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La récupération de la Muraille, un legs de La Havane
Par Danae González del Toro Traduit par Alain de Cullant
Cette œuvre militaire avait environ cinq kilomètres de périmètre, elle ne passait pas des deux mètres d'épaisseur et elle avait de cinq et sept mètres de hauteur, elle comptait une garnison d’environ 3 000 hommes et un armement de 180 pièces d’artillerie.
Illustration par : Edel Bordón

A l'occasion du 500e anniversaire de la fondation de la ville de San Cristóbal de La Habana, le Bureau de l'Historien de la Ville est engagé dans des actions de revitalisation de la ville. À cette fin, depuis plusieurs années, certains sites historiques ont été récupérés, parmi lesquels se trouve la Muraille de La Havane, qui entourait intra-muros le périmètre maritime de la ville.

Cette muraille était l'élément fortifié le plus important du XVIIe siècle dans l'Île. Sa construction est liée à divers aspects de l'histoire de Cuba et de l'Espagne.

La protection de la ville était un motif important pour la construction de la muraille, mais ce n'était pas le seul, car la sécurité de la Carrera de Indias était un autre élément pris en compte.

Il est bon de se rappeler que La Havane est devenue le port le plus important d’Amérique pour les Espagnols car, ici, se réunissaient les deux flottes qui rentraient en Espagne avec les biens collectés dans ses colonies.

L’œuvre commence à partir de 1674, au moins celle qui arrive à nos jours, et ce projet a été dirigé par l'ingénieur militaire Juan Císcara. Les travaux ont commencé avec ce qui s'appelait le « Tramo de tierra », qui commençait avec le château de la Punta et terminait dans la Tenaza, ou se trouvait la zone de l'arsenal ou « Astillero Real » de la ville. La principale raison qui a favorisé cet endroit était la vulnérabilité que la ville avait dans ces secteurs. On pense que les travaux dans cette zone ont été terminés vers 1698.

Mais durant cette première étape de la construction, il a été décidé d'étendre certains secteurs maritimes : depuis le château de la Punta à des zones près du château de la Fuerza, et depuis la Tenaza jusqu’à la partie arrière de l'église de San Francisco de Paula.

On a estimé que les travaux dans cette section ont été terminés en 1702, bien que certains secteurs de la marge portuaire n'aient pas été fortifiés à ce moment-là.

Il y a eu un deuxième moment important, entre 1733 et 1740, car, surtout dans la zone portuaire, la muraille n'avait pas la qualité technique requise et il a été alors décidé de la démolir et de réparer d'autres parties. Ensuite une meilleure structure a été édifiée, sur les blocs de pierres extraits dans différentes carrières.

Certains auteurs ont fait valoir que le processus final de construction totale de la muraille culmine en 1797, quand certaines fosses sont faites. C'est la muraille que nous avons connue.

Cette œuvre militaire avait environ cinq kilomètres de périmètre, elle ne passait pas des deux mètres d'épaisseur et elle avait de cinq et sept mètres de hauteur, elle comptait une garnison d’environ 3 000 hommes et un armement de 180 pièces d’artillerie. Ces murs se sont convertis en un environnement caractéristique de la ville.

Des années plus tard et en raison de la grande croissance de La Havane à cette époque, la ville se développait extra-muros et des quartiers surgissaient à la périphérie de la muraille, il est décidé de commencer la démolition définitive de cette œuvre en 1863, en particulier de sa section terrestre, car elle devenait incommode quant à la bonne communication de la ville avec la zone extérieure. En outre, la signification militaire de la muraille avait été perdue et son existence n'était plus nécessaire.

Ce fut un processus qui a pris du temps, elle n’a pas été éliminée complètement en 1863, les travaux ont été faits par morceaux et, à la fin du XIXe siècle, on peut voir des sections en processus de démolition.

Roger Arrazcaeta Delgado, directeur du département d'Archéologie et responsable des travaux de recherche archéologique sur la Muraille de La Havane, explique les raisons du sauvetage de ce travail d'ingénierie :

« Il a été décidé de rechercher les vestiges de la muraille pour sa valeur historique ; en plus du legs historique et de la cohérence d'une explication des antécédents de la ville. Il est également important d'inclure un lieu pertinent des fortifications havanaises.

Sa recherche a été relativement facile, car nous avions une cartographie historique de l'excellence. Ces données montraient clairement et avec exactitude tout l'espace qu’occupait la muraille. Dans ce processus méthodologique, nous avons utilisé tous les plans et de les chevaucher avec les plans actuels et les photographies satellitaires. Avec toutes ces informations, nous sommes arrivés avec une précision de centimètres et, dans les rues, nous avons marqués où aurait pu être cette fortification, mais seulement dans certains points, car une grande partie de la muraille est actuellement sous certains bâtiments. Avec l'aide d'équipements mécaniques on a rompu le pavement des rues où se trouvaient une partie de ce mur défensif.

Ce fut un long processus, depuis le début de 1980 jusqu’à nos jours. Nous avons travaillé dans différents secteurs de l'Avenida del Puerto, à la recherche des vestiges de cette muraille. Tout d'abord, nous avons travaillé sur la Maestranza de artillería ; les zones en face de l'ancien séminaire de San Carlos ; le Boquete de la pescadería et, enfin, nous avons fait des recherches sur la section correspondant à ce qui était la Batería de San Francisco Javier, qui se trouve en processus de préparation muséographique et d’exposition pour le public ».

Un autre des éléments à souligner dans ce sauvetage a été la découverte, à proximité de la muraille, des vestiges d'une décharge à ordures de la ville, qui a montré de nombreuses preuves de la vie quotidienne des XVIIe et XVIIIe siècle havanais. Ceux-ci incluent des restes organiques, en conditions anaérobies, qui en ont permis la conservation. Des graines de fruits, des semelles de chaussure, des pièces en bois, des céramiques et des coquilles d'œufs ont été trouvées, des éléments qui ne sont généralement pas si bien conservés dans le temps.

« Pour nous, il est très important d'avoir trouvé ces vestiges, parce qu'il montre la consommation de nourriture des habitants de la ville, et cela nous permet de contraster la documentation historique avec les preuves archéologiques, et d'inclure de nouvelles données qui n'étaient pas dans les documents historiques », a-t-il ajouté.

Roger Arrazcaeta Delgado souligne également que, pour sauver la muraille de La Havane on travaille sur une muséographie de celle-ci, expliquant sa pertinence, son histoire. « Pour ce faire, avec l'aide de panneaux et de ressources virtuelles, nous espérons recréer certains aspects de cette fortification et ses principales caractéristiques ».