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José Antonio Saco et sa lutte contre l'annexionnisme
Par Pedro Antonio García Fernández Traduit par Alain de Cullant
José Antonio Saco, avocat et philosophe n'a jamais été un révolutionnaire radical cependant Il s'opposa à l'annexionnisme de Cuba aux États-Unis d'Amérique.

José Antonio Saco, avocat et philosophe, s'opposa à l'annexionnisme de Cuba aux États-Unis d'Amérique.

On dit qu’a sentir la proximité de la mort, il a réuni des amis pour faire connaître l'épitaphe qu'ils devraient mettre sur sa tombe : « Ici gît José Antonio Saco, qui ne fut pas un annexionniste car il était plus cubain que tous les annexionnistes ».

À l’âge de 82 ans, cet avocat de Bayamo a livré d'innombrables batailles : il était abolitionniste quand presque personne ne l'était à Cuba, l’être étant considéré comme un péché. Il a vanté son anti-annexionnisme intransigeant contre une grande partie des propriétaires terriens dans le pays, qui préconisaient l'annexion aux États-Unis.

Le saccharocratie de Cuba, une fois convaincu que l'Espagne n'accorderait jamais le statut de province insulaire, et face à la menace de capituler devant la pression de l'Angleterre pour abolir l'esclavage, tourna les yeux vers le pays voisin du nord, où il y avait des alliés, en particulier dans le Sud.

Certains propriétaires insulaires ont été obnubilés par les libertés démocratiques, au moins décrites théoriquement, de la Constitution des États-Unis, les plus destinées à amener l’incorporation de Cuba aux États-Unis pour les grands gains et les avantages économique qu’elle apporterait.

Saco a eu de multiples controverses avec plusieurs partisans de l'annexionnisme qui, dans un langage courant, a démantelé tous leurs arguments en faveur de ce courant idéologique.

Qui était Saco ?

José Antonio Saco y López-Cisneros est né à Bayamo le 7 mai 1797. Disciple de Félix Varela, il le remplace à la chaire de Philosophie du Séminaire de San Carlos en 1821, où il est également professeur de Sciences Physiques.

Pour étudier, il se rend aux États-Unis en 1824. Là, il a édité avec son maître Varela la publication El Mensajero Semanal. En 1829, à partir de ses colonnes, il a soutenu une controverse en défense de José Maria Heredia, avec l'écrivain espagnol Ramon de la Sagra, qu'il a littéralement brisé avec ses arguments.

Il est retourné à Cuba en 1832. Il a dirigé la Revista Bimestre Cubana et le collège Buenavista. Sa défense constante des bannis Heredia et Varela lui a valu l'opposition des fonctionnaires coloniaux. En 1834, le capitaine général Miguel Tacon le bannit à Trinidad. Saco a choisi de quitter Cuba.

Il s'installe à Madrid. Élu député de Cuba devant les cours espagnoles à trois reprises, il n'a jamais pu assumer la charge. Pendant des décennies, il a plaidé pour que l'Espagne accorde des réformes à l'île, mais il n’a pas été entendu. Il a ensuite prophétisé : « Ou l’Espagne accorde des droits politiques à Cuba ou Cuba est perdue pour l'Espagne »·.

Il est bon de préciser que bien qu'il ait maintenu une attitude verticale contre l'annexionnisme, Saco n'a jamais été un révolutionnaire radical. Il ne considérait que les créoles blancs comme cubains, excluant les noirs et mulâtres. Il n'était pas non plus en faveur d'une insurrection indépendantiste.

Contre l'annexion

En 1848, il a publié son principal ouvrage contre l'annexionnisme : « Ideas sobre la incorporación de Cuba en los Estados Unidos », où il déclara : « ... Je souhaite que Cuba soit non seulement riche, éclairée, morale et puissante, mais aussi que Cuba soit cubaine et non anglo-saxonne ».

Il a aussi souligné qu'en cas d'annexion, les États-Unis « aspirent à la direction politique des négoces de Cuba ; et ils l’obtiendront, non seulement pour sa force numérique, mais parce qu’ils se considèrent comme notre protecteur ou tuteur et beaucoup plus avancé que nous en matière de gouvernement. Les cubains seront exclus de tous ou presque tous les emplois : et le spectacle douloureux est que les enfants, que les véritables maîtres du pays, sont mis en arrière par une race étrangère. J'ai vu cela ailleurs, et je sais que je le verrais aussi dans mon pays ».

Ses contendantes considérations ont motivé des réfutations, y compris trois brochures publiées aux États-Unis, dont les auteurs se sont couverts sous les pseudonymes Amigo, Discípulo et Compatricio. Ensuite on a su leurs véritables identités : Ramon de Palma, Lorenzo Alfo et Gaspar Betancourt Cisneros.

Il a répondu rapidement avec sa « Réplique de don José Antonio Saco aux annexionnistes qui ont contesté ses idées sur l'incorporation de Cuba aux Etats-Unis ».

Dans ce document, après avoir réitéré certains des arguments avancés dans « Idées sur l'incorporation... », il a ajouté : « Je ne peux pas être en faveur d'une annexion qui, bien que pacifique et avantageuse pour de nombreuses raisons, tuerait en quelques années la nationalité cubaine ».

Selon un contemporain, « l'effet qui a produit le raisonnement de Saco était si grand et si actif que la tendance annexionniste, détenue dans ses principes, a perdu son prestige et son ascendance morale, et n'était plus, pendant ce moment historique, l'aspiration de quelques-uns ».

L’annexionnisme aujourd'hui

Avec l'intervention yankee de 1898 et la postérieure imposition de l'amendement Platt (1901), la tendance annexionniste adopta une nouvelle modalité. La grande partie de la bourgeoisie cubaine ne voyait pas dans l’opprobre appendice constitutionnel un affront à la souveraineté nationale, mais comme une politique pour sa sécurité et son bien-être.

Avec une mentalité de laçais, ils se sont adaptés à la position de protectorat de l'empire et ont tourné leurs yeux vers Washington devant toute éventualité. Il en va de même pour remplacer un tyran de droite comme Machado, pour dérouter une révolution agraire et anti-impérialiste comme celle de Fidel Castro.

Il n’est pas étonnant que, devant les lois révolutionnaires, ils aient cherché refuge dans le sud de la Floride. Incapables de vaincre eux-mêmes la Révolution, comme en témoignent Giron et l’Escambray, ils plaidèrent pour une invasion armée yankee de Cuba. Dans le style des récentes en Irak, en Afghanistan et en Syrie.

Comme à l'époque de Saco, ils ont trouvé des alliés dans le Congrès étasunien, qui continue de diffuser des crédits pour une radio qui n'est pas entendue et une télévision qui n'est pas vue, en dehors du maintien des lois extraterritoriales, telles que les Helms-Burton, Torricelli et d'autres, pour l'aggravation du blocus.

Avec cet annexionnisme nouveau genre, que certains aiment appeler « plattisme », il y a des voix au sein de la communauté cubano-américaine, politiquement naïve, qui préconisent, comme certains propriétaires créoles du XIXe siècle, que Cuba soit l'État 51 de la nation nord-américaine.

A un siècle de là, le peuple cubain, qui a tant combattu l'annexionnisme au XIXe siècle et l'ingérence politique et économique des États-Unis au XXe siècle, ne s'en pas lassé des combats.

Faut-il s'étonner, alors, que lorsque les proches de Saco ont refusé de mettre son épitaphe sur sa tombe, quand ses restes ont été transférés à Cuba, des décennies après sa mort, le peuple l’a inscrite dans le cimetière Colón ?

Car, comme l'a exprimé l'avocat de Bayamo, les vrais fils de cet archipel, véritables défenseurs de la nationalité et de la cubanía, sont plus cubains que tous les annexionnistes réunis.