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La culture française à Cuba
Par Rafael Lam Traduit par Alain de Cullant
La France et Cuba construisent de nouveaux liens économiques, sociaux et culturels. La visite du Président français à Cuba et celle du Président cubain en France ouvrent de nouvelles voies des relations entre les deux pays.
Illustration par : Manuel Mendive

La France et Cuba construisent de nouveaux liens économiques, sociaux et culturels. La visite du Président français à Cuba et celle du Président cubain en France ouvrent de nouvelles voies des relations entre les deux pays.

Les corsaires et pirates français pullulaient dès le XVIe siècle sur la côte cubaine, pillant et faisant de la contrebande. En mai, 1538, La Havane a été pillée et incendiée par des flibustiers français. La dernière invasion de corsaires français a eu lieu en 1554.

Une des périodes les plus complexes de Cuba est à partir de 1772, comme conséquence de l'immigration française et haïtienne à Cuba et, avec elle, des aspects caractéristiques de sa culture sont arrivées. Les immigrants ont apporté leurs habitudes et leurs coutumes.

L'arrivée des Français – aussi bien européens que créoles – a provoqué une rénovation de la structure économique à Santiago de Cuba, un boom agricole quant à la culture du café et une augmentation, en termes de richesse et de culture, de la zone orientale de Cuba.

Il était de bon goût d'avoir une plantation de café, entourée de fleurs et de plantes ornementales, d’arbres fruitiers, pour passer l'été, parler, discuter de littérature, réciter des poèmes, écouter de la musique « sélecte », parler de l'art, de l’économie, de l’industrie, de l’agriculture et de la politique. Dans certaines plantations de café il y avait des bibliothèques, des billards, une chapelle et des salons de danse où jouaient des orchestres venus de la ville.

Les exploitations portaient les noms de La Marsella, Guaninicum, Sitges Kentucky, Nuevo Mundo, El Diamante, Nueva Escocia, El Edén, Propriedad, Fortune, Bello Desierto.

Les danses, de l’école française, des principales personnes étaient jouées par de bons musiciens. Comme nous pouvons le voir, les classes aisées dansaient suivant le style français, comme en Espagne, où la maison des Bourbons régnait dans la péninsule depuis 1701.

La contredanse était une ancienne danse d’origine anglaise qui avait été introduite en France dans les premières années du XVIIIe siècle et elle a atteint son plein essor au long de ce siècle. Après le renversement du régime monarchique et la prise de pouvoir par la bourgeoisie, elle s’est propagée à travers toute la France. Ce processus a eu une influence sur tous les peuples d'Europe et, de là, elle est arrivée dans les colonies américaines à travers l’Espagne.

Les sauces, les champignons, la cannelle et le poivre sont introduits dans les aliments. Santiago de Cuba change. Les Français ont apporté leur corso pirate et ont étendu les activités illicites dans la ville hispano-cubaine, mais ils ont aussi ouvert des commerces de types différents, lesquels ont perduré durant plusieurs générations. Les chaussures, les chapeaux à la mode et les parfums ont commencé à arriver de Paris.

Le surnom de Français s’appliquait non seulement aux hommes, mais à l'atmosphère qui les entourait, telles que les danses, les instruments et même les sociétés et les groupes, qui avaient toujours un sceau distinctif.

Les émigrants franco-haïtiens ont apporté la fondation des sociétés de la Tumba Francesa. Les sociétés de la Tumba Francesa constituent, encore aujourd’hui, une source constante d'éléments culturels de ce folklore primaire ou antécédent dont l'évolution a conformé les premiers traits de la culture cubaine.

En 1803, la contredanse française à Cuba a commencé son évolution avec la composition San Pascual bailón et elle a continué à évoluer jusqu'en 1877, quand elle décline avec l’apparition de la création du danzón à la manière de Miguel Faílde.

La charanga française

Selon Olavo Alén, l'ensemble instrumental de la danse cubaine se lie à la tradition française pour l'utilisation du piano, du violon et de la flûte. D’autres instruments sont incorporés à ce trio français, comme la contrebasse, les pailas cubaines et le güiro pour donner naissance à l’un des plus importants formats instrumentaux de la musique cubaine : La Charanga Francesa.

Logiquement, la charanga est plus flexible que la typique qui, par sa complexité instrumentale, est régie obligatoirement par les instrumentations prévues.

Le musicologue Cristóbal Díaz Ayala a dit « à la fin du XIXe siècle, le français est devenu le synonyme de « bon goût », apparemment on ajoute l'adjectif « francesa » (française) à la nouvelle forme musicale, comme une idée publicitaire géniale, elle était fine et exquise ».

La charanga typique au début du XXe siècle n'inclut pas le piano dans sa composition instrumentale, la harpe créole était parfois utilisée. « Le 22 janvier 1899 - rappelle le chercheur Ezequiel Rodriguez -, Antonio María Romeu commence à travailler comme pianiste dans le café La Diana, situé à l’angle des rues Águilla et Reina. Il interprétait des danzones à la mode, accompagné par un güiro. Lors d’une occasion spéciale, le propriétaire du café a engagé Romeu afin qu’il joue durant les pauses d’un bal. Cette fête comptait la participation de l'orchestre de Leopoldo Cervantes. La soirée a commencé et le maestro Romeu a eu l’idée d’incorporer le piano à l'orchestre de Cervantes et ainsi naquit - selon les mots textuels de Romeu – l’orchestre Charanga Francesa à Cuba, un fait qui entre dans l'histoire musicale de notre pays ».

« L’orchestre de Cervantes – a commenté Romeu en 1955 à l’investigatrice Ada Iglesias – après avoir terminé sa partie il a continué à jouer avec l’ensemble, lequel était comme un grand orchestre. Dès ce moment ils ont décidé d'incorporer le piano à l'ensemble et la charanga francesa a été composée par Leopoldo Cervantes (flûte), Ramón Cervantes (violon), Avelino Ceballos (contrebasse), José de los Reyes (güiro) et Remigio Valdés (timbales cubaines). Ils jouaient tous comme un passe-temps ; les deux premiers étaient des tailleurs, et les autres vivaient seulement des cachets qu'ils touchaient comme musiciens. Cet ensemble est resté uni durant 38 ans, les musiciens étaient remplacés quand certains disparaissaient. Les charangas ne jouaient pas seulement des danzones, elles jouaient également des rigodons, des lanceros, des quadrilles, des ones steps et des paso-dobles, des menuets des valses et des contredanses ».

1950-2000

D’illustres musiciens français sont venus à Cuba durant la seconde moitié du XXe siècle : Maurice Chevalier s’est présenté en avril 1956 dans le théâtre Auditorium, aujourd'hui théâtre Auditorium Amadeo Roldán et dans le cabaret Montmartre ; la présence de la célèbre chanteuse Édith Piaf, le 25 janvier 1957, dans le Montmartre et dans le programme télévisé Jueves de Partagás. ; Igor Stravinsky donne un concert le 3 mars 1946 dans l’Auditorium, à cette occasion il rend visite au peintre Wifredo Lam à son domicile de Marianao. Il revient à La Havane le 4 mars 1951, où il se présente dans l'Auditorium.

Le 23 novembre 1984, Michel Legrand participe au Festival International de la Chanson Populaire de Varadero. Il revient le 10 décembre 1989, au début du boom de la salsa cubaine, il se présente dans le théâtre Karl Marx où il interprète le « Concertatorio », dédié au bicentenaire de la Révolution Française. Il est revenu aussi pour le Festival International de Jazz où il a joué avec Chucho Valdes et, postérieurement ils ont joué une nouvelle fois ensemble lors d'un concert en France. Durant ce concert il a eu une conversation avec Charles Aznavour, avec qui il a enregistré un disque de musique romantique avec un rythme cubain.

Dany Brillant a enregistré un disque à l’EGREM avec Rembert Egües. Rembert résidait à Paris et jouait dans le club Le trois malles.

En 2002, Charles Aznavour enregistre un album avec Compay Segundo en France, Morir d’amor.

Un grand nombre de chanteurs et de musiciens cubains ont joué en France, certains y ont résidé un certain temps comme Pepín Vaillant et Bobby Carcassés. Une représentation du cabaret Tropicana a assisté à la célébration du bicentenaire de la Révolution Français. Le groupe Sierra Maestra a enregistré une partie du film Salsa, à Paris.

À partir de 1989, quand éclate le boom de la salsa et de la timba cubaine, les meilleurs orchestres cubains ont joué dans les plus célèbres salles françaises, comme l'Olympia. Ces dernières années, ils ont été suivis par les étoiles de la renaissance du son et de la trova traditionnelle, avec le phénomène du Buena Vista Social Club.

Les triomphes de la musique cubaine à Paris datent des années 1920, mais ceci mérite un chapitre distinct, dans une autre chronique.