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Introduction au roman Lucía Jerez (IX)
Par Maria Poumier Traduit par
Martí était un lecteur des meilleurs romanciers.
Illustration par : Eduardo Abela

Lucia Jerez dans l’histoire littéraire (suite)

Au-delà de l’Amérique latine, Martí était un lecteur des meilleurs romanciers. On verra dans les notes ce qu’il doit à Goethe, et que est très curieusement caché au fil des pages, peut-être  pour déjouer les effrois possibles du directeur de la revue et des autres autorités  auxquelles celui-ci se soumettait implicitement. Signalons à quel point Martí rejoint le travail des plus grands, parmi ceux qui atteindront la reconnaissance universelle au XXe siècle. Dès les premières pages, on est tout prés de Rilke, dans cette recherche de l’humanité à partir  de situations où s’épanouissent et meurent des jeunes filles. Les jeunes filles rapprochent aussi Martí de Proust, avec qui il partage non seulement le gout de la syntaxe somptueuse, dans l’ascension infatigable de la phrase ramifiée, à la poursuite de la comparaison juste qui permet d’entrevoir le scintillement de la vérité, mais aussi cette sorte de combat que mène La Recherche pour la réhabilitation des êtres, que le narrateur sauve du temps perdu, du gâchis général , comme on le voit dans l’explicitation du projet complet de Proust au long du volume final Le Temps retrouvé. Au fil du texte de Lucia Jerez, on verra des allusions rapides à d’autres écrivains ; bornons-nous ici à signaler ceux pour lesquels Martí n’émet aucune réserve, mais, au contraire, reconnait en très peu des mots ses frères d’âme : Il eut tout juste le temps de saluer parmi ses pair Nathaniel Hawthorne, « le romancier de l’esprit » à qui « il fut donné de se pencher sur l’invisible » ;  et il  enthousiasmé par « le génial Dostoïevski , qui a un regard d’aigle et un cœur  de colombe ». Or le fait divers sanglant, si fécond aussi pour Dostoïevski, s’impose à nous non seulement  par son horreur, mais aussi parce qu’il bafoue tant la vraisemblance que la bienséance ; en épousant cette logique apparente du fait divers, Martí fit franchir au genre romanesque un bond, au-delà du réalisme social que recherchait le XIXe siècle, pour atteindre une liberté peut-être convergente avec un certain surréalisme, mais qui remonte plus sûrement aux sources  du réalisme magique typiquement latino-américain : le récit oral, le conte légendaire qui terrorise les enfants, et fait méditer les adultes, parce qu’il est abrupt et fantastique, et qu’il fait apparaitre le monstrueux humain comme résultat de métamorphoses brusques . Cintio Vitier (5) signale que le coup de feu mettant un terme à la fête féerique préfigure Le Grand Meaulnes, autre grand texte qui s’adresse à notre âme d’enfant.

 

Note:

5. « Sobre Lucia Jerez » in Diálogos, México, No 87, mayo-junio 1979.

                                                                                                                                                                                                               

Titre original

Amistad funesta

Premiere éditon dans El Latino American, New York, 1885

Lucía Jerez

Édition critique de Mauricio Núñez Rodríguez

Centro de Estudios Martianos, La Habana, 2000

José Martí

Lucía Jerez

Roman traduit de l’espagnol (Cuba)

Par Maria Poumier

Édition Bilingue

Notes de Maria Poumier et Mauricio Núñez Rodríguez

Copyright 2003 By Éditons Patiño, Genève (Switzerland) pour l’introduction, la traduction française et les notes.