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José Martí et l'Exposition des Beaux-arts
Par Lourdes Ocampo Andina Traduit par Alain de Cullant
Visite à l'Exposition des Beaux-arts, au Mexique, en 1875 : Une fête de l'art mexicain.
Illustration par : artistes cubains

« L'art est une forme d'harmonie », a déclaré José Martí dans ses commentaires lors d'une visite à l'Exposition des Beaux-Arts, au Mexique, en 1875, parue dans la Revista Universal.

L'Exposition des Beaux-arts, préparée par les étudiants de l'Académie de San Carlos, dans les salles de l'institution elle-même, est une fête de l'art mexicain, et Martí y assiste en tant que spectateur critique et en tant que journaliste.

Il commence sa visite par une promenade à travers les salles de gravure, puis dans celles de peintures originales de peintres n'appartenant pas à l'Académie, et continue son parcours à travers toute l'exposition jusqu'à ce qu'il s'arrête devant ces peintures qui attirent le plus son attention, les principales raisons de son commentaire.

Dans l'exposition il y a une galerie dédiée à la collection des portraits des gouverneurs de Puebla : un du gouverneur Romero Vargas, un autre de Juan Múgica y Osorio, de Manuel Gómez Pedraza, de Don Ignacio Mejía, et un de Rafael García, ayant une cape sur les épaules et les mains croisées devant « avec une véritable apparence ».

« Étant donné que la beauté est la conformité de l'esprit avec tout ce qui est d’indéchiffrables, d'exquis, d’illimité et de vague ». Martí se réjouit des œuvres qui l'invitent au nouveau et au suggestif.

Il est frappé par un tableau de la Mexicaine Palmira Borrás de Collé dans lequel on voit une vieille femme au visage rugueux, au regard calme, et une jeune femme langoureuse, avec de « grands yeux comme ceux des Arabes ».

Il s'arrête également sur El valle de México, du Mexicain José María Velasco, qui était professeur de perspective de l'Académie et qui est actuellement considéré comme le meilleur artiste mexicain du XIXe siècle.

Selon Martí, ce tableau est un « très beau paysage, aussi beau que la nature, splendide comme notre ciel, vigoureux comme nos arbres, purs comme les eaux paisibles de notre majestueux lagon de Texcoco ». La peinture est un paradigme de la grandeur de la nature mexicaine.

Une autre des peintures qui attire l'attention de Martí est l'huile Stella Matutina, de Juan Cordero, qui était un disciple mexicain de l'Académie de San Carlos, ayant également étudié à Rome et qui se démarque pour l'inclusion de types mexicains dans sa peinture d'inspiration classique.

L'huile en question attire l'attention, comme il l'avoue, pour l'originalité de la couleur et pour la vigueur des lignes, car elle représente une vierge qui, curieusement, n’inspire aucune tendresse, ni clarté, ni la pureté exquise habituelle.

Sa vierge est « une fille d'une inspiration plus audacieuse que tendre », parce que le visage n'est pas délicat, les membres n'accusent pas la perfection et le manteau ne tombe pas doucement.

Même l'ange surprend le spectateur pour être vigoureux, « Luzbel pourrait être ainsi ; Miguel pourrait être ainsi quand il terrasse le dragon, mais l'ange annonciateur n'a jamais été comme ça », a déclaré Martí.

L'une des peintures les plus appréciées de l'exposition a été La mort de Marat, le chef-d'œuvre de Santiago Rebull, disciple de Clavé au Mexique et de Thomas Consoni à Rome, et qui a décoré quelques terrasses du château de Chapultepec.

La mort de Marat représente un meurtre commis par « la main délicate d'une femme », le motif est délicat, comme l’est aussi le cadre. Il représente Charlotte Corday, la meurtrière de Marat qui l'a poignardé pour venger les Girondins, accusés et persécutés par lui.

Martí la voit représentée comme l’énergique et le sublime, comme un esprit pur, ascétique dans ses conceptions de la liberté. Selon lui, Rebull lie « la beauté féminine à l’énergie et il a créé Charlotte ».

C'est l'image de la peur, après le coup mortel. « L'héroïne reçoit la classe de beauté qui était nécessaire : la beauté tragique, la beauté de Médée, sans aucun de ses traits antipathiques. [.] Cette femme est craintive, elle est terrorisée : elle sort du cadre ».

Tandis que Marat est représenté avec le torse féroce, la tête inclinée en arrière dans un mouvement de malédiction suprême, il est contracté dans son bain, empoignant son cœur blessé, avec le tronc de côté, une planche en bois sur la baignoire et les papiers sur le sol complètent l'ensemble.

Le corps de Marat découvre l'âme, la nudité de son corps révèle celle de son âme.

Quoi qu'il en soit, l'exposition était la fierté de l'art mexicain à l'époque. Cette magnifique exposition a inspiré Martí, qui a pu en apprendre davantage sur le monde des arts plastiques de l’époque et devenir un excellent chroniqueur.