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L’Académie de Ballet du XXIe siècle
Par Marilyn Garbey Traduit par Alain de Cullant
La 23e Rencontre Internationale des Académies pour l’Enseignement du Ballet - dédiée à Fidel, le promoteur infatigable du ballet et du système d’enseignement artistique – a compté la participation de plus de 300 maîtres et étudiants provenant de 12 pays.
Illustration par : Ernesto Rancaño

 

L’enthousiasme des spectateurs cubains pour le ballet classique arrive parfois au délire. Il suffirait de se rapprocher de la billetterie du Grand Théâtre de La Havane Alicia Alonso au moment où la saison du Ballet National de Cuba est annoncée, pour corroborer l’affirmation. Cette ferveur n’est pas le fruit du hasard, mais elle répond à l’extraordinaire travail développé au fil des ans par les composantes de « l’école cubaine de ballet », où l’enseignement du ballet est l’un de ses pivots, étant reconnue sur toute la planète pour sa rigueur et le haut niveau technique des danseurs qu’elle forme.

Pour cette raison, venir à La Havane chaque mois d’avril est une grande attraction pour les maîtres et les étudiants de ballet de toutes les latitudes. La 23e Rencontre Internationale des Académies pour l’Enseignement du Ballet - dédiée à Fidel, le promoteur infatigable du ballet et du système d’enseignement artistique – a compté la participation de plus de 300 maîtres et étudiants provenant de 12 pays : Brésil, Colombie, États-Unis, France, Pays-Bas, Honduras, Italie, Mexique, Panama, Pérou et Venezuela. Comme amphitryons, l’assistance de 500 maîtres et étudiants cubains de l’École Nationale de Ballet Fernando Alonso - l’institution organisant l’événement -, d’autres écoles du système d’enseignement artistique, du centre Prodanza, de l’Université des Arts et d’autres écoles et universités de notre pays.

Comme d’habitude, la cérémonie de remise des diplômes de l’École Nationale de Ballet (ENB) Fernando Alonso, ouvrant les portes des diplômés au domaine professionnel, a marqué le début de l’agenda du concours. Selon les experts, la promotion de 2016-2017 se distingue par la grande maîtrise de la technique et la façon dont elle est projetée sur la scène. Parmi les diplômés se trouve Narciso Medina Jr., qui a remporté la Médaille d’Or dans la catégorie senior du Youth American Grand Prix 2016, qui s’est tenue à New York avec la participation de danseurs du monde entier.

Durant ces jours, le beau palais du Prado havanais, siège de l’ENB, a été un foyer des danseurs. C’était un défi de marcher à travers ses couloirs lors des moments de pause, remplis de jeunes convertissant ce temps en opportunité pour dialoguer avec les autres participants, pour montrer ce qui a été appris dans le salon ou, tout simplement, pour s’étendre sur le sol pour se reposer.

Une des grandes attractions de se rencontrer à La Havane chaque année est la possibilité qui s’ouvre pour l’échange pédagogique. Les maîtres de ballet de diverses régions de la planète viennent à ce rendez-vous pour s’actualiser, pour incorporer de nouvelles connaissances dans l’enseignement, pour proposer de nouvelles incitations pour la pratique professionnelle. Je dois souligner la présence de maîtres cubains établis dans d’autres pays : ils viennent avec leurs étudiants et apportent leurs expériences de travail. Formés dans nos écoles, ils ont dialogué avec d’autres traditions de danse , les incorporant avec créativité à ce qu’ils ont appris ici. Je peux l’illustrer avec le travail de Víctor Alexander, diplômé de l’École Nationale de Danse et qui fut le premier danseur de la compagnie Danza Contemporánea de Cuba. Il est actuellement le directeur de la Ruth Page School of Dance, de Chicago et a été, avec la professeur Ramona de Saá, le préparateur du jeune Narciso Medina pour sa participation au concours susmentionné à New York. Roberto Machado Inerarity était le danseur principal du Ballet de Camagüey jusqu'à ce que la chorégraphe étasunienne Anne Marie D’Angelo l’invite à faire partie de son groupe. Il est désormais le coordinateur de l’École de Ballet de Monterrey et maintient des échanges permanents avec l’ENB.

L’événement propose de multiples activités : conférences magistrales, dialogue avec les créateurs, ateliers de maquillage, cours de danse historique et rencontres avec la critique. La maître Ramona de Saá et le Dr Miguel Cabrera, historien du Ballet National de Cuba, ont partagé leurs visions de l’école cubaine de Ballet, dont les deux ont été des protagonistes incontestés. Le chercheur et critique vénézuélien Carlos Paolillo a offert le cours « Où va la danse au XXIe siècle ? ». le professeur Pedro Ángel González a coordonné les sessions de l’Atelier de la Critique, dans lequel l’investigatrice Mercedes Borges a rappelé la génération des danseurs du Ballet de Camagüey qui partageait son temps avec le maître Fernando Alonso ; et la journaliste Amelia Duarte s’est approchée de la façon dont le journal Lunes de Revolución a enregistré les événements de la danse dans les années 60 du siècle dernier. L’Atelier de la Critique a conclu avec la présentation du livre El síndrome del placer, du maître Ramiro Guerra, un ouvrage abordant l’histoire de la sexualité humaine, si proche de la danse.

La compétition – le Concours international pour les jeunes étudiants de ballet et le Concours international infantile – est toujours le moment important de l’événement. Le ballet est un art qui exige une haute compétitivité et une profonde connaissance de ses lois rigides. Il est stimulant de voir comment les corps hautement technicisés, suite à l’entraînement quotidien, cherchent l’expression individuelle ; comment ils se battent pour atteindre la créativité dès le plus jeune âge. La survie du ballet au XXIe siècle est étonnante ainsi que l’harmonie et l’élégance avec le chaos dans cette ère numérique.

J’ai essayé de prendre le pouls de l’événement ; mais il est impossible d’assister à toutes les activités, compte tenu de l’intensité du programme. Le bulletin Giros, coordonné par les étudiants et les professeurs de l’étude de la danse de l’Université des Arts, atteste de chaque événement, des opinions des participants, de la nécessité de cette Rencontre. Ces pages réclament un engagement accru des autorités culturelles : les concours devraient reprendre le stimulus que signifie l’octroi de bourses d’études dans les écoles du pays. L’ENB demande à grand cris un site Web pour montrer ses réalisations et informer rapidement ce qui se passe dans les sessions de travail.

À l’issue de ces lignes, les attentes ont augmenté. Les jeunes critiques et les jeunes danseurs attendent les résultats des délibérations des différents jurys. Mais avant la fin de la 23e Rencontre Internationale des Académies pour l’Enseignement du Ballet, je tiens à rappeler que 2017 est une date de célébrations. Le centenaire d’Alberto Alonso, danseur et chorégraphe, auteur de l’une des versions les plus acclamées de Carmen et l’un des piliers de l’école cubaine de ballet, devrait être grandement célébrer, étant donné la grande contribution qu’il a apporté à la culture de la danse à Cuba. Le Ballet de Camagüey arrive à ses 55 ans de travail. Il nous revient de le fêter pour sa persévérance créative, pour les danseurs qu'il a formé et pour sa capacité de rompre les schémas et de faire converger le classique et le contemporain sur la scène.