la ville a brûlé, excepté son imprimerie mambisa.

L’imprimerie a été cachée entre les villages de Mancabo et Chapala, maintenant province de Granma, puis déplacée dans une grotte sur les berges de la rivière Contramaestre, près de la Sierra Maestra. Elle y est restée jusqu'à la fin de la guerre et n'a pas été utilisée pour l'impression de journaux.

La publication a été sauvée lors de chaque mouvement révolutionnaire de notre histoire : dans le redémarrage des luttes d'indépendance de 1895, durant les premières années de la République et, enfin, pendant le combat de la guérilla de la fin de 1950, dans la Sierra Maestra. Cette année, on célèbre le 150e anniversaire de la presse mambisa.