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La Casa de las Américas et la diaspora africaine dans ce continent
Par Roberto Fernández Retamar Traduit par Alain de Cullant
Intervention lors de la clôture des sessions du Comité Scientifique International pour la rédaction du Volume IX de l’Histoire Générale de l’Afrique, un projet parrainé par l’Unesco.
Illustration par : Alexandra Alvarez Carvajal

Comme je l’ai annoncé dans mes paroles initiales de lundi, je vais dire aujourd'hui quelque chose sur l’attention que la Casa de las Américas a prêté et fourni à la diaspora africaine dans ce continent. Je vais commencer par mentionner le double numéro de 1966 que la revue, qui est l’organe de l’institution et qui porte son nom, Casa de las Américas, a dédié à l’Afrique en Amérique. Dans un éditorial on dit :

 

Cette revue, qui aspire à être la voix de l’Amérique Latine, a exprimé sa volonté de servir de lien entre les appelés pays du tiers-monde. Avec ce numéro, nous affirmons que nous avons des contacts étroits avec les pays sous-développés extra américains qui se tournent vers la similitude des squelettes économiques et sociaux et, parfois aussi, à la directe filiation humaine. Dans ce dernier, concrètement, dans le cas de l’Afrique Noire et de l’Amérique Latine, en particulier, cette zone américaine que (comme ceci est ratifié dans ce numéro) certains auteurs [...] ont appelé Afro Amérique […] // Nous ne sommes pas l’Afrique, comme nous ne sommes pas l’Europe : nous sommes l’Amérique, notre Amérique. Mais elle est incompréhensible sans ses racines. Et l’Afrique est bien plus nôtre quand nous voyons maintenant que les nations délabrées qui avaient surgi dans notre sous-continent ressemblerait beaucoup plus à celle qui allaient surgir dans la même Afrique qu’aux stables et colonisateurs pays européens ou de « l’Amérique européenne » [...] En d’autres termes : l’Afrique n’est pas seulement dans nos racines mais, aujourd'hui même, elle est jumelée à nous, dans notre condition commune de pays sous-développés. […]

 

En plus de textes tels que ceux dus à Fernando Ortiz, à qui était dédié ce numéro, Roger Bastide, Nicolás Guillén, Alfred Métraux, Aimé Césaire, René Depestre, José Luciano Franco, Julio Le Riverend, Manuel Galich, l’ouvrage comprenait également plusieurs « documents » dont la plupart était connu pour la première fois en espagnol : ceux de Du Bois, de Roumain, de Césaire (presque tout le Discours sur le colonialisme), de Fanon (« Antillais et africains »), de Malcolm X. des numéros successifs de la revue ont inclus des matériels du Premier Festival Panafricain de la Culture ; plusieurs sur Porto Rico et un autre très complet sur les Antilles de langue anglaise, avec un ample éditorial sur les caractéristiques de la Caraïbe ; un autre, avec des textes du Symposium sur l’identité culturelle caribéenne qui a eu lieu dans la Casa de las Américas au cours de la troisième Carifesta, réalisée à Cuba ; un sur Haïti à deux cents ans de son indépendance ; et quand l’Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé 2011 comme l’Année Internationale pour les Personnes d’Ascendance Africaine, nous avons intitulé le numéro publié à cette occasion, ayant des références à celui de 1966, De nouveau l’Afrique en Amérique. Je dois ajouter les numéros dédiés à des cubains (c'est-à-dire caribéens) tels que José Martí, Nicolás Guillén et Alejo Carpentier.

 

En ce qui concerne les livres sur les questions caribéennes, le Fond Éditorial de la Casa de las Américas en a publié une quantité considérable et je vais en mentionner certains, sans beaucoup d’ordre, y compris ceux qui proviennent des prix de littérature et de musicologie décernés par l’institution : plusieurs de Kamau Brathwaite (qui a remporté quatre fois le Prix Littéraire Casa de las Américas) ; En el castillo de mi piel, Partes de mi ser et Los placeres del exilio, de George Lamming ; Cuentos del Caribe et Poetas del Caribe anglófono (les deux derniers en éditions bilingues anglais/espagnol) ; Así habló el tío, de Jean Price-Mars ; Poesías, d’Aimé Césaire ; Gobernadores del rocío, de Jacques Roumain ;  El compadre general sol, de Jacques Stephen Alexis ; Poesía, de Luis Palés Matos ; Midas negro, de Jan Carew ; El vasto mar de los sargazos, de Jean Rhys ; Poemas de una isla y dos pueblos, de Jacques Roumain, Pedro Mir et Jacques Viau ; Buenos días y adiós a la negritud, de René Depestre ; Tutuba, la bruja de Salem, de Maryse Condé ; Vida de los esclavos negros en Venezuela, de Miguel Acosta Saignes ; La ocupación norteamericana de Haití y sus consecuencias (1913-1934), de Suzy Castor ; Historia de los cimarrones, de R. D. Dallas ; Nosotros, esclavos de Surinam, de A. de Hom ; Esclavos que abolieron la esclavitud, de Richard Hart ; El sistema colonial inglés en Trinidad (1783-1810), de James Millette ; Garvey paladín anticolonialista, de Rupert Lewis ; De Cristóbal  Colón a Fidel Castro. El Caribe, frontera imperial, de Juan Bosch ; Teoría de la economía de plantación, de Lloyd A. Best et Kari Polanyi Levitt ; El discurso antillano, d’Édouard Glissant ; Los jacobinos negros, de C. L. R. James ; Corral de negros, de Manuel Zapata Olivilla ; Los ñáñigos, d’Enrique Sosa Rodriguez ; La  otra familia. Parientes, redes y descendencia de los esclavos en Cuba, de María del Carmen Barcia ; Elogio de la altea o las paradojas de la racialidad, de Zuleica Romay ; El Alufá Rufino: tráfico, esclavitud y libertad en el Atlántico negro, de Joâo José Reis, Flávio dos Santos Gomes et Marcus J. M. de Carvalho ; Miedo a una nación negra, de David Austin ; La música de las sociedades de tumba francesa en Cuba, d’Olavo Alén ; Presencia arará en la música folclórica de Matanzas, de María Elena Vinueza ; El negro en el Caribe, d’Eric Williams ; El fracaso de la nación, d’Alfonso Múnera ; Reyita, sencillamente, de Daysi Rubiera ; Los condenados de la tierra, de Frantz Fanon. Si une autre maisons d’édition ne nous avait pas devancé nous aurions aimé publier le livre admirable de 1972 Cómo Europa subdesarrolló a África, du Guyanais Walter Rodney. Et que nous devrions publier malgré tout, comme nous l’avons fait avec le livre de Fanon nommé récemment.

 

En ce qui concerne les arts plastiques, la Casa de las Américas a accueilli, parmi d’autres, des expositions comme « L’Afrique dans la plastique caribéenne » ; « Rencontre et exposition des quatre pays de la Caraïbe » ; « Huit peintres autodidactes de la Jamaïque » (avec des œuvres d’Everald Brown, Arnold Tucker. Clinton Brown, Karl Parbousinch, Osmond Watson, Kapo) ; « Peintres d’Haïti » (avec des œuvres d’Hector Hyppolite, Philomé Obin, Castera Basile) ; « Deux pays caribéens » (avec des œuvres de Louis Laouchez, en Martinique et de Denis Williams et de Doudle Thomas, du Guyana) ; « Exposition d’Hervé Télémaque », d’Haïti ; « Exposition de peinture haïtienne contemporaine » (avec des œuvres de Roland Blain, Raymond Désiré, Prefète Duffaut, Antoine Obin, Pierre André, Gérard Valcin et Jean Valcin) ; « Les Forgerons du Vaudou », d’Haïti ; « Jouets populaires haïtiens » ; « Le rite de l’hérétique : héritage, résistance et musique des Personnes d’Ascendance Africaine en Amérique : Exposition photographique collective » ; « Bembé : un essai photographique de Korda », de Cuba ; « Connexions caribéennes », de Pierre Verger ; « Les visages du carnaval : photos de Mario Picayo, de Cuba et Mariano Hernández, de la République Dominicaine » ; « Paire et impaire : photographie contemporaine haïtienne et dominicaine.

 

La revue de théâtre Conjunto a maintenu une attention constante à la scène de la Caraïbe. Elle a dédié des numéros monographiques aux Caraïbes dans sa diversité et d’autres ayant d’amples dossiers relatifs aux théâtres de Porto Rico et de République Dominicaine. Elle a également publié des ouvrages d’auteurs tels que Daniel Boukman, Derek Walcott, Frank Disla, Aimé Césaire, Chiqui Vicioso.

 

Des artistes et des groupes de la région ont participé aux éditions de la Saison du Théâtre Latino-américain et caribéen « Mayo Teatral », qu’organise la Casa de las Américas. Tel est le cas de Lucette Salibur (de la Martinique), María Castillo, Manuel Chapuseaux et María Isabel Bosch, ainsi que les groupes Cocuyo, Teatro del Trapo, Gayumba, Tibal (de République Dominicaine) ; Rosa Luisa Márquez, Lowell Fiet, le groupe SudaKaribe (de Porto Rico) ; et des compagnies cubaines comme Teatro Caribeño et Teatro Macuba, des représentants de l’identité caribéenne.

 

La Casa de las Américas a eu le privilège de présenter dans ses de concert et dans des événements internationaux de notables représentants de la musique afro-américaine, tels que les Péruviens Nicomedes Santa Cruz et Susana Baca, la Colombienne Totó La Momposina, et de reconnus artistes cubains comme Merceditas Valdés, Zenaida Armenteros et Lázaro Ross. De la même, des groupes cubains de fortes racines ont été invités, comme Güiro San Cristóbal, de la localité havanaise de Regla ; Le groupe arará Ojún Degara, composé de la famille Baró, de Jovellanos ; Los Muñequitos de Matanzas ; l’Ensemble Folklorique National de Cuba ; les groupes folkloriques AfroCuba, de Matanzas, Afroamérica, Obiní Batá, Baobab. Il y a eu aussi des concerts où la tradition afro-cubaine a été assumée depuis la création la plus contemporaine : le Groupe Oru, avec Sergio Vitier et Rogelio Martínez Furé ; la famille d’Alfonso et son groupe emblématique Síntesis ; Ruy López Nussa et son projet La Academia. Depuis l’univers du jazz nous avons eu la présence de personnalités illustres telles que Chucho Valdes, Roberto Fonseca, Rolando Luna.

 

La création du Centre des Études de la Caraïbe, par Haydee Santamaría en 1979, a impliqué une augmentation considérable des liens de la Casa de las Américas avec la diaspora africaine, si vivante dans la région. Le Centre a donné naissance, en 1981, à sa revue Anales del Caribe, qui propose des matériels en espagnol, en anglais et en français sur les caraïbes. Sa première étapes a été publiée jusqu’en 2007, et elle est réapparue en 2016. En outre, le Centre a organisé de nombreuses réunions, comme celles réalisées durant les centenaires de Fernando Ortiz, de l’abolition de l’esclavage à Cuba et de Marcus Garvey ; le cycle « L’Afrique dans les Caraïbes » ; à plusieurs reprises le Séminaire sur la Culture Afro-américaine ; des cycles et des symposiums sur José Luciano Franco, dans ce cas en partenariat avec la Maison de l’Afrique, de nouveau sur Marcus Garvey, Frantz Fanon, Pierre Verger, Édouard Glissant et d’autres.

 

Le Prix Littéraire Casa de las Américas a convoqué en 2012, et de nouveau en 2016, le Prix Extraordinaire des études sur la présence noire dans les Amériques et dans les Caraïbes contemporaines.

 

L’Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé 2015-2024 comme la Décennie Internationale pour les Personnes d’Ascendance Africaine. En 2015, la Casa de las Américas a créé le Programme des Études sur l’Afro Amérique qui, en 2016, a organisé le Séminaire International « 130 Ans de l’Abolition de l’Esclavage à Cuba », qui a fait venir à la Casa des personnalités comme le dessinateur étasunien Emory Douglas, lié aux Black Panthers de son pays et l’investigatrice allemande Claudia Rauhut, de l’Université libre de Berlin qui a effectué une étude comparée sur les demandes de réparations pour l’esclavage dans les Caraïbes.

 

Comme on peut l’apprécier, la Casa de las Américas est intimement liée avec toutes les Caraïbes, avec l’Afro Amérique, dont Cuba est un élément essentiel, sans cesser d’appartenir également à la région plus grande que José Martí a appelé « notre Amérique ».

 

Intervention lors de la clôture des sessions du Comité Scientifique International pour la rédaction du Volume IX de l’Histoire Générale de l’Afrique, un projet parrainé par l’Unesco.