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Fleurs du Ciel
Par José Martí Traduit par Armand Godoy
Le poème « Fleurs du Ciel », traduit de l’Espagnol par Armand Godoy et publié dans Poèmes choisis par Ed Emile-Paul Frères à Paris en 1929.
Illustration par : Edel Bordón

Des fleurs? Je n’en veux pas! Celles du ciel

Je cueillerai, quand, comme la racine

D’un mont brisé, le vil, le corporel

Vêtement qui me serre la poitrine,

Où le cœur bat trop fort, sera fendu

Par l’élan frénétique, et que les têtes

Du serpent qui me mord – il a mordu

Depuis toujours les âmes des poètes! —

Tomberont sous l’azur, sous les rayons

De la Foi, sous le bec de tourterelles;

Quand je pourrai crier: “Appareillons!”

Quand mes bras impuissants seront des ailes.

 

Par mes yeux descendra dans la poussière

Un fleuve d’espérance et de lumière,

Pendant qu’au fond de nos jardins humides

Prendront des fleurs les troubadours timides…

 

Et moi, pâle d’amour, débout sur l’ombre,

Enveloppé de gigantesques voiles,

Déroulant sans trembler le fil du Nombre,

Je formerai deux grands bouquets d’étoiles

Pour le sein tiède de ma Dame obscure

Et pour sa délirante chevelure.