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La Foire, les livres, les lecteurs
Par Graziella Pogolotti Traduit par Alain de Cullant
Avec un esprit de fête, les réflecteurs illuminent les journées de la Foire, mais le livre doit continuer à faire partie du fait quotidien durant toute l'année.
Illustration par : Alfredo Sosabravo

Chaque année, la convocation à la Foire rend son rôle principal au livre et à la lecture. Cet évènement, existant et se multipliant dans de nombreux endroits du monde, avec des buts commerciaux, dont l'occasion est propice pour négocier des contrats selon les normes d'un marché de plus en plus transnational.

Cependant, la notre se propose de donner vie à un événement de portée populaire accompagnée d’une forte charge symbolique. Elle a émergé avec force, nous ne pouvons pas l'oublier, quand au milieu circonstances économiques ardus, Fidel a projeté la nécessité de sauver la culture. Le peule, porteur de celle-ci, avec une pleine conscience, devait continuer à être le sujet de l'histoire.

Pendant le déroulement de la Foire, le livre acquiert une présence éminente dans les médias, aussi bien dans les journaux qu’à la radio et à la télévision. Cependant, la divulgation n’est pas toujours réalisée avec la visée requise pour motiver un destinataire assiégé maintenant par d’efficaces stimulations audiovisuelles.

Dans les années ayant précédées l'ère numérique, la Révolution a construit un immense public de lecteur. Une conception graphique de première qualité a été développée, favorisant l'identification rapide de certaines collections. L’inoubliable collection « Huracán » s’est propagée, avec ses énormes tirages sur papier de gazette et une colle précaire. Les ouvrages s’effeuillaient dès la première lecture, ils ont offert d'énormes tirages à de très nombreux lecteurs pour la jouissance des classiques de tous les temps.

Dans l'actuelle conjoncture, l'objectif est de se concentrer sur la préservation et le sauvetage de l'habitude de lecture au moyen d’actions compromettant l'ensemble de la société représentée par l'école, les institutions culturelles et les médias. Il revient à ces derniers d'arriver au destinataire de manière systématique et en termes concrets.

Avec un esprit de fête, les réflecteurs illuminent les journées de la Foire, mais le livre doit continuer à faire partie du fait quotidien durant toute l'année. Chaque publication constitue un événement éminent pour le lecteur potentiel, dispersé et multiple, qui demande une information à propos de chaque nouvel événement.

Dans le domaine de la littérature, de l'histoire, des sciences sociales, de la divulgation scientifique la plus rigoureuse, il est nécessaire de savoir qui est l'auteur, sa hiérarchie, ainsi que les données fondamentales sur le contenu. Informer rapidement, efficacement et avec précision est une condition indispensable pour réveiller la curiosité, l’intérêt et la motivation. C'est la manière d'assurer la continuité des habitudes de lecture qui naissent, se forgent et mûrissent dans un dosage progressif à travers le travail du maître dans la salle de classe.

Dans ce sens, le défi est énorme, car pour la simple reconnaissance de la lettre il faut passer à la conquête d'une lecture fluide, compréhensive, analytique, entraînée dans la perception des nuances pour arriver à une production créative, soutenue dans le dialogue participatif avec le texte.

Soumis à un changement accéléré et brutal d'époque, nous ne pouvons pas perdre de vue quelques traits caractéristiques d'une étape si complexe. Avec une base scientifique et un degré de sophistication, le pouvoir des finances utilise la culture avec des fins de manipulation politique et de construction d'un projet humain programmé pour la subordination aux intérêts d'un marché de travail précarisé.

Hypnotisés par l'alliance séductrice entre le consumérisme asservissant et l'invasion médiatique, nous nous laissons entraîner par l’amnésie, par la castration du passé et l'avenir dans un présent éphémère, par la commode loi du moindre effort, par le renoncement à l'exercice critique et créatif du fait de penser. Nous abandonnons une tradition humaniste, intégrative de la connaissance pour celle qui, prenant en compte notre condition et notre nature, en rien humaine devrait nous sembler étrangère.

Depuis les temps les plus lointains l'humanité a essayé de préserver la mémoire dans les registres impérissables de son travail quotidien. Les Chinois ont inventé leurs idéogrammes. L’ancienne Mésopotamie a imprimé son écriture cunéiforme dans l’argile. Pour une élite cultivée, les Egyptiens ont dessiné des hiéroglyphes. Nous devons la plus lointaine origine de notre alphabet aux Grecs, nommé ainsi par les deux premières lettres du sien.

Premièrement sur manuscrit, ensuite imprimé, doté maintenant de nouveaux supports, le livre enregistre les faits et la connaissance. C'est un dépositaire et une source vivante du mot, la plus grande conquête de la création humaine, une voie de communication qui ne peut pas être réduite à la demande des nécessités primordiales, destiné seulement à rassasier la faim et la soif. Son débit de richesse met les avances les plus complexes de la science à notre disposition, intervient dans la reconnaissance du monde qui nous entoure, constitue un instrument du fait de penser, favorise la compréhension mutuelle, aide durant les moments difficiles, accompagne la solitude et partage la joie, affine la sensibilité.

Au moyen de la séduction du mot, Schéhérazade a sauvé sa vie durant mille et une nuits, a raconté les histoires qui ont traversé les temps et qui sont arrivés à nos jours. Bienvenue à l'invitation annuelle de la fête du livre, toujours et quand, une fois les projecteurs éteints, nous nous donnons pleinement à l'implémentation de programmes orientés au sauvetage de l'habitude de la lecture. Dans cette marche à contre-courant, il faut faire converger les efforts multiples. La validation des expériences internationales utiles pourra servir de complément, en prenant en compte les demandes de notre contexte spécifique. Nous devons augmenter la divulgation à travers de toutes les voies à notre portée, entraîner les enfants depuis l'enseignement élémentaire et travailler intentionnellement avec les instituteurs, les bibliothécaires et les libraires. Ce sont des actions urgentes pour préserver le royaume d'un mot captivant et séducteur.