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Jacques Trudeau : Je reviendrai toujours à Cuba
Par Norge Espinosa Traduit par Alain de Cullant
Jacques Trudeau : Je reviendrai toujours à Cuba
Illustration par : Ernesto García Peña

Jacques Trudeau fait nouvellement partie de la Titim grâce aux visites continues à Cuba, spécialement dans la ville de Matanzas, depuis ses responsabilités en tant que Secrétaire général de l’Union internationale de la Marionnette, UNIMA. Il arrive à la fin de son mandat à ce poste, mais il revient non seulement pour faire partie de la réunion du Festival International de Marionnettes des Amériques, mais aussi pour recevoir l’affection de ceux qui l’apprécie à ce point de la carte des marionnettes.

« C’est une île incroyable et la vérité est que je n’avais jamais pensé qu’ici il pouvait y avoir une telle activité quant aux marionnettes. Je suis venu au premier Festival de Camagüey, il y a dix ans et j’ai fait la connaissance de Rubén et Zenén lors du Festival Mondial de la Marionnette de Charleville-Mézières. À ce moment j’étais à l’UNIMA en tant que président de la Commission pour l’Amérique du Nord, et une de mes grands désirs était que Cuba soit de nouveau présente. C’est arrivé et chaque fois que je reviens je me rends compte de l’aspect unique que possède Cuba, car ici il ne s’agit pas seulement de l’art de la marionnette, mais aussi de tout ce qui l’entoure, comme la présence de spécialistes et de théâtrologues qui au Québec, dans mon pays, n’existent pas ; ou la publication de livres sur ce sujet. Vous avez une richesse et une fierté que l'on voit dans le travail de ces compagnies – celle de Rubén Darío Salazar et celle de René Fernandez -, mais aussi dans d’autres parties du pays, que j’ai l’apprécié dans la mise en scène d’Andante, que j’ai beaucoup aimé. À Cuba, actuellement, deux idées coexistent : celle de garder les traditions particulières et s’ouvrir au monde ».

Votre mandat comme Secrétaire de l’UNIMA vous a permis de construire un pont de dialogue entre les marionnettistes. Qu’avez-vous rencontré ici comme valeur sûre ? Qu’est-ce que nous devrions développer le plus ?

En tant que président de la Commission du Patrimoine de l’UNIMA, je suis très préoccupé par la question des traditions et je vois que beaucoup de pays ont des problèmes avec ceci. Ici, cette question est plus prise en compte que dans d’autres pays. Vous prêtez attention à ce grave problème, plus que dans d’autres endroits. En ce qui concerne l’ouverture sur le monde, vous vivez actuellement un moment très spécial suite au nouveau dialogue avec les États-Unis, ce qui me fait un peu peur compte tenu du danger d’être absorbé par cette autre espèce de culture, mais je pense qu’il n’es sera pas ainsi pour la grande force de l’identité que défendent les Cubains.

J’accomplis mon troisième mandat à l’UNIMA et je conclurai mes responsabilités au mois de mai, lors de la célébration du congrès. Je viens de revenir de Chine et de l’Inde, et j’ai trouvé cette même préoccupation quant aux traditions. Le monde moderne, dans les pays où se trouvent les origines de l’art de la marionnette, a imposé un changement si fort que les familles de marionnettistes n’existent quasiment plus. Ils ne savent pas comment s’adapter à ces conditions et obtenir de ne pas perdre ce qui a été transmis de génération en génération, s’il faut faire des jeux vidéo avec les figures traditionnelles du wayang ou quelles solutions inventer pour attirer les jeunes. Ce travail se poursuivra même si je ne le suis plus là. Je suis heureux de voir, en même temps, qu’il y a  beaucoup de jeunes attirés par cette expression dans d’autres endroits et que surgissent des nouvelles où ils peuvent développer leurs talents.

Dans mon pays les responsables me disent que les meilleurs projets culturels qu’ils reçoivent sont ceux des marionnettistes. Le marionnettiste est toujours attentif, désireux d’apprendre et de prendre de nouveaux éléments pour sa création. Le théâtre de marionnettes pour les adultes fait le plus et maintenant les gens ne pensent non seulement à cette expression comme quelque chose pour les enfants. Il y a des grands metteurs en scène intéressés par cette voie, et ils convoquent des dessinateurs, des musiciens pour créer de nouvelles propositions. C’est très encourageant. J’ai l’espoir que tout cela continuera à se développer.

J’espère que vos nouveaux projets, quand aura lieu le renouvellement de votre charge à l’UNIMA, ne vous éloignera pas de nous.

Je pense que oui, je vais continuer à venir. J’ai beaucoup d’amis ici et Cuba est déjà une passion dans ma vie. Je veux continuer à savoir comment se développe l’art de la marionnette dans ce pays. Il y a de très bons artistes et je sais que rien de tout cela ne va s’arrêter, Je veux continuer à venir car je suis une partie de vous.