IIIIIIIIIIIIIIII
Femmes Caribéennes :  Dame Pearlette
Par Julia Mirabal Traduit par Alain de Cullant
Dame Pearlette Louisy est la première femme qui a été nommée Gouverneur Général dans l'île de Sainte-Lucie.
Illustration par : Mariano Rodríguez

Dame (Calliopa) Pearlette Louisy est la première femme qui a été nommée Gouverneur Général dans l'île de Sainte-Lucie. Docteur en droit, elle a été professeur dans différents niveaux institutionnels dans son pays. Pour cette vocation et depuis ses responsabilités gouvernementales, elle soutient les projets visant à l'amélioration de l'Enseignement à Sainte-Lucie.

« Vous avez grandi en sachant ce qu’est une femme. Mais vous n’arrivez pas vraiment à réfléchir sur ce que cela signifie.

Et en pensant bien, je crois qu’une femme est, sans aucun doute, celle qui assure la cohésion de l'humanité.

Je sais que les hommes des Caraïbes et ceux du monde entier peuvent me blâmer, mais quand je pense à la femme, je pense qu’elle alimente et prend soin des autres, elle assure la survie de l'humanité, son avenir.

Et je crois que, fondamentalement, tous les rôles que les femmes doivent assumer sont les qualités qui nous distinguent de nos compagnons.

Je suis née à Labrie, Sainte-Lucie. Labrie est un petit village au Sud de Sainte-Lucie. Là j'ai grandi et vécu jusqu'à l'âge de treize ans.

Ensuite je suis venue à Castries, la capitale, afin de poursuivre mes études. Mais mes racines sont vraiment dans une collectivité rurale.

Quand je regarde en arrière et j revois l'influence que cette vie rurale elle a eu en moi, je pense que ceci m'a donné le sens communautaire car tout le monde se connaît dans ce petit village et c’est quelque chose d'important : cela m’a donné le sentiment de vivre dans une communauté et c’est ce que j'ai essayé de maintenir dans tout ce que je fais maintenant, dans la plupart des initiatives que j'entreprends, dans de nombreux projets et programmes.

Je pense que, malheureusement, nous perdons parfois notre sens communautaire, notre sens de la fraternité, de la solidarité, quel que soit le nom qu’on lui donne. Je pense que la propagation de la vie urbaine en est la cause.

Au moment de son indépendance, Sainte-Lucie a conservé la Reine comme Chef de l'Etat. Nous faisons partie d'une monarchie constitutionnelle.

Après la Constitution, la Reine est représentée dans les territoires par un Gouverneur Général.

Le Gouverneur Général est nommé à partir d'une recommandation administrative, ou du Premier Ministre. La recommandation est envoyée à sa Majesté qui est celle qui approuve et qui nomme officiellement le Gouverneur Général. J'ai été nommée Gouverneur Général par sa Majesté en 1977.

Comme Chef d'Etat, en tant que représentant de la Reine, le Gouverneur Général est le chef du gouvernement, le chef du Parlement.

J'ai toujours su, dès ma prime enfance, ma famille ayant des moyens très modestes, que si tu veux faire quelque chose de ta vie, ceci dépend beaucoup de ta propre initiative.

J'ai toujours su que mon avenir dépendait seulement de moi. Et ceci m'a motivé à aller de l'avant.

Il est vrai que j’ai eu beaucoup d'opportunités, mais je ne pensais jamais être Gouverneur Général.

À cette époque, à Labrie, nous étions une colonie et les gouverneurs venaient d'Angleterre. À treize ans on ne pense pas à la politique, au gouvernement...

Personne ne pouvait même pas s’imaginer qu'un Saintlucien pourrait être chef du gouvernement. Je me souviens avoir pensé à la diplomatie.

Je me souviens avoir dit que je serais la première ambassadrice de Sainte-Lucie en France. Ce sont mes premiers souvenirs de ce que je voulais faire.

Je voulais aussi être avocate, mais j'ai tout de suite voulu me tourner vers la diplomatie. Je n'ai pas fait avant car je voulais terminer mes études.

J'ai commencé dans l’enseignement et j’ai continué, jusqu'à ce que j’aie commencé à apprécier cette carrière et à m’y sentir bien.

J'ai continué dans cette branche jusqu’à ma nomination en 1977.

Le Gouverneur Générale ouvre le Parlement, avec son discours d'investiture, Il annonce qu’elle sera la politique du gouvernement pour l'année et pour la prochaine session parlementaire.

Il est présent aux cérémonies nationales, aux défilés et aux autres activités nationales. Il y a aussi les fonctions sociales du Gouverneur Général et d'autres questions d'intérêt particulier.

En ce qui me concerne, les centres d'intérêt sont variés, il s’agit des arts, de la culture, de la jeunesse, des enfants...

J'ai alors entrepris des projets, des programmes et des initiatives visant à réunifier le pays.

Le rôle du Gouverneur Général est défini par la Constitution, c’est encourager, conseiller et prévenir, mais ces préceptes sont appliqués de façon personnelle.

Sainte-Lucie est un petit pays des Caraïbes, au nord de Venezuela. Dame Pearlette a étudié à l'Université des Indes Orientales, ainsi que dans celles de Bristol et de Laval. C'est à Bristol où elle a obtenu la catégorie de Docteur en Éducation. Pour sa carrière dans l'enseignement, la Reine Elisabeth l’a nommé Dame de la Grande Croix de l'Ordre de St Michel et de St George.

Le titre de Dame de l'Ordre de St Michel et de St George que m’a été accordé par sa Majesté représente beaucoup pour moi. Bien que la Reine le remette généralement à tous ses Gouverneurs Généraux, cependant je pense qu’il s’agit d’une reconnaissance de la contribution, de la qualité du service que les Gouverneurs Généraux dédient à leur pays, à leur peuple.

Il signifie beaucoup pour moi, c'est un titre que l’on garde toute sa vie, même après la cessation de ses fonctions. Le peuple de Sainte-Lucie et le reste du monde se rappelleront que j’ai reçu cet honneur en reconnaissance de la communauté et du peuple de Sainte-Lucie.

J'ai certains projets, l'un d'eux est la promotion de la langue et de la culture créole. Dans les années 1980 on m'appelait Mama Créole, quand j'étais présidente du Mouvement Créole à Sainte-Lucie et je pense que je suis toujours considérée comme Mama Créole. C'est quelque chose qui m’arrive particulièrement au cœur, car nous sommes créoles avec la langue, la culture. Nous venons de cette expérience créole, c'est une façon d'affirmer notre être, notre identité, notre âme, notre conscience, peu importe qui nous soyons de Sainte-Lucie, nous sommes des Caraïbes.

Pour moi la chose la plus importante dans la vie est de reconnaître les valeurs, le potentiel humain et d'utiliser les qualités, les attributs et les capacités qui nous ont été donnés, non seulement pour notre développement personnel, mais aussi pour le développement de nos frères et de nos sœurs et de l'humanité en général.

Vous devez croire en vous-même, et une fois que vous croyez en vous-même vous voyez le monde comme votre espace, un espace où vous devez croître et les autres aussi.

Il s’agit d’éduquer les autres et de travailler ensemble, ce qui est la chose la plus importante dans la vie pour moi.

Je dois avouer que les femmes de Sainte-Lucie m’apprécient et me considèrent comme un modèle, et ceci me fait plaisir.

Et j'espère que beaucoup de femmes apportent leur contribution à la société, comme je l'ai fait.

J'ai un message pour toutes les femmes de Sainte-Lucie, pour toutes les femmes des Caraïbes. Je veux leur dire : Nous sommes capables. Faites en sorte que les petits désagréments, les petites difficultés, ne vous fassent par reculer. Nous sommes capables. C’est pour cette raison que je vous demande d'aller de l'avant : nous sommes fortes et spirituelles.