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Kcho se sent chez lui dans le musée des Beaux-arts
Par Maya Quiroga Traduit par Alain de Cullant
« L’artiste doit créer avec responsabilité et sans crainte », une phrase qui tout au long de sa prolifique carrière a dû faire face à des malentendus sur le discours qu’il tente de transmettre.
Illustration par : Rafael Zarza et Kcho

Arriver à un demi-siècle d’existence et le célébrer avec une exposition anthologique dans le bâtiment d’Art Cubain du Musée National des Beaux-arts (MNBA) est un privilège agréable pour Kcho (Nueva Gerona, Isla de la Juventud, 1970), un artiste qui, durant trois décennies, a créé des œuvres ayant une grande charge symbolique, humaine et imaginées avec l’avenir de la nation.

C’est un hommage perpétuel à La Jungle de Wifredo Lam, aux grands maîtres et à la grande utopie de l’art pour laquelle il a vécu, souligne Jorge Fernández, directeur du MNBA.

En ningún lugar como en casa (Nulle part comme à la maison) un projet longtemps caressé pendant de nombreuses années. L’exposition devait être inaugurée le dimanche 19 avril 2020, mais cela n’a pas été possible en raison de l’augmentation des cas de COVID-19 à La Havane et dans d’autres villes à travers le monde. Finalement, l’exposition voit le jour, réunissant les œuvres les plus connues de Kcho aux côtés d’autres réalisées à l’étranger et qui n’ont jamais été vues par le public cubain.

Corina Matamoros, commissaire de l’exposition, affirme qu’il s’agit d’une excellente occasion pour apprécier la trajectoire de Kcho, tout son parcours et les étapes les plus importantes de la carrière d’un artiste unique qui, par la force du travail et du talent, a réussi à s’imposer dans le circuit national et international.

En 1991, lors de la Quatrième Biennale de La Havane, il expose pour la première fois aux Beaux-arts et, à partir de cette même scène, en 1992, à l’âge de 22 ans, il impressionne les critiques spécialisés par l’exposition Desde el paisaje qui se distingue par la force puissante avec laquelle il dialogue sur la réalité cubaine, s’approprie son contexte et sa relation avec la mer - étant donné sa double insularité -, avec l’utilisation de matériaux naturels et de produits recyclés qui le véhiculent au courant connu sous le nom d’art povera.

« L’artiste doit créer avec responsabilité et sans crainte », une phrase qui tout au long de sa prolifique carrière a dû faire face à des malentendus sur le discours qu’il tente de transmettre.

Son intérêt pour les produits rejetés par l’homme était tel qu’à un moment donné de sa jeunesse, ceux qui l’ont vu remplir des chariots sur les rives de la rivière Almendares ou près du Malecon l’ont traité de fou sans imaginer qu’avec ces matières premières il ferait une bonne partie de ses sculptures et installations, dont certaines sont conservées actuellement dans le Musée.

Compte tenu de son ampleur, l’exposition anthologique En ningún lugar se trouve dans de multiples zones du bâtiment d’Art Cubain. Il l’a ainsi conçu, avec Corina, depuis un point de vue personnel.

Des sculptures en acier seront situées dans les zones extérieures du musée. Dans le patio, la plupart des installations et des sculptures de grands volumes et de grandes dimensions.

A l’extérieur de la salle transitoire, au troisième étage, sera exposé une grande partie du travail réalisé par le projet culturel communautaire Kcho studio Romerillo, Laboratoire pour l’Art, appartenant à la municipalité de Playa. De là, viendront au MNBA des œuvres d’art contemporain thésaurisées par celui qui s’est proposé de transformer un quartier de privations pour promouvoir des attitudes proactives parmi ses habitants et leur participation citoyenne.

« Après 30 ans de travail, il est bon de sentir que tout ce que l’on a fait possède un objectif clair. Aujourd’hui, grâce à cela, je pense nous pouvons raconter cette histoire, de la manière la plus cohérente possible », a-t-il dit.

C’est pour cette raison qu’il partagera avec le public les processus de ses moments de création dans la solitude. Dans la salle transitoire, on pourra apprécier des pièces de la série Rostros de viajeros a un viejo mundo (Visages de voyageurs à un vieux monde).

On pourra également voir deux nouvelles séries de dessins, certains réalisés pour un projet qui n’a pas pu être réalisé en Chine et d’autres, plus récents, fruits de son séjour à Barcelone, en Espagne. Il garde tous les carnets avec les croquis de ses œuvres, depuis 1989 à nos jours, car, pour Kcho, le dessin accompagne tout son processus créatif comme une forme de pensée antérieure et postérieure.

Une surprise sera de le voir peindre in situ sur certains murs de la salle. En outre, si les conditions épidémiologiques le permettent, il vise à mettre à la disposition des graveurs nationaux et étrangers les ressources de l’atelier expérimental de graphique Romerillo, cette fois déplacé dans le patio du Musée pour le convertir en un grand laboratoire à ciel ouvert.

Il remercie tous ceux qui, au cours de ces années difficiles mais très intenses, ont fait partie de sa vie : ses enseignants de la Isla de la Juventud et ses professeurs de l’École Nationale d’Art d’où il a obtenu son diplôme de peintre en 1990.

Kcho a été l’un des rares à avoir été en mesure de montrer sa poétique sur des scènes aussi exclusives comme les Musées d’Art Contemporain de Los Angeles ou de Chicago, les deux aux États-Unis. En 2000, ses installations se trouvaient au Musée National Centre d’Art Reine Sofía, à Madrid, en Espagne.

Il a également représenté Cuba à plusieurs reprises dans la Foire ARCO de Madrid ainsi que dans les biennales de Venise et Sao Paulo. En 1995, il a reçu le Prix UNESCO pour la Promotion des Arts, pour l’ensemble de son œuvre.

L’exposition anthologique En ningún lugar como en casa est parrainée par les Conseils Nationaux des Arts Plastiques et du Patrimoine. Elle sera ouverte au public du 3 décembre au 21 avril 2021.