IIIIIIIIIIIIIIII
L'Académie et les graveurs au XIXe siècle
Par Yanet Oviedo Matos Traduit par Alain de Cullant
C'est au XIXe siècle que la gravure atteint un haut degré de notoriété dans notre pays, grâce aux créateurs français qui viennent à Cuba.
Illustration par : Edel Bordón

En 1822, la lithographie d’Aloys Senefelder arrive à La Havane grâce au peintre miniaturiste français Santiago Lessieur et Durand (1788-1848) qui a monté un atelier de gravure, jusqu'au 1829, dans la rue Compostela, à l’angle de la rue Amargura. Dans les Memorias de la Real Sociedad Económica et dans les Anales de Ciencias, Agricultura, Comercio y Artes de Ramón de la Sagra, plusieurs illustrations de Lessieur, initiateur du commerce lithographique dans l'Île, ont été imprimées.

C'est précisément au XIXe siècle que la gravure atteint un haut degré de notoriété et ceci est dû, en grande mesure, aux créateurs français qui viennent à Cuba ; certains contraints par des circonstances, d'autres, à la recherche d'aventures et de nouveaux horizons à peindre. C'est le cas du parisien Hippolyte Garneray (1787-1858) dont le court séjour dans l’île (1823-1824) a été sans aucun doute très profitable. L'artiste a documenté ce qu'il observait dans la région, éditant dans sa ville natale un grand nombre d’aquatintes et de lithographies qui marquent la vision exclusive de la colonie dans le prélude du siècle.

Ses vues sur de la Plaza Vieja ou du Marché Principal illustrent de manière détaillée l'atmosphère quotidienne de l'époque. L'auteur capte avec exactitude l'un des principaux centres de plus grande activité de la province. Il montre avec goût les ensembles architecturaux et sculpturaux de l'espace, individualisation de chacune des figurines qui constituent la scène dynamique. Un album sur les lieux de loisirs dans l'île pourrait bien être créé en regroupant seulement les véritables images des coutumes que Garneray a réalisées sur l’Alameda de Paula, la Plaza de Armas ou le Paseo de Extramuros.

Après la disparition physique de Vermay, l'Académie accorde le titre de directeur suppléant à son disciple Francisco Camilo Cuyás (1805-1887), mais pour un temps très court. En 1836, dans le cadre de l'opposition, un autre français arrive dans les rangs cubains : Guillaume Francisco Colson (1785-1860). Peintre et musicien, il a étudié à Paris, il avait été aussi un élève de David. Son œuvre L’entrée du général Bonaparte à Alexandrie a été primée dans le Salon de 1812, où il avait aussi exposé son prédécesseur. Selon l'historien Antonio Rodríguez Morey dans le Diccionario de artistas plásticos de Cuba, l'artiste a aussi peint, dans son pays natal, deux tableaux pour la quatrième Chambre du Conseil d'État « La sagesse montrant l’avenir aux législateurs » et « Génie de lois ».

Quand il a commencé son enseignement à La Havane, il a rénové l'éducation, mais il a maintenu la ligne néoclassique de l'influence européenne. Dans son parcours éducatif, il a formé rigoureusement ses disciples Juan Jorge Peoli et Laroca pour qu’ils poursuivent leurs études à Rome et à Paris. Grâce à ses efforts inlassables, l'école a obtenu des dons significatifs du Prince d’Anglona  et de du politicien Francisco de Arango y Parreño.

Durant son séjour dans la colonie, il a abordé des sujets tels que le paysage, la mythologie et la religion. Parmi ses pièces les plus célèbres se trouvent « El valle de Yumurí », « Filomeno y Boscio ante Júpiter » et « La visión de San Francisco » dans laquelle il capture des motifs typiques de l'identité cubaine avec un profond souffle français. Avant de mourir dans un accident tragique il sera nommé Peintre du Palais de Versailles (1843), dans son pays.

En 1837 dans le cadre des plans de développement scientifique et technique, suite à une proposition de la Real Sociedad Patriótica, il a été convenu d'envoyer deux artistes en France, François Cosnier et le martiniquais Alexandre Moreau de Jonnes, dans le but de rapporter une moderne presse lithographique et des graveurs qualifiés pour son usage. Avec cette prérogative, Moreau contracte l'un de nos plus brillants peintres, Frédéric Mialhe (1810-1868).

Une fois à Cuba (1838), Mialhe participe à la première exposition d’art, qui est organisée par « les français » et regroupe aussi une bonne partie des œuvres rapportées du Vieux Monde. Plus tard, l'atelier de lithographie a été inauguré où l'artiste a travaillé sur des paysages pittoresques. Sa première grande œuvre à Cuba a été Alfabeto para sordo-mudos (Alphabet pour sourds-muets » publié dans les Memorias de la Sociedad Económica de Amigos del País. Il a également travaillé dans plusieurs publications (El Plantel, Isla de Cuba pintoresca, Las comedias de Calderón de la Barca, El látigo del anfibio, Viaje pintoresco alrededor de la isla de Cuba, La Prensa…) peignant principalement d’exotiques vues des extérieurs havanais, des caricatures et des scènes de coutumes recréant grandement le creuset de la culture cubaine.

Au cours de son séjour, l'artiste a terminé environ 124 images différentes, dont seulement quelques-unes ont pu être conservées. La grande expérience du paysage était bien connue avant d'arriver dans la région, comme ses visites à travers les Pyrénées et les anciennes villes mexicaines ont perfectionné son dessin et sa technique dans ce type de thème. Mialhe était attiré par les places et les édifices religieux, un exemple de ceci sont ses vues sur les couvents de San Francisco et de Santo Domingo de La Havane, la cathédrale de Santiago de Cuba ou l'église principale de Guanabacoa, dans lesquelles la ligne contourne les constructions majestueuses d'influence baroque et néoclassique en heureuse harmonie avec les passants. Il a aussi capté l'essence de la ville côtière avec sa romantique « Vue du fond de la baie de La Havane, prise du Paseo de Roncali », appartenant à sa collection « Isla de Cuba ».

Son regard a abordé des parcours les plus phénoménaux, s'arrêtant aux types et aux coutumes populaires, transformant la simplicité de supposées bagatelles en objet d'une valeur artistique et documentaire incalculable. De ce genre se trouvent : El sabanero atando un ternero para atraer la madre y cogerla, Valla de gallos ou El panadero y el malojero. Dans cette dernière, dans le plan initial, apparaissent des sujets de classe humble effectuant leurs tâches quotidiennes ; à l’arrière-plan, les constructions somptueuses sont déplacées par l'importance des figures. L'auteur ennoblit les métiers les plus pauvres dans ses créations, ce n’est pas en vain qu’il a été considéré comme le premier peintre qui a représenté et glorifié les personnages typiques cubains. Dans El quitrín, non seulement on voit la sensibilité exceptionnelle avec laquelle Mialhe aborde les motifs des événements coloniaux, mais aussi l'honneur avec lequel il dote le cocher noir qui se dresse sur le cheval et qui occupe une position privilégiée dans le tableau.

Mialhe a gagné l'admiration et le respect de l'intellectualité cubaine de cette époque, parmi laquelle se trouve l'éminent Dr. Felipe Poey. Avec une nature multiforme (peintre, graveur, typographique, scientifique, etc.), il donne des cours de dessin dans le Liceo Literario y Artístico, participant à ses expositions en 1845 et 1850. Il a également été professeur à l'Académie, secondant son ami Leclerc à la direction quelques années plus tard.

Après Colsón, et avec un esprit romantique, un autre artiste parisien assume la direction de San Alejandro. Jean Baptiste Leclerc de Baumé (1809-1854), qui a été considéré comme un excellent professeur, peintre et miniaturiste, donnant deux nouvelles chaires à l'institution, une dédiée à la sculpture et l’autre au dessin linéaire, la convertissant en un espace beaucoup plus multiforme. Tout comme son prédécesseur, il a obtenu des dons importants pour l'école, comme c'est le cas avec la collection de statues de la Grèce antique, dont les originaux ont facilité la connaissance de la technique.

Ses tableaux La primera misa que se dijo en Cuba en 1494, Retrato de Don Francisco González Santos et Retrato de Félix Varela (1847) sont trois des quelques titres sur lesquels on a des références. Cette dernière pièce nous rappelle le Retrato de hombre de Vermay quant à sa sobriété cabalistique et dans l'inexpressivité du visage. Cependant, Leclerc a choisi très délibérément un personnage de premier plan et révolutionnaire dans l'histoire de notre pensée éthique et d'indépendance. Le souffle romantique est résumé dans ce personnage ayant des idées d'émancipation, qualifiés quelques années plus tard par Martí comme « patriote entier ».

Le peintre a voyagé à plusieurs reprises aux États-Unis, où vivaient sa femme et sa fille, mais il retournait toujours à La Havane, où il mourut à 45 ans.