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L’entrevue de La Mejorana, réalité et légende
Par Pedro Antonio García Traduit par Alain de Cullant
Selon le consensus prédominant dans l'historiographie nationale, les principaux aspects abordés lors de cette réunion tournaient autour de la forme et l'organisation du gouvernement de l'indépendance et de la stratégie pour la conduite de la guerre.
Illustration par : artistes cubains

Pour rencontrer Antonio Maceo, José Martí et Máximo Gómez sont arrivés le 5 mai 1895 dans la raffinerie sucrière La Mejorana, près du village de Dos Caminos de San Luis, à quelques kilomètres de Santiago de Cuba. L'atmosphère dans la raffinerie était comme celle d’un jour férié. Martí décrirait alors dans son journal : « On voit chez les serviteurs et les ouvriers la jouissance et l'admiration ; le maître, un ancien coloré et barbu, avec un chapeau jipijapa et petit pied, apporte du vermouth, des cigares, du rhum, de malvasia. « Tuez trois, cinq, dix, quatorze poules.». Une femme vient, la poitrine ouverte et en sandale, pour nous offrir des eaux de vie vertes, aux herbes ».

L'entrevue entre les trois grands éveillait les attentes. Tout le monde savait que le Generalissimo et le Titan n'étaient pas en bons termes depuis la rupture du plan Gómez-Maceo, une décennie avant. En fait, la réconciliation s'est produite plusieurs mois plus tard, à la fin du moi de novembre 1895, à Lázaro López. Le Héros de Baragua montrait également un dégoût pour la façon dont l'Apôtre avait manipulé ceux de l'expédition qui avait débarqué à Duaba, confiée à Flor Crombet.

Maceo s'est éloigné de la foule pour parler à Gomez. Puis Martí s’est incorporé et les trois sont entrés dans la maison. Nous n’avons pas de preuves historiques concrètes sur ce qui a été discuté là, il n’y a pas d’actes de la réunion ni de déclarations officielles de ses participants, seulement des inférences et des spéculations, certaines malheureusement précipitées et délirantes.

Selon le consensus prédominant dans l'historiographie nationale, les principaux aspects abordés lors de cette réunion tournaient autour de la forme et l'organisation du gouvernement de l'indépendance et de la stratégie pour la conduite de la guerre.

Il semble que durant ce sommet entre les trois grands de l'indépendance, il y avait des critères différents sur la forme du gouvernement. Martí préconisait l'existence d'un gouvernement civil, avec un président et une chambre des représentants dotés de vastes pouvoirs, mais sans interférer dans le commandement militaire. Maceo préconisait une junte de généraux avec un commandement et un secrétariat général. Étant donné qu'aucun accord n'a été conclu, il a été décidé de reporter le débat à l'Assemblée Constituante de la République en Armes.

Selon certains auteurs, un sujet chaud de la discussion était la proposition alléguée à Martí de partir à l'étranger où il pourrait être plus utile à la Révolution. Le Délégué n'a pas partagé ce critère, assurent ces sources, car entendait que son poste de combat était à Cuba. Selon ces chercheurs, Maceo a pris connaissance et a approuvé le contenu du Manifeste de Montecristi durant la rencontre.

Vers quatre heures de l'après-midi, le Général Antonio a pris congé de Martí et de Gómez, qui sont partis dans un ranch à Banabacoa, seulement accompagné d'une petite escorte mal armée. L'Apôtre a écrit dans son journal : « Et comme tiraillés, et avec des idées tristes, nous nous sommes endormis ».

Le Titan repensait, comprenait à quel point il était erroné de laisser le Generalísimo et le Délégué dans un endroit ouvert à l'attaque et il a envoyé au petit jour un avant-poste pour les amener au camp. Là, il les a personnellement présentés à la troupe, qui les a acclamés. Martí a décrit la scène dans une lettre à Carmen Miyares et à ses filles : « Maceo nous a présenté. Quel enthousiasme avaient les 3000 hommes à pied et à cheval qui étaient aux portes de Santiago! [...] J'aurais éternisé le ravissement du camp de Maceo et le visage resplendissant avec lequel les enfants de Santiago de Cuba me suivaient de près ».

Après les trois grands de la Révolution se sont mis à l’ombre des tamarins, qui sont encore conservés en 1995 et que les habitants de l’endroit montrent, fiers, aux visiteurs. Cette fois la réunion exsudait la cordialité, mais comme à La Mejorana, personne n’a su de quoi ils ont parlé. Quelques heures plus tard, Gomez et Martí ont continué leur marche.