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Las Tertulias de la Condesa de Merlín en París
Présentation du livre de Sabine Faivre d’Arcier: Las Tertulias de la Condesa de Merlin en París. le 13 juin 2018, au Palacio del Prado, siège de l’Alliance Française à La Havane.
Illustration par : Leopoldo Romañach

Qui fut donc cette femme baptisée « l’une des plus belles de Paris », sublimée, adorée, muse et égérie à la voix splendide de soprano, unanimement reconnue par un cénacle de romantiques qui tous, sans exception, musiciens, poètes, écrivains, artistes, s’invitèrent dans son magnifique salon de la rue de Bondy.

Ce Salon fut celui de la Comtesse Merlin, Maria de las Mercedes Santa Cruz y Montalvo, fille du comte de Jaruco y Mopox et de Doña Maria Josefa Montalvo y O’Farril, mariée à vingt ans au général de division, Christophe Antoine Merlin, aide de camp du roi Joseph Bonaparte à Madrid, qu’elle suivit en France en 1814 jusqu’à Paris où elle vécut et mourut.

C’est donc le récit émouvant de ses premiers pas sous la Première et la Seconde Restauration, dans cette société encore bouleversée par la chute de Napoléon, puis peu à peu son ascension prodigieuse grâce à l’ouverture de son Salon où tous les genres, au début, se côtoyèrent : poésie, théâtre, musique et où le très jeune Alfred de Musset, compta vite parmi ses intimes. Vinrent ensuite ses concerts privés ou publics, ses soirées musicales où le Tout Paris se rendit chez elle avec le désir d’entendre de l’excellente musique et toujours bien exécutée. Mais il lui fallut cependant attendre l’éclosion musicale qui eut lieu sous la Monarchie de Juillet pour que son Salon soit classé en 1835, l’un des trois plus renommés de la capitale avec celui de la Comtesse Apponyi et de la princesse Belgiojoso, excellentes musiciennes et respectivement élèves de Frédéric Chopin et de Franz Liszt.

Pourtant, le chant et la musique ne furent pas sa seule passion, et, au sommet de sa gloire, elle se lança dans une carrière de femme de lettres et fut reconnue aussitôt comme étant le premier écrivain havanais d’expression française, avec ses deux œuvres qui la rendirent célèbre : Souvenirs et Mémoires de la Comtesse Merlin et son Voyage à La Havane. A son talent littéraire, il faut ajouter sa triple identité de Cubaine, d’Espagnole, et de Française, son charme de créole, son esprit, son intelligence, sa finesse aristocratique et sa voix superbe de soprano qui ne fut malheureusement applaudie que par quelques rares privilégiés.

Après avoir été l’amie des plus grands : Rossini, La Malibran, Chopin, Liszt, Chateaubriand, Musset, Lamartine, Sainte-Beuve, Balzac et Mérimée, elle fut aussi l’amie de la grande poétesse romantique et femme de lettres cubaine Gertrudis Gomez de Avellaneda qui ne manqua pas d’ailleurs de la féliciter dans un prologue qu’elle lui écrivit pour son ouvrage Viaje a la Habana. Par contre, elle ne fit pas toujours l’unanimité auprès d’éminents intellectuels cubains tels que José de la Luz y Caballero, Domingo del Monte, José Antonio Saco et José Luis Alfonso qui, même après avoir reconnu sa notoriété et son succès la critiquèrent parfois sévèrement. Néanmoins, si elle accepta tout de ses compatriotes - remarques, critiques et éloges - elle fut particulièrement sensible aux compliments de Placido, Gabriel de la Concepción Valdés qui la félicita pour son récit « Mis primeros doce años », et après s’être souvent expliquée sur ses contradictions, ses doutes, ses maladresses, ses incertitudes, ce fut sa grande bienveillance, ce don exceptionnel que lui avait légué sa grand-mère Mamita qui lui permit d’atténuer la tristesse et la douleur de ces dernières années qui furent hélas assombries par la trahison d’un homme de lettres, son amant, Philarète Chasles, son fidèle collaborateur, qu’elle aima passionnément et qui la trahit bassement, la blessant à la fois dans sa chair et dans son âme.

Mais rien finalement ne put détruire complètement cette femme dont la beauté physique et spirituelle fut unanimement reconnue par le Tout-Paris, et dont l’immense gratitude pour tout l’amour donné et reçu dans sa vie, lui permit de s’éteindre doucement, le 31 mars 1852, à l’âge de soixante-trois ans.

J’ajouterai pour conclure que liée depuis de longues années à Cuba où je n’ai cessé de me rendre pour de multiples raisons aussi bien personnelles que professionnelles, je me suis très tôt consacrée à réhabiliter et sortir des oubliettes de l’histoire ces personnalités franco-cubaines. Ce fut donc la ligne directrice de tous mes écrits dont les personnages historiques me projetèrent à travers le temps et l’espace dans une histoire continue et sans frontière qui nous est à la fois commune et si particulière.

Il faut dire que les relations entre nos deux pays se perdent dans la nuit des temps et remontent au Siècle des lumières…à l’arrivée dans l’île le 19 décembre 1800 d’Alexandre de Humboldt accompagné de son ami naturaliste, Aimé Bonpland qui furent les hôtes de marque de la famille Cuesta et du comte O’Reilly lors de leur séjour à La Havane.

Chaque personnage de mes romans :

 - le peintre français, élève de David, Jean-Baptiste Vermay qui fonda à La Havane l’Académie des Beaux-Arts San Alejandro et réalisa les trois grandes fresques du Templete dont il dessina d’ailleurs les plans ;

- le dernier médecin de Napoléon à Sainte-Hélène, le corse Francisco Antonmarchi qui, à la chute de l’Empire napoléonien s’embarqua pour Santiago de Cuba où il fit la première opération de la cataracte dans l’île et y laissa l’un des cinq exemplaires du masque mortuaire de Napoléon moulé par lui sur le visage de l’Empereur : ce masque Antonmarchi dit « masque Burghersh » ;

- le brillant violoniste et compositeur cubain, José White, auteur de la Bella Cubana et d’un magnifique Concerto pour violon et orchestre en fa dièse mineur, qui vécut la plus grande partie de sa vie à Paris et fut enterré dans le cimetière de Boulogne sur Seine ;

- les trois Heredia, José Maria Heredia, le poète cubain El cantor del Niagara, Severiano de Heredia, homme politique français, député et ministre sous la IIIe République et José Maria de Heredia, le poète parnassien, membre de l’Académie française, qui se rendit célèbre par son unique recueil de sonnets, les Trophées ;

- l’archéologue franco-cubain Alberto Ruz Lhuillier, diplômé de la prestigieuse Ecole Nationale d’Anthropologie de Mexico qui découvrit à Palenque dans le Yucatan la tombe d’un roi maya appelé KinPacal dont le squelette était recouvert de pierres de jade ;

-et pour compléter ce tableau de personnalités franco-cubaines que j’ai eu le plaisir de vous présenter successivement à l’Alliance française de Cuba, j’ajouterai tout simplement le portrait de cette femme exceptionnelle, notre compatriote franco-cubaine, la Comtesse de Merlin, née Maria de las Mercedes Santa Cruz y Montalvo, musicienne et femme de lettres qui se fit connaitre en France pour son Salon musical.et ses célèbres tertulias..

…chacun à sa façon connut l’immortalité et entra dans la légende. Chacun eut son nom inscrit dans l’Histoire de Cuba ou dans celle de la France, à la tribune de l’Assemblée Nationale ou sous la coupole de l’Académie de France

Néanmoins, il reste encore de nombreux mystères et secrets de familles à découvrir car il ne suffit pas seulement de sortir des oubliettes de l’Histoire toutes ces personnalités, encore faut-il savoir tirer d’autres fils pour essayer de comprendre et d’expliquer leur silence, leurs non-dits et les relations difficiles qu’ils eurent parfois les uns avec les autres. Recherches que nous devrons continuer à faire pour forger et consolider cette grande famille franco-cubaine que nous sommes et continuerons à être et à laquelle me rattachent, comme je l’ai déjà dit, des liens affectifs très personnels qui n’ont cessé de se renforcer depuis ce fameux jour de juillet 1968 où, à mon tour, je débarquai à La Havane comme mes compatriotes Jean-Baptiste Vermay et Francisco Antonmarchi, il y a déjà un siècle et demi. 

Alors je vous laisse maintenant, chers lecteurs, retrouver tous ces fantômes à travers cette île si belle qu’on la surnomma à juste titre, dès la fin du XVIIIe siècle, la Perle des Antilles. Et si dans le vieux monde, tout s’en va hélas trop vite, à Cuba, par contre, rien ne meurt totalement et les morts ne sont jamais tout à fait oubliés. Leur mémoire reste vivante longtemps après qu’ils aient disparu.

C’est pourquoi, trois siècles de liens historiques et culturels noués aussi étroitement entre nos deux continents ont laissé sur cette terre brûlante des empreintes profondes qui ne s’effaceront plus.

Sabine Faivre d’Arcier

La Havane, le 13 juin 2018

 

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Publications de Sabine FAIVRE D’ARCIER à Cuba :

  • José White y su tiempo, La Habana, Ed. Letras cubanas, 1997, 305p.
  • Y volverá el tiempo de los mayas, La Habana, Ed. Imagen contemporánea, 1997, 179p.
  • Vermay, mensajero de las Luces, La Habana, Ed. Imagen contemporánea, 2004, 227p.
  • Tras las huellas de Napoleón en Santiago de Cuba, La Habana, Ed. Letras cubanas, 2005, 415p.
  • Los tres Heredia, La Habana, Imagen contemporánea, 2012, 421p.
  • Las tertulias de la Condesa de Merlín en Paris, La Habana, Ed. Imagen contemporánea, 2018, 246p.

En France:

  • Jean-Baptiste Vermay, peintre et citoyen français. Messager du siècle des Lumières, Tournan-En-Brie, éd. Lys Editions Amatteis, 2002, 221p.