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Hatuey : héros et martyr
Par Oscar Ferrer Carbonell Traduit par Alain de Cullant
Le premier héros et martyr de la lutte contre la colonisation espagnole, le premier organisateur de la résistance et le premier étranger qui a donné sa vie pour Cuba.
Illustration par : Nelson Domínguez

Après avoir achevé la reconquête de l'Espagne, après la reddition du roi maure de Grenade, en janvier 1492, un témoin de la remise de la ville au roi Fernando et à la reine Isabel attend son occasion pour offrir aux monarques un nouveau monde qu'il assure qu’il existe : c'est le marin génois Christophe Colomb.

Au moment d'exposer son idée, il obtient, après de nombreux échecs, le soutien de la Reine. L'aventure de la conquête et de la colonisation commencera peu après, le 3 août 1492, avec le départ de trois caravelles du port de Palos. L’indien Hatuey - ou Yahatuey, comme Diego Velásquez l'a appelé - était alors âgé d'environ vingt ans, il paiera dans les flammes la rébellion montrée devant les envahisseurs, devenant le premier héros et martyr de la lutte contre la colonisation espagnole, le premier organisateur de la résistance et le premier étranger qui a donné sa vie pour Cuba.

Les idées de Colomb sur l'existence d'autres terres promises à la Couronne espagnole ont été couronnées par le triomphe, un autre résultat immédiat fut le commencement de l'odyssée des habitants pacifiques d'un monde qui entrait en collision avec une autre civilisation. 

Ces gens ont été étonnés par des hommes portant des cuirasses et ayant des armes étranges, qui laceraient et transperçaient leur corps, pour les priver de la liberté dont ils jouissent dans les lieux où ils vivaient. Où les caciques exerçaient leur autorité sur les tribus qui n'employaient que leurs flèches et leurs lances rudimentaires pour affronter les incursions des indiens Caribes, qui attaquaient à la recherche de femmes et de nourriture, puis retournaient dans leurs îles.

Les habitants des terres que l'Espagne dominerait étaient les propriétaires de ces territoires, où ils travaillaient, dansaient, réalisaient les rites dédiés à leurs dieux, avaient leurs femmes et leurs enfants, ignorant que d'autres viendrait les priver de leurs biens, les tuant ou les asservissant, leur imposant une autre religion et d'autres coutumes, y compris une langue qu'ils ne pouvaient pas comprendre. Cuba et Haïti ou Quisqueya deviendraient les scènes où commencerait la lutte, la mort et l'extermination des aborigènes.

À Cuba, en particulier, la présence humaine datait de plus de 10 000 ans avant l'arrivée de Colomb sur ses côtes, le 28 octobre 1492. Avec l'arrivée des colonisateurs, dans l'archipel antillais a commencé l'immense souffrance de ses habitants, jusqu'à culminer avec leur anéantissement.

Premièrement, l'amiral est arrivé le 12 octobre dans une île des Bahamas appelé par ses habitants Guanahaní et rebaptisé par Colomb comme San Salvador, on pense aujourd'hui qu’il s’agit de l'île de Watling. Il a su ensuite qu’il y avait une grande île dans le sud, qui s'est avéré être Cuba, il a vu ses côtes au crépuscule du 27 de ce même mois et, le lendemain, il a jeté l’ancre dans un port qu’il a également appelé San Salvador, l’actuelle baie de Bariay. Après avoir visité la côte nord de la région orientale cubaine, le marin a laissé Maisí derrière lui, le 5 décembre. Il a navigué vers Haïti ou Quisqueya, qu'il a appelé La Española, devenue ensuite le siège des conquistadors, qui, avec des actes de vandalisme ont poussé les aborigènes à abandonner leur passivité initiale et à tuer une garnison de 39 hommes qui étaient restés dans le fort La Navidad. La rébellion contre la brutalité des étrangers donnait ses premiers signes.

Après un voyage en Espagne, Christophe Colomb est retourné à La Hispaniola pour entreprendre la conquête et la colonisation définitives des terres jusque-là inconnues. Deux personnages qui feraient l’histoire sont venus avec lui : le père Bartolomé de las Casas et Diego Velásquez, le premier représentant de la croix, et le second de l'épée.                                                                                        

Les aborigènes de Cuba, comme ceux d'Haïti ou de Quisqueya, étaient hospitaliers et suivaient leurs traditions, mais comme l'a écrit Fernando Ortiz, « les tenaces et héroïques résistances des Indiens à leur assujettissement ont démontré le tempérament viril de leur esprit ».

La soif d'or des conquérants et les méthodes d'esclavage et de mort imposées aux natifs de Cuba et d'autres îles éveillèrent le sentiment de rejet envers les nouveaux arrivants. Dans La Hispaniola il y eut des soulèvements de tribus ou de chefferies, faisant germer l'esprit rebelle de ceux qui luttaient dans des conditions d’ostensible inégalité. 

Dans la région de Guahabá, dans l'île d'Haïti ou de Quisqueya, il y avait le cacique indien Hatuey, subordonné à Behechio, le grand cacique de la province de Jaraguá. Hatuey a atteint sa période la plus brillante après l'arrivée des conquistadors, quand il se rebelle et combat. Il était l'un des chefs assurant le commandement de son île natale et il était suivi par les siens aussi bien dans les jeux, les chants et les danses que dans les guerres avec les tribus rivales ou contre les invasions des Caribes, qui n’ont jamais pu le vaincre. Il savait comment maintenir son autorité et préserver l'unité de son groupe, la paix et le dévouement au travail. Quand il a entendu parler de l'arrivée de Colomb et de ses hommes, il préféra ne pas les voir, rejetant leur présence.

Hatuey, avec ses cheveux et ses yeux noirs, était d’une taille normale, large d’épaules, les bras forts et un cou court. Lorsque les abus contre les Indiens se sont généralisés, en particulier dans le travail d'extraction de l'or dans la région de Guahabá, la rébellion a été initié par Hatuey, affrontant les troupes envoyées par le gouverneur de La Española. Nicolás de Ovando, à la recherche de plus d’hommes pour ce travail exténuant. L'indomptable cacique refusa de se rendre à l'un de ses sujets et les espagnols se retirèrent, craignant la supériorité numérique des indigènes. Quelques jours plus tard les conquistadors sont revenus avec plus de forces et d’armes, réalisant le premier combat entre les espagnols et les hommes d’Hatuey, qui, face à l'incapacité de triompher, se retira dans les forêts. L'envahisseur a occupé Guahabá, où les hispaniques ont fondé deux villas, et Hatuey, avec le sien, s'est réfugié dans la montagne. Plus tard, en canots, avec environ 400 Indiens, il arriva à Maisí, la dernière scène de guerre du vaillant cacique et premier caudillo prêt à organiser les luttes à Cuba.

Ce fut très difficile pour Hatuey de convaincre les habitants de Maisí que ceux qui venaient de Guahába étaient des gens de paix fuyant les conquérants blancs. Ce fut le cacique Baracoa qui a compris et reçu en tant que des frères les hommes d'Haïti ou de Quisqueya, leur permettant de créer, sur les rives du Toa, un nouveau Guahabá où Hatuey a commencé à prêcher contre les colonisateurs et où il a maintenu son statut de chef.  

Là, il a préparé la défense, car il savait que l'ennemi arriverait à la recherche des « petites pierres dorées » jusqu’ici, déjà considéré par lui comme un signe de malheur pour son peuple. Avec des paroles éloquentes, il a fait voir le danger aux aborigènes de Guahabá et de Cuba. 

Plus tard, Diego Colomb, le fils de l'amiral, nommé gouverneur de La Española, a nommé Diego Velásquez pour la même charge à Cuba, remplaçant Bartolomé Colomb, son oncle. La soif de trouver de l'or était présente chez le génois, qui a poussé Velasquez à en trouver le plus rapidement possible.

Il tarda un peu pour réunir 300 espagnols et une partie des indiens de La Española pour donner corps à une expédition qui partirait vers Cuba, pour coloniser l'île. Plusieurs dates ont été données sur le départ, mais il était évident que c'était au moins quelques mois avant le 15 août 1511 quand Velásquez a fondé Baracoa, La Première Ville d'Amérique.

Le groupe qui avait quitté Salvatierra de la Sabana est arrivé au port appelé Las Palmas, qui était peut-être celui de Guantanamo, ou d'autres étant cet endroit jusqu’à Maisí. Velasquez soupçonnait déjà que les aborigènes ne les recevraient pas avec sympathie.

Hatuey ne tarda pas à préparer l'attaque et ordonna de jeter tout l'or dans la rivière, pensant, avec une certaine innocence, que l'absence de ce métal dans les mains de son groupe apaiserait l'ambition et la méchanceté des espagnols. Les femmes et les enfants ont été emmenés dans la forêt. Avec leurs arcs, leurs flèches et leurs lances, les hommes du brave cacique se sont préparés au combat, protégés par le feuillage de la montagne. Le premier combat s'est produit peu après le débarquement, car les guetteurs indiens avaient donné le signal d'alarme. Rapidement, les arquebuses se sont imposées aux armes primitives des rebelles. Le résultat de cette première bataille et la première défaite des hommes d’Hatuey a été de nombreux morts indiens et quelques espagnols légèrement blessés. Les pionniers en défense de la liberté de ces terres ont payé de leur vie. Mais le chef insurgé rassembla les siens quelques jours plus tard pour attaquer à nouveau, bien qu'il n'ait pas compté sur le soutien des caciques cubains d'autres régions, qui ont décidé de ne pas se joindre à cette rébellion.

Hatuey comptait seulement sur quelques forces intégrées par les fugitifs d'Haïti ou Quisqueya et quelques natifs de Maisí, Baracoa, Bayamo et d'autres régions avoisinantes. Les Indiens possédaient une supériorité numérique, mais leur efficacité de combat était presque nulle, donc, devant la suprématie militaire des espagnols, Hatuey a utilisé la guérilla comme stratégie et les embuscades comme tactique. Cela força ses ennemis à arrêter son avance pendant deux ou trois mois, et à de grands et prolongés efforts pour tenter de vaincre l'offensive constante et dispersée des Indiens. L'utilisation de chiens par Velásquez, apportés de La Española, a donné certains avantages et la perturbation pour les aborigènes, qui ont été découverts par les chiens dans leurs cachettes. 

Les actions de guérilla d’Hatuey sont exaspérantes pour le chef des conquistadors qui, avec son caractère énergique et violent, a exhorté ses lieutenants de l'attraper. Ce fut la trahison d'un indien qui a conduit à la capture du cacique. L'informateur a révélé la cachette, pour se venger de vieilles querelles avec Hatuey, sur les terres de Guahabá. Les soldats de Velásquez, dirigés par le confident, ont réussi à l'entourer et à le capturer. La rébellion était sans caudillo et, pour les indiens, il n'y aurait seulement que l'esclavage et l'extermination.

Hatuey a été emmené devant Velasquez, qui lui a demandé l'endroit où il pourrait y avoir de l’or, mais le cacique a dit qu'il ne savait rien à ce sujet. Le conquérant a menacé de le brûler vif, mais l'Indien, sans s’émouvoir, a dit qu'il préférait mourir par la violence des flammes que d’être l'esclave des hommes blancs. C'est alors que Velasquez a donné l'ordre d’emmener immédiatement Hatuey au bûcher.

Le prêtre Juan de Tesín, un franciscain qui accompagnait les conquistadors, demanda à Veláquez de lui permettre d'essayer de baptiser Hatuey, afin qu'il meure « chrétiennement et dans la grâce de Dieu ». Il a obtenu l'approbation avec difficulté, dans le camp du chef des forces colonisatrices - installé à Manacas, entre Manzanillo et Sierra Maestra - la troupe se préparait à consommer le premier sacrifice d'un combattant de la liberté de Cuba.

Quatre hommes ont emmené le cacique rebelle au bûcher. Velásquez était là pour lui offrir de sauver sa vie en échange de révéler l'endroit où se trouvait l'or, obtenant comme réponse que le métal doré avait disparu et que les espagnols ne sauraient jamais où il est. Le conquistador, en colère, a ordonné immédiatement d'exécuter la sentence.

Le condamné à mort est resté serein quand il a été attaché au poteau et quand le bois a été empilé autour de lui. Le père Tesín s’est approché de lui et lui a demandé de mourir dans la grâce de Dieu, Hatuey lui a demandé, pour quoi ? Le prêtre a répondu que de cette façon, il irait au ciel, où vont les bons chrétiens. Et le cacique, avec le feu près de sa chair, a déclaré au prêtre qu'il ne voulait pas aller au ciel « où sont les chrétiens qui tuent et font des esclaves des Indiens ». Après le bref dialogue les flammes ont consumées le corps de ce brave défenseur de la liberté. Son supplice, le 2 février 1512, était un avertissement aux aborigènes pour les dominer sous l’emprise de la peur et de la force.

D'autres chefs ont suivi l'exemple d’Hatuey dans la confrontation avec les conquistadors, parmi eux Guamá – tué par les espagnols le 7 juin 1533 -, Caguas, Habaguanex, Casiguaya – l’épouse de Guamá – et certains autres.