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La Cité de colonnes
Par Alejo Carpentier Traduit par Julian Garavito
Présentation et Extraits du livre La Cité des colonnes par la Maison d’édition Le Temps des Cerises.
Illustration par : artistes cubains

Présentation du livre La Cité des colonnes par la Maison d’édition Le Temps des Cerises


En s’appropriant une vision non-orthodoxe de l’urbanisme, Alejo Carpentier nous amène et nous promène dans les rues de La Havane où le foisonnement de colonnes, portes, grilles et portails s’érige en vestige du long travail de l’histoire cubaine – ses invasions et métissages – et de celle des havanais peuplant une rue « bavarde, indiscrète » et des maisons « enfermées sur leur propre pénombre ».


Avec Alejo Carpentier, les murs se muent en prolongement des corps ; ils deviennent vivants au contact des hommes qui les façonnent. Mais l’architecture, du palais majestueux au simple bouteroue le long des trottoirs, survit aux hommes et les façonne à son tour. L’entente se doit d’être réciproque afin de réconcilier les hommes et leur environnement, et ce sans plan d’urbanisme rigide et théorique mais grâce à un dialogue traversant les siècles.


À l’instar du soleil, avec qui « pour entamer un dialogue […] il faut […] offrir les lunettes appropriées », Alejo Carpentier dans La Cité des colonnes nous invite à changer de point de vue, pour éviter les écueils de l’exotisme et de l’ethnocentrisme, sur la vie des rues et des maisons havanaises et de saisir leurs portées sociales, historiques et esthétiques.


Avec la verve littéraire qu’on lui connaît, accompagnée des photographies de Paolo Gasparini des éléments urbains détaillés par Carpentier, ce dernier nous offre une exploration originale et poétique de La Havane.

 

La Cité des colonnes

Extrait 



…pourquoi, a part cette Havane antérieure à La Havane que – dit-on- ont bâtie quelques colons au bord du fleuve Almendares, nous devons chercher le véritable noyau créateur  de la ville  dans ces vestiges humbles et gracieux qui  existent encore dans une des  cours  de l’ancien Convent de Santa Clara, prés de classique tavernes peccamineuses du port, sous la forme d’un petit marché, d’un bain public et d’une Fontaine Municipale, qui,  malgré sa modestie,  ne manque pas d’allure dans sa construction. Travail de maçons que tout cela, par exemple cette « Maison du Marin », plus ambitieuse, que l’on peut encore voir à une faible distance de ce qui avait été jadis, agora parmi les mangliers, place au milieu de broussailles et qui, lorsqu’elle fut révélée au public, aux jours de notre adolescence, après une longue réclusion imposée par la croissance enveloppante d’un monastère de clarisse, laissait deviner encore une enseigne à demi effacée l’identifiant comme la « Maison du Pain ».


Nous ne prétendons pas- et nous devons le signaler au plus tôt- ébaucher l’historique de l’architecture cubaine, travail qui exigerait tout un appareil d’érudition ; nous voulons seulement guider le lecteur vers certaines des « constantes » qui ont contribué à donner un style propre, impossible  à confondre, à la ville apparemment «  sans style » (si nous nous en tenons aux notions académiques concernant le style) qu’est La Havane, pour passer ensuite à la vision de « constantes » qui peuvent être considérées comme spécifiquement cubaines,…


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…suivant la même colonnade toujours renouvelée, où tous les styles de la colonne apparaissent représentés, combinés ou métissés à l’infini. Des colonnes mi-doriques, mi-corinthiennes, des nains iconiques des cariatides de ciment, de timides illustrations, ou dégénérescences d’un Vignola,  compulsé par tout maitre d’œuvre contribuant à étendre la ville,  depuis la fin du siècle dernier, sans ignorer par fois l’existence d’un certain « modern style » parisien du début du siècle, certaines idées d’architectes catalans et, pour ceux qui,  dans les quartiers originels, voulaient remplacer les palais en ruines d’antan par des constructions plus modernes, les innovations pâtissières du « style Gran Via de Madrid » (Il y en a deux de ce genre, remarquables presque belles avec le temps, à des angles de l’ancienne  Plaza Vieja).


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Traduction de Julian Garavito
Maison d’édition LE TEMPS DES CERISES
Caractéristiques

   Pages : 92
    Langue : français & espagnol -⁠ édition bilingue illustrée
    ISBN : 9782370710666
    Dimensions : 155 x 155
    Date de sortie : 20/⁠10/⁠2015