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Jorge Perugorría : « Les habitants de Gibara sont les étoiles du Festival »
Par Redacción Cubacine Traduit par Alain de Cullant
Humberto a créé ce festival avec un esprit interactif, il a convoqué des peintres, des musiciens, des écrivains, des photographes à Gibara, tous les arts et l’esprit que nous voulons maintenir et assurer la continuité.
Illustration par : Tomás Sánchez

Le Festival du Cinéma Pauvre de Gibara, maintenant Festival International de Cinéma de Gibara (FIC Gibara), se prépare une nouvelle fois à retourner dans la Villa Blanca, qui a fêté récemment son 200e anniversaire.

 

L’événement, coordonné par le Ministère de la Culture, l’ICAIC (Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique) et les gouvernements d’Holguín et Gibara, se réinvente sans oublier ses débuts, mais regardant vers l’avenir.

 

À cet égard, Cubacine a conversé avec son président, l’acteur et cinéaste Jorge Perugorría.

 

Quels sont les défis qu’apporte la présidence d’un tel Festival ?

 

Présider un festival est un défi et une grande responsabilité. Quand ce festival est le Festival du Cinéma Pauvre, comme nous l’avons fait l’an dernier, créé par le maître Humberto Solás, le défi est double, pour l’empreinte laissée par Humberto et la famille Solás. Le souvenir qu’ont les personnes de Gibara ayant participé à ce festival est impossible à surmonter. Donc, pour l’engagement avec Humberto et les habitants de Gibara, nous avons décidé d’assumer ce défi et cette responsabilité et de donner une continuité à l’œuvre d’Humberto.

 

Peut-on parler de rupture et de continuité entre les éditions précédentes et celle qui approche ?

 

L’an dernier nous avons réalisé la 12e édition du Festival du Cinéma Pauvre et, cette année, nous avons l’intention d’élargir l’éventail du Festival depuis le point de vue cinématographique, qu’il soit plus participatif ; qu’il ait plus de couleur, plus de diversité dans la compétition. Ceci nous a conduit à envisager l’idée de changer son nom, ce qui est pratiquement de créer un autre festival à partir du Cinéma Pauvre. Mais sans renoncer à ce concept, sans renoncer à Humberto. Nous avons décidé d’établir une continuité et, cependant, de commencer quelque chose de différent, d’ouvrir un autre chemin.

 

Pour cela, nous travaillons à la création des prix Lucía, en hommage au film d’Humberto et à lui-même. Ces prix seront décernés dans les catégories du meilleur long et court métrage de fiction ; du meilleur long et court métrage documentaire ; de la meilleure direction et des meilleurs acteurs et actrices.

 

D’autre part, nous avons décidé d’établir le prix Humberto Solás, où il y a véritablement une continuité conceptuelle du projet d’Humberto, car ce prix sera remis au cinéma en construction. C’est un prix assorti d’une bourse pour faire un projet, et garantir la postproduction d’un film sous le manifeste du Cinéma Pauvre.

 

Pour ce virage dans le Festival, nous avons invité Sergio Benvenuto, créateur du Festival de Cinéma Pauvre et neveu d’Humberto, pour diriger le jury du Cinéma en construction.

 

En outre, nous allons remettre trois Lucías honorifiques, à Adela Legrá, Eslinda Núñez et à la famille Solás, non seulement pour l’œuvre cinématographique d’Humberto, mais aussi comme un tribut au travail réalisé durant toutes ces années dans le Festival de Cinéma Pauvre et l’empreinte qu’il a laissé à Gibara et dans la culture cubaine.

 

En quelque sorte, le Festival évoque le même esprit que celui créé par Humberto, continuant à être un festival avec la participation de tous les arts et le rôle protagoniste des gibareños (habitants de Gibara) – comme le voulait Humberto -. L’étoile du festival continuera à être le peuple de Gibara.

 

Tout cet effort des artistes à travers le cinéma, la danse, le théâtre, la musiquetout ceci est avec les gibareños et pour les gibareños. Ceci a été créé par Humberto et ceci se maintient. Il y a beaucoup de choses de l’esprit de l’événement qui continuent dans cette nouvelle étape.

 

Les grands changements seront le nom, qui correspond aux propres circonstances actuelles. Tout d’abord pour laisser l’élément de cinéma d’auteur du Cinéma Pauvre à Humberto et sa famille, car ce sont eux qui l’ont créé et, d’autre part, parce que Gibara vit un nouveau moment.

 

Ainsi, le Festival veut se réinventer avec Gibara. Il s’agit d’une ville qui vise à se convertir en l’un des pôles touristiques plus importantes de l’orient cubain, faire un tourisme de ville, s’ouvrir au tourisme culturel et le Festival est son principal allié. Ensuite nous voulons que ce changement dans la vie de  gibareños soit accompagné par le Festival.

 

En ce sens nous voulons organiser un événement plus ouvert et plus participatif, pouvant aller de pair avec le destin des gibareños.

 

Les gibareños sont les protagonistes et la fréquentation dans les cinémas est l’un des thèmes sur lequel on a le plus parlé et insisté depuis l’ICAIC. Qu’apporte un tel festival pour que les publics reviennent dans les cinémas ?

 

Je pense que même à Gibara nous devons travailler afin que plus de gens aillent au cinéma et que ce ne soit pas un travail pour la semaine que dure le Festival. À partir de cette base, l’un des objectifs que nous voulons comme Bureau du FIC Gibara est qu’il y ait un travail soutenu durant toute l’année. C’est pour cette raison que l’un des projets est de créer un bureau du festival à Gibara, de pouvoir établir une relation avec la Cinémathèque de Cuba et avec des événements cinématographiques qui ont lieu à La Havane afin que toute l’année on puisse montrer un échantillon de ce qui se passe dans les cinémas de Gibara pour gagner un public et améliorer le goût des gens pour un cinéma d’art, un cinéma d’auteur. C’est impossible de créer un goût chez le spectateur en une semaine de danse, de films, de concerts. Nous pensons qu’il est nécessaire de créer une habitude d’aller au cinéma, et que ce soit une option pour toute l’année.

 

Non seulement nous voulons réveiller cet intérêt avec une programmation qui vaut la peine, mais aussi avec des ateliers, des cours. Nous voulons que Gibara se convertisse également en set de tournage pour que les gibareños puissent avoir des expériences de production et qu’ils croissent quant à leur relation plus intime et professionnelle avec le cinéma.

 

Comment peut-on décrire la relation du cinéma avec les autres arts qui seront présent dans ce Festival ?

 

Dès le début, Humberto a créé ce festival avec un esprit interactif. Dès la première fois, il a convoqué des peintres, des musiciens, des écrivains, des photographes à Gibara, tous les arts et l’esprit que nous voulons maintenir et assurer la continuité.

 

Il a fait que le festival soit la grande fête des arts à Gibara. C’est possiblement l’événement culturel le plus complet dans l’orient de Cuba et c’est pour cette raison que nous devons continuer à le défendre, car durant cette semaine, les gibareños ont l’option de profiter des expositions, des concerts, avec des invités de catégorie internationale.

 

Nous ne voulons pas renoncer à ceci car c’est ce qui a converti ce festival en l’événement le plus important de Gibara. C’est une semaine où il y a beaucoup de choses à apprécier.

 

En ce sens, nous voulons faire une invitation extensive aux autres provinces orientales, parce que c’est une semaine dont profitent non seulement les gibareños mais aussi les jeunes universitaires d’Holguín, de Santiago, de Bayamo, qui sont également invités.

 

Moi, de La Havane, j’y aurais été en train si j’avais vingt ans. C’est pour cette raison que l’une des idées que nous avons est de créer une aire de camping pour les jeunes.

 

La catégorie du Cinéma en construction est celle qui a suscité le plus d’intérêt chez les jeunes cinéastes. Pourquoi une catégorie aussi large comprend le scénario jusqu’aux projets en post-production ?

 

L’important est de soutenir le cinéma. Cette catégorie est conçue sous le manifeste du Cinéma Pauvre. Dans ce manifeste, Humberto n’exclut pas les genres ; autrement dit, c’est du cinéma, avec toutes ses manifestations en n’importe quelle phase. Il n’y a pas d’exclusion, seulement que l’œuvre présentée réponde à ce concept de cinéma engagé qui est stipulé clairement dans son manifeste.