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Iyerosun ou la rumba comme un spectacle
Par Miguel Barnet Lanza Traduit par Alain de Cullant
Iyerosun, l’ensemble artistique de rumba où les chants du Oru Lucumí et les danses des petits diables - iremes – abakuá- exhibent avec professionnalisme et des racines cubaines leurs dons les plus remarquables et sublimes.
Illustration par : Nelson Domínguez

La fidélité ou la pureté dans l’exécution des genres musicaux n'existe pas. Cela peut mener à la controverse, mais tout au long de l'histoire de la musique cubaine, il a été prouvé que chacun exécute sa musique comme il le ressent ou l'accommode au rythme des temps. Il y a des genres tels que le son ou la rumba, pour ne citer que deux exemples cubains, très cubains, qui montrent la ductilité et l'hybridité de ceux-ci en fonction du moment historique dans lequel ils se produisent. Avec la rumba, en particulier, c'est un modèle commun : l’appelée Rumba du temps de l'Espagne ou rumba de caisse, avec des caisses de morue et des petites boîtes de bougies ; elle s’est enrichie avec de nouveaux éléments instrumentaux et des variantes expressives.

Aujourd'hui, à Cuba, nous avons un riche arsenal de groupes de rumba hybrides dans tout le pays. Chacune a son sceau identitaire, bien qu'elles gardent vivantes les variantes de base ; c'est-à-dire, le guaguancó, la columbia ou le yambú. L'instrumental a été perfectionné et les chorégraphies de cette expression de chant et de danse aussi. Tous les rumberos sont porteurs de la virtuosité des classiques, je pense à Chano Pozo, Pancho Quintus, Juan de Dios, el Goyo ou Manuela Alonso pour la columbia, pour parler seulement des plus connus. Certains comme interprètes de la percussion, d'autres comme chanteurs et d'autres comme danseurs. La rumba s’est nourrie d’éléments congos du Palo Monte ou des abakuá d'origine carabalí et des chants liturgiques d'origine yoruba. Aujourd'hui, je le répète, la rumba acquise, avec la déclaration de l'UNESCO comme un Patrimoine Immatériel de l'Humanité, la catégorie universelle et le brevet de corso. Des groupes historiques tels que Clave et Guaguancó, Los Papines, Yoruba Andabo, Los Muñequitos de Matanzas, Afrocuba et Rumberos de Cuba, parmi d’autres, ont déjà laissé une empreinte profonde dans notre vie culturelle. Et ils sont admirés non seulement à Cuba, mais dans de nombreux endroits de la planète.

Mais je vais m’arrêter maintenant sur un de ces groupes qui a récemment acquis la résonance populaire et la tradition artistique. Je tiens à souligner le travail de Iyerosun, l’ensemble artistique dirigé par Millo – Esmedio Merencio, prix Timbalaye -, qui, suivant la tradition des groupements de rumba, s’est transmuté en un spectacle éprouvé de qualité folklorique, où les chants du Oru Lucumí et les danses des petits diables - iremes – abakuá exhibent avec professionnalisme et des racines cubaines leurs dons les plus remarquables et sublimes.

Lors d'un récent programme télévisé j'ai pu voir et écouter la rumba dédiée à notre Commandant en Chef, composée par Gustavo Cabañas et interprétée par Iyerosun et la voix sonore et résonnante du grand Tatá ; un de ses solistes les plus remarquables.

Iyerosun représente cette variante hybride, maintenant habituelle dans le spectacle folklorique ; qui accompagné du plus pur de la rumba, est devenu une mode, ou mieux, en une mode de faire de la musique populaire pour tous les publics, car les temps ont toujours le dernier mot. Et qu'il en soit ainsi.