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Le Comte de Pozos Dulces, fondateur d’El Vedado
Par Leonardo Depestre Catony Traduit par Alain de Cullant
Francisco Frías y Jacott, le Comte de Pozos Dulces a conçu et tracé le quartier d’El Vedado au XIXe siècle, dont les beautés architectoniques peuvent être appréciées par les havanais de nos jours et qu'il a prévu comme une voie pour l’extension urbaine de la capitale.
Illustration par : Eduardo Roca CHOCO

Francisco Frías y Jacott, mieux identifié par son titre de Comte de Pozos Dulces, qu’il a hérité en 1848, était un aristocrate cultivé, riche de naissance, et il a fait ses études, entre dix et dix-sept ans, à Baltimore, aux États-Unis.

Il a fait rapidement partie des meilleurs cubains dans les affaires économiques, avec de profondes connaissances en agriculture et géologie. À Paris, il a étudié la physique et la chimie et, quant à la littérature, sans vouloir devenir un écrivain, il a laissé des travaux dans lesquels on découvre un style soigneux dirigé à l'illustration de ses compatriotes.

Si on pense à lui comme un homme d'entreprise, il a résulté l’un de ceux ayant une vue très aiguisée et un sens pratique. Une statue érigée dans un parc des rues Línea et K, où il apparaît entier, nous rappelle que le Comte de Pozos Dulces a conçu et tracé le quartier d’El Vedado, dont les beautés architectoniques peuvent être appréciées par les havanais de nos jours et qu'il a prévu comme une voie pour l’extension urbaine de la capitale.

La création de ce quartier résidentiel date de 1858, quand on a donné le consentement pour la division de l’endroit appelé El Carmelo. Il s'agissait de 105 terrains appartenant à Domingo Trigo et Juan Espino. Mais le lieu a pris un intérêt quand le Comte de Pozos Dulces, son frère José et ses deux sœurs ont obtenu la permission de fractionnement de ses possessions, qui nommaient précisément El Vedado, c’est pour cette raison que l’on considère justement comme fondateur de ce quartier.

Don Francisco a occupé des charges publiques qui l'ont fait connaître parmi ses concitoyens : régisseur de la Mairie de La Havane et directeur du journal El Siglo, dont les pages ont développé une campagne en faveur des réformes sociales, politiques et économiques, dont la dernière à conduit à la création de la Junte d'Information de La Havane.

Bien qu’il était très riche et qu’il jouissait d'un prestige indiscutable, il n'était pas un homme de confiance de la métropole. À l’âge de 43 ans, il a été impliqué dans la conspiration de Vuelta Abajo, en 1852, et sa participation a été telle que certains historiens ont appelé cette conspiration Pozos Dulces. Il a été condamné et emprisonné dans le Château du Morro et, finalement, il a été envoyé en Espagne, avec l’interdiction absolue de revenir à Cuba ou à Porto Rico.

Mais il est revenu à Cuba en 1861 et, depuis la presse, il a mis en pratique ses capacités de publiciste et de tribun. Comme « l'un des patriotes les plus illustres, l’un des plus brillants écrivains et l’un ayant une très grande influence à Cuba dans la décennie de 1860. L’historien Ramiro Guerra l’a qualifié ainsi : « C’est peut-être le Cubain le plus apte quant aux questions d'économie rurale que le pays a produit ».

Celui qui essaie de chercher ou de trouver chez Francisco Frías le révolutionnaire d'action ou capable d'empoigner le fusil, ne le trouvera pas en vérité. Il a aimé Cuba, très sérieusement, à sa manière, et avec la prétention d'obtenir des réformes, il a exposé ses critères. Ceci n'était pas le chemin perçu par les plus valeureux et conscients patriotes cubains, ceux de plus grande maturité et de don de soi quant à la politique et, naturellement, les véritables révolutionnaires. Mais le Comte de Pozos Dulces a supporté les désagréments de l'exil, la pestilence des prisons et la confiscation de ses biens.

Il n'a pas secondé, ni avec son opinion et ni avec son appui, ceux qui ont choisi le chemin de l'indépendance en 1868. Il a douté, a été vacillant ; son esprit a été peu abondant et petit. Il a quitté le pays lors des journées durant lesquelles la patrie faisait sa guerre de 10 ans. Depuis la France, il a collaboré dans la presse latino-américaine (la chilienne, la péruvienne, la colombienne), ainsi que dans celle de New York et de Paris.

En France, quand il savait qu’il était à la fin de son existence, qui est arrivée le 25 octobre 1877 à l’âge de 68 ans, la lumière et la chaleur de la patrie lui ont manqué. Ses dernières phrases ont été celles d'un homme malheureux :

« Je meurs loin de ton soleil… Oh Cuba de mes rêves! »

Même si le Comte a été un agronome distingué, un homme de lettres, un membre de la Société Royale Économique des Amis du Pays de La Havane, comme Partenaire Émérite, et qu’il a occupé la présidence de sa Section d'Agriculture et de Statistique, entre d'autres mérites pouvant arriver au lecteur, il est toujours présent dans la mémoire publique pour sa condition de fondateur d'un quartier dans lequel se trouvent certaines des plus belles résidences havanaises, certains des plus hauts édifices, certaines des avenues les plus élégantes, certaines des meilleures installations hôtelières et gastronomique, un quartier avec une vue sur la mer et où ont eu lieu de nombreux événements historiques, dramatiques, culturels, d'une importance politique. Une raison plus que suffisante pour assurer un souvenir éternel au Comte de Pozos Dulces.