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Le ballet de Camagüey : 50 ans de danse sur les pointes
Par Yanais Vega Bacallao Traduit par Alain de Cullant
Le Ballet de Camagüey peut présumer aujourd'hui, sans aucune modestie, de compter cinq décennies de danse et d’avoir laissé son empreinte sur de nombreuses scènes nationales et étrangères.
Illustration par : Flora Fong

Le Ballet de Camagüey (BC) peut présumer aujourd'hui, sans aucune modestie, de compter cinq décennies de danse et d’avoir laissé son empreinte sur de nombreuses scènes nationales et étrangères.

Durant 50 ans il a été une carrière de dizaines de danseurs qui ont élevé le prestige de l'École Cubaine de Ballet et, aussi, un terrain fertile où des chorégraphes cubains et étrangers ont laissé libre court à leurs habiletés créatrices. Là, ils ont toujours trouvé des danseurs avides de se laisser porter par la magie de la danse sur les pointes.

Le premier décembre 1967 : la grande soirée

Avec la représentation de cette soirée le BC a été officiellement inauguré et ainsi s’est concrétisé le désir ardent de la camagüeyana Vicentina de la Torre, qui a toujours manifesté son désir de créer une compagnie dans la province depuis qu'elle était une élève, en 1948, de Gilda Zaldívar (précurseur de la danse classique à Camagüey).

Vicenta - comme tout le monde l'appelait – a été entouré de notables professeurs et chorégraphes nationaux et internationaux dés sa jeunesse, grâce à sa professeur qui l'a poussé à obtenir une bourse dans la compagnie havanaise d'Alicia Alonso. Là elle a appris à perfectionner sa formation comme danseuse et, ensuite, à avoir les outils nécessaires pour ouvrir, en 1957, sa propre école de ballet dans sa province natale.

Là s'est forgée l'Âme Mater du futur Ballet de Camagüey, qui a offert un gala inaugural le 1er décembre 1967 dans le Théâtre Principal, avec la représentation des œuvres La fille mal gardée, Les Sylphides, et le Pas de trois du premier acte du Lac des cygnes.

« Quand nous avons commencé nous étions pratiquement quelques jeunes filles, mais la force et l'engagement de Vicenta nous a toujours donné la confiance d’aller de l’avant, constamment sous une solide discipline », a rappelé une fois Elinor Fuentes Manzanares, fondatrice du BC.

Cependant, ce n’est que deux ans plus tard, avec l’arrivée du premier danseur du Ballet National de la Cuba (BNC), Joaquín Banegas, que la compagnie a expérimenté un plus grand décollage scénique, d’autant plus qu’il est venu avec son épouse, la première soliste Silvia Marishal, dont le travail et l’expérience ont enrichi le savoir-faire de la compagnie naissante.

Le Maître José Antonio Chávez, avec 48 ans d'expérience dans le travail du BC a commenté qu'ils ont insufflé leur style au collectif et chaque mise en scène a acquis une maturité par rapport à l'antérieure.

Nous avons causé un trouble lors de notre première visite à La Havane en 1971, car nous avons reçu des commentaires très positifs de la part de la critique et de la grande affluence du public ; personne ne s'imaginait qu'une compagnie de province pouvait présenter des créations telles que Coppélia, pour ne citer qu’un seul un exemple, a-t-il précisé.

C'était l'époque où le chorégraphe du BNC Iván Tenorio réalisait une collaboration avec le BC et quand il y a eu la première de Cantata, qui a ouvert un versant plus contemporain dans le savoir-faire de la compagnie.

De même, le notable et regretté Gustavo Herrera a monté Saerpil, une œuvre qui a obtenu un grand succès non seulement durant cette saison, mais lors des années suivantes et jusqu'à nos jours.

Dix-sept ans avec Fernando Alonso

En 1975, le créateur de l'École Cubaine de Ballet, Fernando Alonso, assume la direction du BC, l'étape lors de laquelle, jusqu'à 1992, la compagnie obtient un perfectionnement professionnel marqué et acquiert un caractère international avec la réalisation de plusieurs tournées à l'étranger.

C’est à cette époque, quand de prestigieuses figures de renom mondial visitent aussi le nouveau siège, entre elles, Elena Vinográdova, du Ballet du Théâtre Kirov ; les Mexicains Federico Castro et Javier Carranza, Edik Aroutinian, Ramiro Guerra, Iván Tenorio, Gustavo Herrera ou Víctor Cuellar.

De prodigieux chorégraphes ont aussi apporté leurs connaissances, comme c'était le cas d'Alberto Alonso et de Jorge Lefebre, qui a été nommé directeur artistique du Ballet Royal de Wallonie, Belgique, un poste qu'il a maintenu jusqu'à sa mort.

Ce dernier a créé, les œuvres Roméo et Juliette, Épisodes et Images pour le Ballet de Camagüey, interprétées intégralement par des hommes, et comptant seulement Aida Villoch comme protagoniste.

Durant les premières années avec le BC, Alberto Alonso a monté Pas à trois, En tus ojos et Muñecos, des pièces de son inspiration qui ont été interprétées nouvellement en Juillet dans le contexte des célébrations pour le 50e anniversaire du BC.

En cette occasion il a reçu la distinction Espejo de Paciencia, la plus haute qu’accorde la Direction de la Culture de Camagüey, pour ses apports au développement de cette discipline dans la province et à Cuba.

Regina M. Balaguer Cabrera, l’actuelle directrice du BC depuis 20 ans explique qu’a cette époque, Fernando Alonso a créé les ateliers chorégraphiques, qui ont permis de former des danseurs tels que Francisco Lang, José A. Chávez, Lázaro Martínez ou Humberto González, parmi d’autres.

Depuis 1996 elle assume la responsabilité, après que Jorge Rodríguez Vedes ait occupé le poste, quand Fernando est parti au Mexique en 1992 et que Vedes, lui aussi, a occupé d’autres charges.

Fernando était capable de donner jusqu'à cinq classes par jour, remémorent ceux qui ont travaillé avec lui, même aux étudiants de différents niveaux, sans cesser de s'occuper de ses responsabilités administratives et d'autre caractère, car l'enseignement était une expression pour lui et il disait toujours que le futur de n’importe quel être humain peut aboutir en échecs permanents s’il n’est pas dirigé strictement.

Déjà 50 ans

Durant un demi-siècle le Ballet de Camagüey a apporté son style et sa formation professionnelle dans des pays comme le Mexique, le Pérou, Panama, à d’autres en Europe, en Asie et en Amérique Latine ; ainsi qu’en Grèce, à Chypre, en République Populaire de Chine, au Venezuela, au Brésil, en Jamaïque, en Guadeloupe et en Martinique, et au Nicaragua.

Regina Balaguer a assuré qu'il ne faut pas oublier l'histoire et pour cela elle a toujours travaillé afin que le niveau technique et artistique de la compagnie ne tombe pas en déchéance, honorant ainsi le legs de tous ceux qui l'ont précédée dans les fondations du Ballet de Camagüey.

Elle souligne toujours le travail de cohésion de chaque travailleur, car, comme elle l’affirme, sans cela le 50e anniversaire n’aurait pas été possible. Regina est actuellement la directrice qui est restée le plus longtemps dans la compagnie et elle avance avec un pas sûr, malgré le renouvellement constant des danseurs, elle est confiante que la compagnie persistera.

Camagüey possède aussi le Centre de Promotion de Ballet et de Danse Fernando Alonso, une institution fondée en 1990 par initiative du propre Maître, avec l'objectif d'instruire tous les enfants intéressés à l'étude des versants classiques, modernes et espagnols. Depuis son début il est dirigé par María Herminia Martínez de la Torre - Minita, comme tous la connaissent - et c'est le principal émetteur d'étudiants à l'Académie des Arts Vicentina de la Torre Recio.

Pour Regina il s'agit d'une institution qui non seulement a contribué au développement du talent depuis des âges précoces, mais qui a aussi créé un public plus cultivé et connaisseur, car ce sont les propres enfants qui stimulent leurs parents à aller au théâtre et à apprécier le ballet.

C’est peut-être l'un des nombreux motifs, dans cette province ayant une longue tradition du ballet, pour que le BC soit un motif d'orgueil pour les camagüeyanos et qu'entre croisés, arabesques, brisés, cambrés, le public suit chacune de ses présentations durant un demi-siècle de danser sur les pointes.