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José Martí : la prison féconde
Par Jorge Wejebe Cobo Traduit par Alain de Cullant
José Martí a été condamné à six ans de travaux forcés et Fermín Valdés Domínguez à six mois d’emprisonnement.

Le 4 octobre 1870, le lieutenant-colonel espagnol Francisco Ramírez y Martín était le président d’un tribunal militaire à La Havane et il pensait qu’il suffirait seulement de menacer de prison pour que les deux adolescents cubains qu’il jugeait, nommés José Martí Pérez et Fermín Valdés Domínguez, demandent la clémence et s’inculperaient mutuellement, mais il se trompait et son inflexibilité s’est transformée en stupéfaction devant ce qu’il s’était passé.

La preuve matérielle principale du procès était une lettre adressée à un disciple des accusés, enrôlé dans le corps des volontaires et qui était,  accusé d'«apostat» dans la missive et que, dans l’antiquité, la punition qu’il méritait était la mort.

Loin d’essayer de se sauver de la punition judiciaire, les accusés se sont déclarés responsables de la missive et ont interjeté appel devant le tribunal pour être cru, mais la véhémence de Martí. qui a détenu son ami, a transformé le procès en une tribune d’indépendance qui a été seulement interrompue quand le président du tribunal est sorti de son étonnement et a terminé la séance.

José Martí a été condamné à six ans de travaux forcés et Fermín Valdés Domínguez à six mois d’emprisonnement, en plus d’appliquer des peines de bannissement à un autre accusé.

Le 5 avril 1870, les cheveux de José Martí ont été rasés, on lui a donné la tenue rugueuse de détenu, le chapeau noir et on lui a riveté à la taille et au pied les chaînes qui laisseraient une empreinte sur son corps pour le reste de sa vie.

Ayant seulement 17 ans, Martí devint le prisonnier numéro 113 de la Première Brigade des Blancs de la Prison Royale qui, avant que le soleil ne sorte, prenait un chemin près de la côte pour traverser en silence les plus de deux kilomètres qui les séparaient des Carrières de San Lázaro, seulement interrompu par la résonance des chaînes comme un exemple pour les gens qui les regardaient passer.

L’Apôtre de l’indépendance a évoqué plus tard sa terrible expérience en écrivant El Presidio Político en Cuba, l’un des témoignages les plus vibrants et crus de dénonciation du colonialisme espagnol qui a été écrit et dans lequel il compare l’enfer avec ce qu’il a souffert dans sa Patrie.

« Dante n’a pas été en prison. S’il y avait été il aurait vu les voûtes sombres de ce tourment de la vie s’écrouler sur son cerveau, il aurait renoncé à peindre son enfer. Il les aurait copiés et mieux dépeints », dit-il dans son témoignage.

Là, il a rencontré le vieil homme Don Nicolás Castillo, accusé d’insurrection, battu quotidiennement par les gardes et incapable de se maintenir debout à cause de ses plaies aux pieds, a était mis dans un chariot et envoyé dans les carrières à moitié mort.

Il a été également le compagnon de l’enfant de 12 ans, Lino Figueredo, fils d’un paysan, qui, pour porter le nom d’un illustre Mambí, a été emprisonné jusqu’à ce que la maladie et les mauvais traitements le transforment en une ombre de ce qu’il était, mais il n’était pas le seul prisonnier mineur, le petit noir Tomasito, âgé de 11 ans, a survécu sans comprendre depuis son esprit enfantin pourquoi il était battu quotidiennement par les gardiens sauvages.

Il a connu des malades mentaux dans cet enfer, des tentatives de suicides de prisonniers qui se lançaient du haut des collines des carrières où l’on obligeait les prisonniers à charger des pierres afin de faire des chemins escarpés pour le plus grand plaisir des gardiens sauvages.

Dans son supplice, il a connu l’amour de son père qui essayait de soulager ses blessures de son pied provoqué par le fer des chaînes, il plaça quelques oreillers envoyés par la mère et commença à pleurer malgré les tentatives de son fils pour le réconforter.

Martí a terminé sa peine de prison en octobre, quand suite à la gestion de ses parents devant le riche catalan et ami de la famille José María Sardá, il a été autorisé qu’il soit envoyé, d’abord à la prison de La Cabaña puis à l’hacienda El Abra , propriété du noble espagnol sur la Isla de Pinos, lui sauvant ainsi la vie car il n’aurait survécu beaucoup plus longtemps dans cette prison vu son état de santé délicat.

Il a été expulsé vers l’Espagne en janvier 1871 et une nouvelle étape a commencé dans la vie du jeune indépendantiste, qui est sorti avec la fermeté de ses idéaux de la prison coloniale et a été fidèle aux vers qu’il a écrit à sa mère durant ses premiers jours de prison sur le dos d’une photo en tenue de prisonnier dans lequel il ratifiait ses idéaux et disait :

« Regarde-moi mère, et pour ton amour ne pleure pas :

Si esclave de mon âge et de mes doctrines,

Ton cœur martyr se remplit d’épines,

Pense que parmi les épines naissent des fleurs. »