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Fidel Castro et la photographie
Par Rafael Acosta Traduit par Alain de Cullant
Présentation de l'exposition Fidel Castro y la fotografía
Illustration par : Ana María Reyes

La photographie a toujours été conçue comme une arme de diffusion des idées, un outil de travail dans la construction et la défense de la cause révolutionnaire, par le leader de la révolution cubaine.

 

C'est une relation de longue date qui a commencé dès 1955 quand, à New York, à l'occasion de recueillir des fonds pour l'expédition qu’il projetait pour commencer la guérilla, Fidel, accompagné par le journaliste Vicente Cubillas, est allé rencontrer le photographe émigré Osvaldo Salas afin qu’il fasse quelques photos de lui et de Juan Manuel Marquez, un des lieutenants du mouvement révolutionnaire cubain. Ces photos de la collecte de fonds et de l'agitation politique qu’ils ont réalisées dans la ville américaine attestent de cela. De même, dans la Sierra Maestra, les photographies ont documenté le processus de la guerre. La direction rebelle a pris soin de faire de cette chronique historique, de sorte qu'elle ne soit pas perdue dans la postérité.

 

Mais c'est après le triomphe révolutionnaire de janvier 1959 que la confiance de Fidel Castro dans le pouvoir mobilisateur de la photographie a trouvé un canal extraordinaire. Il fallait évidemment des photojournalistes habiles, ceux-ci existaient et, en plus, ils étaient de fermes alliés de la Révolution naissante. Les images du triomphe, des premiers moments de la consolidation du pouvoir révolutionnaire, des batailles de Playa Girón, des tensions de la Crise d'Octobre, des grandes mobilisations populaires, des visages des héros et des batailles économiques et culturelles, tous les faits cardinaux des années soixante du siècle dernier, ont été enregistrés par un groupe de notables photographes qui ont construit une chronique de la Révolution.

 

Fidel Castro les a animé et les a encouragé, il leur a donné le journal Revolución, dans lequel il a personnellement discuté les idées de conception et d'image avec eux ; il les a amené comme photographes lors de ses tournées constantes dans le pays et dans ses voyages à l'étranger. Cela a facilité l'enregistrement photographique d'un large spectre de la vie du pays en révolution, avec les idées les plus modernes quant à la publicité graphique et politique. Un tel ensemble d'images a été connu ensuite sous le nom de « photographie de l’épique ».

 

Dans la présente exposition photographique il y a des œuvres de deux de ces photojournalistes légendaires, Alberto Díaz (Korda) et Liborio Noval, et d’un jeune artiste qui a accompagné Fidel Castro lors des dernières décennies comme caméraman durant ses intenses journées de travail, Roberto Chile. Les trois offrent un panorama représentatif de la vie et de l'œuvre du leader de la Révolution Cubaine.

 

Dans les images des trois artistes apparaissent des portraits pris avec imagination et des détails du visage du révolutionnaire, ses attributs symboliques, ses coutumes, ses mains, sa manière de marcher et de parler, ses gestes et ses activités en tant que gouvernant. Ce sont trois photographes très talentueux qui ont fait de Fidel un modèle en mouvement, un personnage en action constante, comme il l’a été toute sa vie.

 

Enfin, l'ancienne relation de Fidel avec la photographie s’exprime dans le fait qu'il est devenu l'un des hommes les plus photographiés du XXe siècle. Il est passé de promoteur de la photographie documentaire à Cuba à l'un des modèles les plus assiégés de la planète. Dans les dernières années de sa vie il a eu des moments de reconnaissance pour les photographes et, lors d'une réunion de 2001 avec quatre d'entre eux (Raúl Corrales, Korda, Liborio et Roberto Salas), documentée par Roberto Chile, il a avoué que sans leur travail, l’œuvre de la Révolution n'aurait pas été connue comme il se doit.

 

Artistiquement parlant, les trois artistes réunis ici sont des photographes d’une haute valeur esthétique dans leurs œuvres, d’une poétique personnelle et sensible de la visualisation. Voici les photos qui parlent d'elles-mêmes.