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L’Académie San Alejandro : une carrière d'artistes engagés avec leur temps
Par Ana María Domínguez Cruz Traduit par Alain de Cullant
Entretien avec le plasticien Lesmes Larroza González, directeur de l'Académie Nationale des Beaux-arts.
Illustration par : Edel Bordón

« C’est le train de musique cubaine ! C'est le train de Los Van Van ! ». Et à ce moment, le plasticien Lesmes Larroza González commence à imaginer un ensemble d'idées lui permettant de visualiser le monument en hommage au talentueux et reconnu musicien cubain Juan Formell, fondateur du groupement emblématique cubain.

Il remercia alors d'avoir pris le mauvais bus, après avoir rendu hommage à l'éminent bassiste et compositeur après sa mort en mai 2014 et d’en descendre précisément là sur la Parcela Partagas, dans la Vieille Havane. « Cette locomotive m'a conquit instantanément et je voulais l'utiliser dans une œuvre pour offrir mes respects et ceux du peuple cubain à Juan Formell ».

Les gestions et les contradictions sont venues. Après l'approbation de son exécution et de sa mise en place, l’œuvre a voyagé à travers différents espaces de la capitale et, actuellement, elle est là, dans le Parque del Agrimensor, à côté de la gare, une raison pour organiser le premier parc thématique ferroviaire. Derrière se trouve l'un des vestiges de la muraille qui protégeait la ville autrefois, l'Arsenal de La Havane. Alors Lesmes voulait plus.

« L’espace est  la base de la plate-forme culturelle El Arsenal avec quatre domaines de travail : l'Art, la pédagogie, le patrimoine et la communauté, ainsi que deux salles d'exposition, le parc lui-même et les zones pour les ateliers. Je ne conçois pas qu'un artiste se limite seulement à créer son œuvre individuelle. En tant que sculpteur, je suis convaincu que j'ai aussi une responsabilité sociale avec mon époque historique, avec mon pays, et je crois que tous, les céramistes, les dessinateurs, les peintres, les illustrateurs, les orfèvres, doivent mettre leur création et leur talent au service de leur temps ».

La conviction de Lesmes Larroza l'a conduit à être le jeune sculpteur cubain ayant le plus grand nombre d'œuvres placées dans les espaces publics ces derniers temps, parmi lesquels on peut mentionner le Monument à l'homme commun, dans le cimetière de Colón ; le Monument à l'espoir, dans l’entrée de l'Institut National d'Oncologie ; le Monument au Héros National dans l'Académie Nationale des Beaux-arts San Alejandro et l'Ensemble sculptural Benny Moré, dans Radio Progreso. Il a également laissé son empreinte au Mexique et au Venezuela, où se trouve la Llave del Yakoó Yaüerá, dans l'état de Miranda, comme le point culminant d'un grand travail pédagogique depuis les arts plastiques.

Sa véhémence au moment de défendre l'idée que l'artiste doit être engagé avec son temps avant tout l’a conduit dans son leadership actuel en tant que directeur de l'Académie Nationale des Beaux-arts, où il était auparavant professeur de la spécialité de sculpture et directeur adjoint.

Dans cette institution éducative, la plus ancienne de son genre en Amérique Latine, il s’agit non seulement d'enseigner à l’élève adolescent comment voir le monde et d’y penser à partir des arts visuels. Nous ne sommes pas seulement intéressés à le former comme peintre, céramiste, illustrateur, ou l'une de nos spécialités....

Dans l’ancienne École Gratuite de Dessin et de Peinture, nous sommes intéressés que les diplômés soient d'excellents créateurs, mais aussi responsable de leur environnement social et culturel. Nous sommes motivés à former les intellectuels qui repensent leur moment historique et qui se projettent vers le futur depuis la créativité et la pédagogie.

Ce sont deux siècles de prestige, de convergence entre la tradition et le contemporain...

Pouvez-vous imaginer comment ces 200 ans ont dû être ? L'institution est née durant l’étape coloniale, en 1818, fondée par l'artiste français Juan Bautista Vermay avec le soutien de Don Alejandro Ramírez, surintendant général et directeur de la Real Sociedad Económica Amigos del País. Depuis lors et jus1qu’à ce jour, les contradictions ont été nombreuses et le centre a toujours été de l’avant.

Les professeurs sont un point important dans ce prestige atteint et, généralement, ils continuent leurs œuvres en tant que créateurs en même temps. Beaucoup sont des diplômés de l'Académie, ou de l'Université des Arts ; des jeunes et des expérimentés, tous unis dans le désir que nos diplômés soient des artistes ayant des principes éthiques, transgresseurs et qu’ils promeuvent la problématique autour de notre société depuis leur art. De bons artistes, oui, et plus que ça, de bons êtres humains.

Les spécialités ont augmenté...

Oui, depuis sa fondation. Nous avons les chaires de peinture, de sculpture, de dessin, de céramique et, plus récemment, d’illustration, d’orfèvrerie, de graphisme, de photographie et art numérique.

Nous nous efforçons de construire un pont entre l'histoire et la contemporanéité depuis chaque spécialité, car nous apprenons les techniques traditionnelles, mais, sans aucun doute, il y a un exercice de critère que le professeur exige dans la salle de classe.

Comment utiliser les techniques traditionnelles pour assumer un discours contemporain qui pose un problème à ta réalité, qui ait à voir avec tes préoccupations et qui soit une œuvre plastique organique, intelligent et de questionnement ? C'est le grand défi de l'Académie Nationale des Beaux-arts.

Après 200 ans, où se dirige l’Académie ?

Nous allons tous, professeurs et étudiants, artistes en général, vers un avenir meilleur et ce n'est pas un slogan vide. Nous devons être optimistes et si nous avons atteint deux siècles de travail, c'est parce que l'esprit de cette Académie reste celui de la primauté en tant que doyen des arts visuels. Sans l'Académie San Alejandro, il serait impossible d'écrire l'histoire de l’art cubain d’aujourd'hui.