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Le 70e anniversaire de la télévision à Cuba
Par Luis Casariego Traduit par Alain de Cullant
Le 24 octobre 1950, l’animateur, entrepreneur et producteur Gaspar Pumarejo Such, propriétaire d’Unión Radio, inaugure le Canal 4 de télévision depuis le patio de sa maison, au numéro 52 de la rue Mazón, à l’angle de la rue San Miguel, Centro Habana, où se trouve aujourd’hui Canal Habana.
Illustration par : artistes cubains

En octobre 2020 nous fêtons le 70e anniversaire de la fondation de la télévision cubaine, qui a vu le jour au milieu du XXe siècle. À Cuba, nous célébrons cette date importante étant l’un des pionniers parmi les pays d’Amérique Latine à compter des retransmissions télévisuelles. Depuis ce temps, comme cela s’est produit tout au long de l’histoire de tout autre média artistique, de bons programmes ont été proposés ici, certains très bons, certains excellents, certains réguliers, certains mauvais et certains très mauvais.

Rappel historique

Le 24 octobre 1950, l’animateur, entrepreneur et producteur Gaspar Pumarejo Such, propriétaire d’Unión Radio, inaugure le Canal 4 de télévision depuis le patio de sa maison, au numéro 52 de la rue Mazón, à l’angle de la rue San Miguel, Centro Habana, où se trouve aujourd’hui Canal Habana ; c’est ainsi que la télévision cubaine est née.

Les premières images de notre TV ont été vues sur des petits écrans de 17 pouces placés dans différentes vitrines des magasins et des commerces de La Havane. Selon les dires, la publicité d’une boîte de cigares de la firme Competidora Gaditana a été diffusée, avec le fond musical d’une guaracha du compositeur Ñico Saquito. Ensuite les félicitations du Président de la République, Carlos Prío Socarrás, à l’entrepreneur Gaspar Pumarejo, aux techniciens et au peuple en général, ont été transmises.

Selon l’histoire, le premier visage enregistré par les caméras sur les écrans de télévision a été celui de la grande étoile cubaine María de los Angeles Santana présentant l’orchestre des frères Palau. Puis il y a eu une fête où de grandes étoiles, dont certaines du cinéma mexicain comme Pedro Armendáriz et d’autres cubaines, comme Raquel Revuelta et Carmen Montejo, résidente au Mexique, ont dialogué avec le public invité.

María de los Angeles Santana et son mari Julio Vega, dans les années 40 du siècle dernier, en visite aux États-Unis étaient dans un studio de télévision et lui, en voyant le visage de sa femme à l’écran, a décidé de montrer cette merveilleuse invention à La Havane. Cela a demandé des ressources et du soutien pour faire un test d’étude en circuit fermé à partir du bâtiment de l’agence Dodge-De Soto, dans le rue La Rampa.

Pour Goar Mestre, propriétaire de la station de radio CMQ, cela a été un coup dur. Il avait construit Radiocentro, entre les rues 23 et L, dans le Vedado – un angle qui serait le cœur de La Havane – un endroit pour accueillir les studios de radio et de télévision les plus sophistiqués des Amériques. Depuis le bâtiment monumental – le premier avec climatisation centrale sur l’île – il avait annoncé que d’ici trois ans CMQ commencerait à exploiter la télévision à Cuba.

Mestre comptait avec le financement de l’usine de télévision Dumont et du mexicain Emilio Azcárraga, en plus du soutien technique de l’agence de cinéma Warner Brothers. En 1946, avec l’aide de ces entreprises, les premiers signaux de télévision ont été diffusés à partir d’un studio improvisé dans le bâtiment où se trouve aujourd’hui les chaînes Canal Educativo et Canal Educativo 2.

Comment Pumarejo, subordonné de Mestre dans la CMQ, presque sans ressources, a-t-il pu se devancer et lancer la télévision à Cuba ?

Le premier à arriver et à réussir dans cette bataille fut Gaspar Pumarejo, il a réussi à battre Goar Mestre après une grande bataille quand, le 24 octobre 1950 à midi et demi, il réussit à le faire à partir de studios improvisés, dans sa propre maison ; la première retransmission a été effectuée depuis le Palais Présidentiel avec les paroles du président Prío.

Mestre, diplômé en affaires de la prestigieuse Université de Yale, ne comprenait pas comment l’autodidacte Gaspar Pumarejo, depuis le patio de sa propre maison, avait réussi à lancer une chaîne de télévision. Mais Pumarejo savait surmonter les obstacles ; il avait été un marchand et vendeur de tissus dans la rue Muralla ; il a été chanteur de tango et, en gagnant sa vie, il avait formé le sourire et il a réussi à devenir important à la radio à Cuba. Le Basque arrivé sur l’île à l’âge de 8 ans avait appris à se battre, à concourir et à réussir. Il avait réussi à obtenir que la firme Crusellas S.A. le place comme animateur de l’un des plus importants programmes de l’époque, Fiesta Radial Jabón Candado.

Quand Goar Mestre a acheté la CMQ, il a embauché Pumarejo comme chef de la programmation. Mais l’animateur charismatique était ambitieux. Un an plus tard, il acquiert Unión Radio et il entre en compétition avec CMQ, avec le soutien de RHC, Radio Cadena Azul, de Diego A. Trinidad, le magnat des Cigares « Trinidad y Hermano ». En 1950, avec l’émergence de la télévision, grâce aux initiatives des frères Enrique et Gaspar Pumarejo Such et des frères Abel, Luis Augusto et Goar Mestre Espinosa, les deux monopoles transnationaux de l’électronique  RCA Victor et Dumont ont introduit dans le pays les premiers équipements pour les studios de télévision, les émetteurs les équipements de télévision et les télés récepteurs qui sont entrés dans chaque maison cubaine.

Le 18 décembre 1950, la chaîne Canal 6 CMQ Televisión, de Goar Mestre, diffuse avec une émission dramatique écrite par Marcos Behmaras et interprétée par Alejandro Lugo. Mestre respectait les créateurs. Il ne censurait presque rien et il comptait trois puissants programmes publicitaires : Siboney, Crusellas et Sabatés.

Une retransmission des Grandes Ligues et d’autres émissions

Plus tard sont venus les transmissions des jeux de base-ball depuis le Stade du Cerro.  Les retransmissions hertziennes – à l’aide d’une montgolfière – lors d’une rencontre des Grandes Ligues ont été parrainées par rien de moins que la compagnie pétrolière Esso Standard Oil. En raison du manque de studios, la Canal 4 s’est spécialisé dans les retransmissions hertziennes de lutte livre, de boxe et de certains spectacles, ainsi que celles dans des théâtres qui ont été adaptés, conditionnés et sont devenus des espaces habituels pour les programmes dramatiques et d’autres pour le plaisir des téléspectateurs cubains.

Gaspar Pumarejo a créé Hogar Club, une organisation qui a regroupé des centaines de milliers de femmes au foyer et offrant par tirage au sort des voitures et des maisons. De cette façon, en 1957, ce génie de la publicité a réalisé, dans le Stade du Cerro, le Festival « 50 ans de Musique Cubaine », une rencontre d’artistes cubains résidant à l’étranger au côté de portoricains, tels que Tito Puente et Tito Rodríguez, et du chanteur de boléros chilien Lucho Gatica, de grandes racines populaires à l’époque.

Pour ce spectacle monumental, Pumarejo a fait venir de France, Humberto Cobo, Rudy Castell, Antonio Picallo et Raúl Zequeira ; d’Espagne, les cubains Antonio Machín, Raúl del Castillo et la pianiste Zenaida Manfugás ; de Turquie, Mariano Barreto ; du Mexique, Gilberto Urquiza et Everardo Ordaz ; des Etats-Unis, Mario Bauzá, René Touzet, Vicentico Valdés et Gilberto Valdés.

Cuba s’ouvre au monde de la télévision

Une forte concurrence entre Goar Mestre et Gaspar Pumarejo a aidé Cuba à exporter des techniciens de télévision et des livrets de feuilletons sur l’ensemble du continent latino-américain, et La Havane est devenue la capitale de la musique populaire. Le grand chanteur Nat King Cole est venu enregistrer avec l’orchestre du maestro Armando Romeu. Edith Piaf, Frankie Laine, Sarita Montiel, Johnnie Ray, Pedro Vargas, Katyna Ranieri et d’autres étoiles internationales de la musique se produiront dans les meilleurs cabarets tels que le Montmartre, le Tropicana ou le Sans-Souci, grâce à la présence de notre télévision dans les pays ibéro-américains.

En 1958, Cuba avait 25 émetteurs de télévision avec une puissance de 150,5 kw installés dans sa capitale, La Havane, et dans les provinces de Matanzas, Villa Clara, Ciego de Avila, Camagüey, Holguín et Santiago de Cuba. Il y avait trois chaînes nationales comptant sept émetteurs chacune : CMQ Televisión, Unión Radio Television et Telemundo. Les trois autres émetteurs se trouvaient à La Havane et un dans la province de Camagüey.