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La Tumba Française « La Caridad de Oriente », un siècle et demi de résistance culturelle
Par Martha Cabrales Arias Traduit par Alain de Cullant
La Tumba Française « La Caridad de Oriente » a fêté son 155e anniversaire le 24 février et ses membres continuent à donner une preuve de résistance culturelle
Illustration par : Tomás Sánchez

La Tumba Française  « La Caridad de Oriente » a fêté son 155e anniversaire le 24 février et ses membres continuent à donner une preuve de résistance culturelle, reconnue par l’Unesco, la déclarant Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité en 2003.

 

Il y a déjà huit générations impliquées dans « cette coutume » des chants et des danses inspirés par les évolutions raffinées de la Cour de Versailles et assaisonné avec la sensualité et le charme de tambours africains.

 

L’origine de ces sociétés qui se sont multipliés dans la partie sud orientale cubaine remonte au XVIIIe siècle quand les maîtres français ont permis des moments de loisirs aux esclaves dans les plantations de café.

 

Lors des fêtes des Saints Patrons, les propriétaires donnaient ces licences aux malheureux noirs qui ont ainsi sédimenté le merveilleux mélange de la musique et de la danse apporté par eux depuis leurs contrées lointaines - en particulier la Dahoméens – avec celles des Français installés dans les Caraïbes.

 

Ces groupes, en plus de leur caractère récréatif, travaillaient pour les secours et l’aide mutuelle avec, aussi, des démonstrations dans la religion, l’art culinaire et la linguistique.

 

Selon les chercheurs, la Tumba Francesa Lafayette, nommée ainsi en l’honneur du général abolitionniste, a eu ses racines dans les haciendas des français Antonio Venet et Santiago Danger, situées sur les hauteurs du village El Caney. En 1905, elle a été divisée en deux et l’une d’elle, La Caridad de Oriente, est toujours active aujourd'hui depuis le 24 février 1862.

 

À l’aube du siècle dernier elle s’installe dans le quartier Los Hoyos, où de nouveaux membres se somment au tronc Venet-Danger, attirés par le magnétisme de leurs tambours, de leurs chants et de leurs danses.

 

Sa musique était caractérisée par trois grands tambours, en bois et avec de la peau de chèvre, et les joueurs étaient appelés selon leur instrument : le mamamier pour le premier ou principal ; le secondier pour le second ou bula et cataye, qui joue le cata, alors que les cha-cha ou marugas accompagnent le chœur et sont des femmes. La tambora ou requinto est accroché au cou.

 

Les danses sont l’yuba, de forte influence africaine, et le mason, qui rappelle celle de certains salons de Paris comme le menuet ; en plus de la tahona, dans laquelle il y a une improvisation et où les danseurs dansent autour de rubans colorés qu’ils tissent et détissent.

 

Contrairement aux autres événements de danse propres à la région, celle de la Tumba Française est un spectacle organisé, complexe et prolongé, pouvant se comparer internationalement avec la contredanse, un genre de salon d’origine anglaise popularisé en Amérique Latine.

 

Le chœur résulte primordial dans les chants et la voix guide le composee, qui improvise le rythme des tambours et l’accompagnement. Cette fonction a toujours été réalisée par les femmes dans cette Tumba.

 

Des mots d’origine française et dahoméenne se mélangent avec l’espagnol dans ces interprétations.

 

La grande musicalité et le rythme contagieux de ces accords permettent de fixer facilement son contenu, essentiellement marqué par un sentiment d’appartenance, de rébellion et d’héroïsme, ainsi que des marques de satire et d’humour.

 

Les robes longues des dames, dont les cheveux sont couverts par des foulards colorés, et les chemises à col dur et les gilets pour hommes rappellent l’élégance des modes parisiennes.

 

Le jigote, l’ajiaco, les empanadillas, les fritures de fruits de mer, la farine de maïs, la viande de porc et les tubercules bouillis avec agrumes, accompagnés de riz congrí et de boissons telles que le punch, l’eau de vie et le rhum, sont les plats typiques qui composent le legs culinaire de la Caridad de Oriente.

 

La Tumba compte certains parents, enfants et petits-enfants ayant parmi leurs paradigmes les défuntes Consuelo (Tecla) et Gaudiosa (Yoya) Venet Danger : la première reine, musicienne, chanteuse et présidente de la société, la seconde composee et danseuse. Au fil du temps certains de ses précurseurs sont disparus physiquement, mais les continuateurs soutiennent le legs.

 

Une chose qui attire l’attention est que la langue de ces immigrants français s’est convertie en créole avec une phonétique africaine et leurs descendants ont continué à la parler avec l’espagnol et ils se dénomment eux-mêmes français.

 

Pour cette persistance obstinée dans le temps, les valeurs de cette Tumba transcendent leur environnement et sont un monument vivant de sédiment spirituel de l’Humanité. Elles représentant également la première manifestation intangible ayant été déclarée Patrimoine de l’Humanité à Cuba.

 

Tout cela parle d’un travail sérieux de sauvetage et de préservation ayant compté la participation des chercheurs de la Maison de la Caraïbe, du Centre provincial du Patrimoine, de l’Université de Oriente et autres institutions culturelles et scientifiques cubaines.

 

Depuis un peu moins de deux siècles le mimétisme ingénu des esclaves envers leurs maîtres perdure aujourd'hui dans la Caridad de Oriente comme l’empreinte de l’évolution historique devant laquelle s’incline cette ville aujourd'hui.