Le disque Habana-París : une pause sur le chemin | Lettres de Cuba
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Le disque Habana-París : une pause sur le chemin
Par Guille Vilar Traduit par Alain de Cullant
Le CD Havana-Paris du duo Ondina , c’est une production de la maison d’enregistrement Ojalá dont l’atteinte esthétique arrive bien au-delà d'une excellente proposition de musique de chambre.
Illustration par : Alberto Lezcay

Plus souvent que l'on voudrait, nous méditons quant à l'endroit où nous avons l'intention d'apporter la modernité, en particulier par rapport à la dernière technologie pour écouter de la musique. C'est comme s'il y avait une intention préconçue de ne pas permettre des zones de silence dans notre vie quotidienne. Si vous prenez un taxi, la musique vous accompagne presque toujours, comme cela se produit également dans n'importe quel autobus urbain ou interprovincial. Si vous êtes dans une file d'attente pour entrer chez le glacier Coppelia, il a aura sûrement quelqu'un aime écouter de la musique, mais à un volume abordable, non seulement pour lui, mais pour tous ceux qui sont autour. Même si vous allez chez un ami, il est très probablement qu’il mette de la musique pour cette occasion ; avec le même but, dans certains lieux de travail, il y a des haut-parleurs pour écouter de la musique. Bien sûr, dans ce nombre de générateurs de musique que nous rencontrons tous les jours, il y a ceux qui sortent dans la rue avec des casques aussi gros que des chapeaux.

La chose la plus regrettable est non seulement la possibilité réelle de trouver que la modernité veut nous faire croire ce que nous pouvons perdre si la musique ne nous accompagne pas dans pratiquement  tous nos actes ; mais qu’un certain type de cette musique que beaucoup écoute en dépit de sa nature décadente, nous devrions le nommer d'une autre manière. En ce sens, nous avons assoupli les paramètres utilisés pour souligner avec des éloges les conditions alléguées de faire de la musique. De décider de reconnaître chez certain le manque de talent et son incapacité professionnelle à évoquer les muses de l'art musical, a été réduit à ce qui pourrait bien être pris en compte comme une simple évaluation de notre opinion personnelle, rien de plus.

Au milieu d’amères réflexions, sur la façon dont le marché a réussi à incliner la balance en sa faveur pour la capacité de nous tromper sur ce qui a vraiment une qualité douteuse comme si elle était quelque chose d'exceptionnel dans l'univers de la musique contemporaine, nous sommes surpris, dans l'environnement culturel cubain, par une œuvre discographique qui nous oblige à faire une pause sur le chemin. Je parle du CD Havana-Paris du duo Ondina (maison Ojalá 2017), une production dont l’atteinte esthétique arrive bien au-delà d'une excellente proposition de musique de chambre. Avec plus de 20 ans de lutte continue, le duo Ondina, formé par la flûtiste Niurka González Núñez et la pianiste María del Henar Navarro, a réussi, dans cet album, à façonner tout un paysage sonore qui nous renvoie à la valeur primordiale de la beauté de la musique pour l'être humain. Dès le premier morceau, intitulé Fantasia, de Philippe Gaubert, jusqu'à la fin, avec Prélude et Scherzo, d’Henri Busser, nous sommes émus de trouver une véritable inspiration qui enlève les vérités vivant dans notre intérieur le plus profond.

Profitez des recréations de Niurka à la flûte, c'est comme contempler le chant des oiseaux dans une forêt enchantée où rien ne peut interrompre la prédication du ruisseau si ce n’est que l'allégresse des enfants, un sentiment que nous fait comprendre parfois María depuis les touches du piano. C'est la réunion avec les essences d'une culture forgée par l'autorité de la virtuosité qui nous invite à rêver éveillé du privilège d'exister.

En outre, dans la décision de Niurka González de rendre hommage à l'école de flûte française qui marque sa formation professionnelle, il y a la présence de maîtres français du début du XXe siècle, avec des pièces reflétant le souffle d'une époque étrangère aux transitions cycliques de notre temps ; des prétextes qui permettent à la musique d'être dépouillée de la base purement spirituelle, la faisant une expression artistique suprême. Enfin, le cubain Roberto Ondina, de qui la critique spécialisée en parle en termes élogieux qui correspondent à un flûtiste considéré génial, dont le duo porte son nom, constitue simplement un monument vivant qui l'honore depuis la hauteur du legs du prestigieux maître.