IIIIIIIIIIIIIIII
Fêtes de la Statue de la Liberté ( VIII)
Par José Martí Traduit par
C'est de cette tribune que les délégués français et les hommes illustres de la République, groupés autour du président Cleveland, assistèrent à la parade de fête par laquelle New- York célébrait l'inauguration de la statue.
Illustration par : artistes cubains

C'est de cette tribune que les délégués français et les hommes illustres de la République, groupés autour du président Cleveland, assistèrent à la parade de fête par laquelle New- York célébrait l'inauguration de la statue des fleuves de baïonnettes, des milliers de chemises muges ; des miliciens gris, bleus et verts ; une tache de bérets blancs dans l'escadre ; sur un char passe une réduction du Monitor en miniature, dont un enfant vêtu en marin tient le gouvernail.

L'artillerie passe, avec ses servants en uniforme bleu ; la police au pas lourd ; les cavaliers aux revers jaunes ; de part et d'autre, les trottoirs sont noirs de monde. Le Hurrah  ! jailli aux abords du Parc Central, passant de bouche en bouche et grossissant va mourir dans le fracas de la batterie. Les étudiants de Colombia défilent sous leurs bonnets carrés ; les invalides et les juges sont en voiture ; les nègres défilent et la musique redouble, et, tout le long de leur route, un hymne les accompagne.

Dans la tribune, en applaudit au passage de l'élégante milice du 7° Régiment ; celle du 22e  est fort belle, chaque homme enveloppé dans sa cape de campagne ; deux fillettes allemandes offrent au président deux corbeilles de fleurs ; une enfant vêtue de bleu, qui tend à Lesseps un étendard de soie pour Bartholdi, peut à peine parler ; la Marseillaise ; avec son clairon d'or, semble survoler toute la procession. Le président, tête nue, salue les drapeaux déchirés ; les compagnies, en passant devant la tribune, inclinent leur drapeau ; les officiers des détachements français baisent la poignée de leur épée. Puis, soulevant les applaudissements frénétiques des gens massés sur les trottoirs, dans les tribunes, sur les balcons, on voit passer les manches vides, les jambes de bois, les fanions déchiquetés par les bailes.

Un vieillard se traine par terre dans sa capote couleur de tourterelle, et toute la vine voudrait lui donner la main ; il hale bravement son corps brisé comme, dans sa jeunesse, au temps des volontaires, il halait les pompes d'incendie ; c'est en recevant dans ses bras un enfant échappé d'un incendie qu'il les brisa ; pour sauver un vieillard, il laissa un mur s'écrouler sur ses jambes ; les pompiers le suivent dans leur costume d'autrefois, attelés par des cordes aux vieilles pompes ; et, au moment où apparait la plus vieille pompe, couverte d'argent et de fleurs, brimbalant sur ses roues légères et dont les jeunes gars en chemise rouge qui la tirent prennent soin, comme d'une enfant, débouche parmi la foule, se ruant vers un incendie proche, une de ces formidables pompes modernes. Il semble qu'après son passage l'air soit plus chaud et comme blessé. La fumée est noire et noirs sont les chevaux. Elle renverse des voitures et bouscule les gens. Des gerbes d'étincelles rougissent la fumée.

Le char rouge portant les grandes échelles passe en trombe ; la tour d'eau, énorme, le suit, roulant avec un fracas d'artillerie.

On entend une cloche impérieuse, la foule s'écarte avec respect, et une ambulance passe portant un homme blessé. Au loin, on entendait les régiments. Avec son clairon d'or, la Marseillaise survolait la vine.