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L’union des amours et des espoirs
Par Eduardo Torres-Cuevas Traduit par Alain de Cullant
« La patrie est une union très douce et réconfortante des amours et des espoirs »
Illustration par : artistes cubains

Il faut dire qu’à l’époque ils se sont rencontrés dans notre fondation, il y a exactement vingt-cinq ans, des figures du calibre de Cintio Vitier, martiano convaincu, qui nous a légué l’une des analyses les plus importantes de l’œuvre de Martí ; de Roberto Fernández Retamar, alors et jusqu’à sa mort Président de la Casa de las Américas, avec une œuvre extraordinaire et une vision continentale de la pensée martiana et latino-américaine ; d’Eusebio Leal Spengler, récemment décédé, mais avec cette empreinte très cubaine qu’il a eu pour tout relier, pour faire apparaître que Cuba était un et que la pensée martiana était à l’intérieur, dans tous les vases communicants de la société cubaine. Dans cet acte fondateur se trouvaient aussi Abel Prieto ; Enrique Ubieta, qui dirigeait à l’époque le Centro de Estudios Martianos, et Carlos Martí, alors président de l’Union des Écrivains et des Artistes de Cuba.

Il faut dire que lors de l’acte fondateur, le jour de la culture cubaine, a réuni, dans le désir de créer la Société Culturelle, une représentation de ce qui était à l’époque le plus important de la culture et de la pensée cubaine. Cette fondation a été poussée par le Dr Armando Hart, qui était un homme d’idées créatives, et qui a été en permanente création. Parler avec Hart, c’était ressentir tout son empressement créatif. Une conversation avec lui a aboutissait déjà à un projet, réalisable ou non ; dans un rêve ou une réalité. La Société Culturelle est devenue une réalité et, aujourd’hui, elle reste la réalisation de l’un des grands rêves de Hart.

Depuis lors un quart de siècle s’est écoulé. Dans la vie d’une institution qui n’est pas une petite chose, surtout quand ce chiffre représente le temps de travail et de dévouement pour maintenir en vie l’empreinte que Hart lui a donné à l’époque : cette vision, ce sentiment que Martí était à l’intérieur de chaque homme honnête et décent, que Martí lui parlait, conversait avec lui, enrichissait chaque homme créateur, honnête, depuis le plus simple citoyen jusqu’au plus important intellectuel.

Pour cette raison, la Société Culturelle était du peuple, elle a réuni des intellectuels, mais des intellectuels qui se sentaient partie de ce peuple. C’est pourquoi les groupes qui ont été créés par l’extension de la Société ont été appelés clubs martianos, et ils ont défendu l’idée que la Société n’était pas pour les érudits ou les hommes d’une certaine vision intellectuelle, mais pour tous, et fondamentalement pour que tous les enfants, destinataires d’une œuvre très importante dans le rêve martiano, aient la possibilité de lire, de réciter, de connaître, de vivre avec Martí.

Cette idée saine, cette idée qui n’avait pas l’intention de créer de grandes choses, mais de faire sentir de grandes choses, est celle que Hart a semée et que tous les martianos s’associant à la Société Culturelle, ainsi qu’aux institutions qui contribuent également au travail de cette organisation, ont cultivée.

Pour donner une idée de la portée actuelle de la Société, il suffit de dire qu’elle compte plus de quatorze mille cinq cents membres à travers le pays, regroupés en plus de mille quatre cents clubs martianos. Ce chiffre dépasse celui de nombreuses institutions, mais le plus important est sa composition : des jeunes, des enfants, des intellectuels, des artistes, des scientifiques, mais aussi des enseignants, des ouvriers.

Cela montre que l’appartenance à la Société, la collaboration avec elle, le partage des valeurs qu’elle défend n’est pas une obligation, mais une partie de la vie commune des hommes qui vivent dans notre pays, dans notre réalité. C’est en marge de la portée que possède la Société internationale. Il existe plusieurs clubs martianos dans différentes parties du monde qui sont dédiés à l’étude de la pensée martiana et aussi à la défense de Cuba. Grâce à son travail, il y a des cas où l’on est vraiment étonné devant la présence qu’a Martí aujourd’hui dans des endroits comme le Japon, la Corée du Sud, ou même la Chine, des pays où, normalement, l’on ne pense pas que Martí ait une telle présence ; sans parler des pays de notre continent ou des nations européennes, auxquels nous sommes unis par des liens plus étroits pour diverses raisons historiques.

Cela démontre quelque chose de très important, quelque chose qui est fondamental : Martí est l’union. Je reprends cette phrase de Martí sur la patrie : « La patrie est une union très douce et réconfortante des amours et des espoirs ». La Société Culturelle José Martí est ceci, c’est une union des amours et des espoirs ; c’est lire Martí pour approfondir les grandes valeurs que l’on veut avoir, que l’on a parfois et que l’on ne sait pas comment les élucider ou les exprimer comme on le sent. Martí est un sentiment, il a cette capacité extraordinaire. C’est une de ces choses que personne ne peut expliquer car elles sont si authentiques, si naturelles. Ces choses que les scientifiques n’ont pas pu expliquer.

L’amour est une catégorie sans explication. On le ressent, on ne l’explique pas. Martí se ressent, ne s’explique pas. On explique son œuvre, mais ce sentiment qu’il inculque en le lisant est quelque chose de magique, et ce qui est intéressant, est que cette magie convoque dans un monde très complexe ; dans un monde où non seulement existent les forces du bien, mais où existent aussi d’énormes forces du mal.

Martí est l’espoir, cet espoir dont nous avons besoin pour le monde et pour nous ; l’espoir, non pas comme une idée abstraite, mais comme l’œuvre commune et quotidienne des hommes et des femmes que nous devons être aujourd’hui pour faire un monde meilleur.

*Déclarations du Dr Eduardo Torres Cuevas, actuel président de la Société Culturelle José Martí et directeur du Bureau du Programme Martiano, lors d’un entretien soutenu avec le Noticiero Cultural à l’occasion du 25e anniversaire de la Société. Transcription : Groupe de Communication du Bureau du Programme Martiano.