IIIIIIIIIIIIIIII
Fêtes de la Statue de la Liberté (IV)
Par José Martí Traduit par
« Oui, oui, ce fut Laboulaye qui inspira Bartholdi ; l’idée est née chez lui. » « Va, dit- il, et propose aux États- Unis de construire un superbe monument en souvenir de son indépendance ; oui, la statue a voulu signifier que les Français raisonnables admirent l’usage pacifique que l’Amérique fait de la liberté ! »
Illustration par : artistes cubains

Il est petit; il tiendrait dans le creux de la main de la statue de la Liberté ; mais il a commencé à parler d’une voix si ferme et si fraîche que l’illustre assemblée, séduite et transportée, salua ce moment humain d’une salve d’applaudissements qui semblait ne devoir jamais finir. Qu’étaient le fracas des machines, le hurlement des sirènes, la canonnade des bateaux, ce monument qui le surplombait pour cet homme habitue à capturer les mers, à découper la terre ?

Ne fit- il pas rire, rire devant la statue, avec sa première phrase ? « La vapeur, messieurs, nous a fait progresser d’une étonnante façon ; mais, en ce moment, elle est bien gênante. »

 

Merveilleux vieillard ! Les Américains ne l’aiment pas parce qu’il est en train de faire,  malgré eux, ce qu’ils ne eurent pas le courage d’entreprendre : mais, avec sa première phrase, il a conquis les Américains ! Ensuite, il lut son discours, écrit de sa main sur des grandes feuilles blanches. Il disait des choses familières, ou bien donnait une forme familière à des choses graves. On voit, à sa façon de parler, combien il lui a été facile de changer le visage de la terre ; chacune de ses idées, ramassées comme une noix, est grosse comme une montagne.

Il ne se tient pas tranquille en parlant ; il se tourne de tous côtes, comme pour offrir à tous son visage ; il prononce certaines phrases en les accentuant d’un mouvement de tête, comme s’il voulait les clouer ; il parle un français martial qui sonne comme le bronze ; son geste favori consiste à lever rapidement le bras ; il sait qu’il faut passer sur la terre en triomphant ; sa voix, loin de s’éteindre, s’enfle  à mesure que le discours avance ; sa phrase courte ondule et s’ achève en pointe comme une lance ; le Gouvernement américain l’a invité à la fête, le premier des Français.

 « J’avais hâte de venir, dit il, en posant la main sur le drapeau qui drape  le rebord de la tribune : l’érection de la statue de la Liberté honore ceux qui la conçurent et ceux qui en comprirent  la signification en l’acceptant. » Pour lui, la France est la mer des peuples, et, avec une adresse suprême, il laisse tomber dans son discours, sans y contredire, ce jugement de Hepworth Dixon : Un historien anglais, Hepworth Dixon, après avoir déclaré dans son ouvrage sur la Nouvelle Amérique, que votre Constitution n’ est pas un produit de votre sol et ne procède pas non plus de l’esprit anglais, ajoute : «  On peut, au contraire, la considérer comme une plante exotique née dans « le climat de la France. »

Il ne s’attarde pas à des symboles, expose des faits. À ses yeux, les choses sont faites pour ce à quoi ils servent. Par le chemin de la statue de la Liberté, il en arrive à parler de son canal de Panama. «  Vous aimez les hommes qui osent et persévèrent, je dis avec vous «  Go ahead  ! » et nous comprenons quand nous parlons ce langage. »

«  Oui, oui, ce fut Laboulaye qui inspira Bartholdi ; l’idée est née chez lui. » «  Va, dit- il, et propose aux États- Unis de construire un superbe monument en souvenir de son indépendance ; oui, la statue a voulu signifier que les Français raisonnables admirent l’usage pacifique que l’Amérique fait de la liberté ! »