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Francisco Vicente Aguilera : le chevalier irréprochable
Par Ludín B. Fonseca García Traduit par Alain de Cullant
Francisco Vicente Aguilera est le précurseur de la pensée unitaire parmi les Cubains
Illustration par : Servando Cabrera Moreno

Francisco Vicente Aguilera Tamayo est né à Bayamo le 23 juin 1821, dans une famille fidèle à la domination coloniale espagnole. Dans les années 50 du XIXe siècle il avait déjà rompu la tradition famille, il est un indépendantiste convaincu, un illustré qui donne un théâtre à la ville et un fervent anti-esclavagiste.

Il rejoint la conspiration de Joaquin de Agüero en 1851 et, en 1855, il participe à un projet qui vise à prendre les villes de Bayamo et Manzanillo.

En juin 1857, il rejoint le groupe qui projette la construction de la voie ferrée reliant Bayamo et Manzanillo. Il était conscient que la modernisation de la Vallée del Cauto ne pourrait pas avancer sans cette voie ferrée. Il a travaillé pour mettre en place une ligne de chemin de fer qui, s’unissant avec celle qui se construisait entre Sabanilla et Moroto, à Palma Soriano, terminerait dans la ville de Bayamo.

L’échec de ce travail a poussé Francisco Vicente Aguilera à réorienter ses investissements. À partir de 1860, avec l’idée de promouvoir l’industrie sucrière, il va allouer les plus gros volumes de capitaux pour acquérir des propriétés dans la juridiction de Manzanillo.

Il reprend les projets l’indépendance en 1866 et 1867 ; avec Francisco Maceo Osorio et Pedro Figueredo, il fonde le Comité Révolutionnaire de Bayamo. Aguilera est le précurseur de la pensée unitaire parmi les Cubains. Il envoie des émissaires dans différentes régions afin qu’ils s’intègrent mais il ne rencontre seulement que le soutien de la région centre orientale de Cuba.

Il dépose sa fortune à la cause de l’indépendance, évaluée à plus de 2 millions d’écus or. Il est partisan de commencer la guerre après la zafra azucarera (récolte de la canne à sucre) car cela permettra de compter suffisamment d’argent pour acheter des armes et faciliterait l’augmentation de son capital avec la vente de ses propriétés.

On a voulu attribuer une supposée ruine économique due à l’activité conspirative d’Aguilera, car il avait des dettes. Ces dettes étaient des crédits demandés pour ses entreprises ; ceci montre un esprit d’avancée, en accord avec la croyance capitaliste que le financement d’emprunt permet d’activer la circulation monétaire. Une analyse de la valeur de la vente des exploitations et des industries indique qu’il aurait pu solder le compte sans trop de difficultés.

Aguilera avait la possibilité de se lever en armes avant le 10 octobre, la date prévue par Céspedes et acceptée par beaucoup, mais il a décidé de soutenir le leader des manzanilleros. Son incorporation a une influence sur les soulèvements massifs qui ont suivi. Avec une phrase lapidaire il a fait taire les intentions de ceux qui appelaient à la désunion et à la sédition, quand il leur a dit : « Obéissons à Céspedes si nous voulons que la Révolution n’échoue pas ».

Après la mise à feu de Bayamo, en janvier 1869, certains de ses amis se plaignent des conséquences du fait pour leurs propriétés et il répond : « Je n’ai rien tant que je n’ai pas de patrie ».

Les combats auxquels il prend part durant la guerre de 1868 montrent qu’il domine l’art militaire. Le 8 mai 1869 il est nommé Général en Chef de l’Armée d’Orient. En 1870, la Chambre des Représentants le nomme Vice-président de la République et dans l’exercice de ces fonctions Céspedes le distingue comme représentant dans l’émigration, qui était profondément divisée, ce qui avait une incidence sur l’arrivée des expéditions. .

Il part remplir la mission en 1871. L’émigration contribuera définitivement à radicaliser sa pensée politique car il entre en contact avec une réalité différente à celle que l’on vit dans les champs de la Cuba Libre. Un grand nombre de Cubains rêvaient de l’aide des États-Unis.

Comme conséquence des relations établies avec les politiciens de cette nation et étant victime des promesses non tenues, évasives et des obstacles qui font échouer les expéditions, il arrive à la conclusion : « Ils aideront Cuba quand Cuba se soit aidée elle-même. Espérez plus que ceci est une vague illusion ».

C’est à ce moment que se définit le profil que nous connaissons d’Aguilera. Les difficultés rencontrées, la misère dans laquelle il vit avec sa famille, laissent stupéfaits ceux qui le connaissent, mais il ne renoncera jamais à sa pensée d’indépendance ni ne prendra un seul centavo de l’argent remis par les immigrants pour financer les quatre expéditions qu’il prépare.

Avec lui naît la pensée antillaise dans l’histoire de Cuba, il propose la création d’une Confédération, il partage une grande amitié avec le Portoricain Eugenio María de Hostos et il lui écrit : « Nous ne pourrons pas nous dire véritablement libre tant que le drapeau espagnol flottera, dominateur, sur un seul morceau de terre américaine ».

Il parcourt l’Europe et diverses villes des États-Unis à la recherche d’aide, mais il obtient peu de choses. La mort le surprend à New York durant cette persistance, le 22 février 1877.

Aguilera n’a pas vécu suffisamment pour voir l’indépendance de sa patrie bien-aimée ; ni la conclusion de la Révolution qu’il a commencé avec la capitulation du Zanjón, l’intervention étasunienne et les gouvernements corrompus de la république néo-coloniale.

Aguilera a transcendé comme époux et père exemplaire, il a éduqué sa famille dans l’honnêteté et le patriotisme, aucun ne milite dans les files de l’annexionnisme, ni du réformisme, mais aussi par son sacrifice et son altruisme au nom de l’indépendance nationale.

José Martí émet la valorisation la plus juste du patricien de Bayamo, le décrivant  comme : « le millionnaire héroïque, le chevalier irréprochable, le père de la République, Francisco Vicente Aguilera ! ».