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Imaginer, lire, vivre
Par Onaisys Fonticoba Gener Traduit par Alain de Cullant
« L'imagination est l'arme la plus puissante d'un écrivain non conforme ».
Illustration par : Alfredo Sosabravo

« L'imagination - commentait récemment le chercheur brésilien Frei Betto - est l'arme la plus puissante d'un écrivain non conforme ». Il faudrait alors se demander si ce n'est pas la lecture qui est l'arme la plus puissante pour celui qui choisit un texte et « imagine » alors un double départ.

Dans un contexte signé par les grandes discussions sur la cohabitation entre la littérature numerique et l'analogique et sur la façon de promouvoir les habitudes de la lecture, le professeur de Belo Horizonte nous parle de la littérature comme résistance et de la polysémie de l'art littéraire.

« Les mots ont une propre vie, et ils se multiplient en distinctes significations » : Tout point de vue est la vue à partir d'un point : celui qu'un lecteur A trouve, ne coïncide pas avec le lieu socioculturel d'un lecteur B ; de sorte que le changement de lieu provoque un changement épistémique.

Mais la question n'est pas seulement de références. S'il on ajoute à cela à l'impact de la promotion des textes, on peut entendre que les points de vue - ou la vue à partir des points - dépendront aussi de l'état d'opinion qui s’est formé autour d'un volume. Les best seller sont-ils de bons livres ? Frei Betto dit que le succès commercial n'implique pas, nécessairement, le talent de l'auteur ou la condition du livre comme œuvre d'art - qui est, en résumé, son but -.

« Nous vivons une époque de l'offensive néolibérale qui se caractérise par la commercialisation de toutes les sphères de la vie et de la nature. Tout se met à avoir une valeur d’échange et non pas une valeur d'usage, et cela influe sur la littérature. Il existent actuellement beaucoup d'auteurs qui écrivent pour se convertir en best seller, et non par la nécessité de faire un art ».

Un peu plus tard - comme un baume pour les « non conformes » - il annonce : « La littérature est la résistance. Toute œuvre littéraire est une apologie à la liberté de conscience. Ayons toujours un présent que la littérature n'a pas à être de gauche ou de droite, elle doit être d'accord ou contre le gouvernement qui règne. Elle doit être une œuvre d'art. Il ne s'agit pas d'une littérature engagée, mais d'une qualité, capable de susciter un nouveau regard du réel chez les lecteurs.

On peut attendre un engagement avec la justice et contre l'oppression de la part des écrivains. L’auteur n'a pas d'engagement avec la vérité, mais avec la vraisemblance. Dans son œuvre il ne fait rien d’autre que de nous ouvrir à d'autres mondes possibles à travers l'imaginaire, qui ne connaît pas de limites. Et le lecteur … les a-t-il ? Il y a peu, dans le même Salon Professionnel du Livre où j'ai écouté Frei Betto, des spécialistes cubains débattaient sur les habitudes de lecture et commentaient, qu’en Amérique Latine, la moyenne nationale de livres lus est de 3,5. Alors je me demande si les milliers de personnes qui assistent chaque année à notre Foire du Livre lisent réellement ce qu'elles) achètent et si ce qu'elles choisissent les fait découvrir ces « autres réalités » dont parle le politologue brésilien.

Je me demande si, aussi comme l'écrivain qui se refuse à accepter le monde comme il est, le lecteur réussit à agrandir ses potentialités, à peupler son univers de nouveaux personnages et à respirer l'art qu’apporte la littérature.

Un écrivain, a dit Frei Betto, est un indigné et « rien d’humain lui est étranger ». Un lecteur devrait être la même chose. Je crois que c'est l’unique façon de sauver réellement l'imagination.

Intervention du politologue brésilien Frei Betto dans le Salon Professionnel du Livre