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Esteban Pichardo y Tapia. Géographe et cartographe
Par Antonio Núñez Jiménez Traduit par Alain de Cullant
Esteban Pichardo y Tapia a eu la gloire d'avoir donné à Cuba, au XIXe siècle, une géographie merveilleuse, une grande carte et son premier dictionnaire.
Illustration par : Marcos Esteban Hernández

Esteban Pichardo y Tapia (1799-1879) qui a eu la gloire d'avoir donné à Cuba, au XIXe siècle, une géographie merveilleuse, une grande carte et son premier dictionnaire, est né à Santiago de los Caballeros, Santo Domingo, le 26 décembre 1799, c'est-à-dire un an avant l'arrivée de Humboldt à Cuba. Dans sa Geografía de la Isla de Cuba, il se réfère aux tremblements de terre, Pichardo dit :

« On doit peut-être leur existence sur ce qui est écrit et la possibilité de les traiter. Un tel paradoxe mérite bien que je fasse une légère parenthèse personnelle pour l'expliquer. Ma famille maternelle vivait à Santiago de Cuba quand le tremblement de terre mémorable de 1776 s'est produit : mon arrière-grand-père le Régisseur Saviñon en a été victime et ma mère, enfant, a été blessée au front. La famille a quitté son pays et s’est réfugiée à Saint-Domingue, dans la ville de Santiago de los Caballeros, où vivait la famille de mon père, qui ne serait certainement jamais sorti de l'outre-mer ni connu celle à qui je dois la vie ».

En raison du tremblement de terre social causé par les événements de la fin du XVIIIe siècle à Saint-Domingue, la famille Pichardo a quitté cette île pour aller à Baracoa, la pointe orientale de Cuba, quand le futur géographe n'avait qu'un an et demi.

Pichardo était un homme aux multiples facettes : avocat, philosophe, romancier, géographe, poète, arpenteur et cartographe. Il fait ses premières études à Puerto Príncipe (province ce Camagüey) et, selon sa biographie publiée par Francisco Calcagno en 1878, il se distingue par son penchant pour la musique, la peinture et la poésie.

En 1821, il reçoit son diplôme en droit à Puerto Príncipe puis voyage à Porto Rico et à Philadelphie. Le jeune Pichardo publia sa première œuvre en 1822, intitulée Miscelánea Poética, qu'il déclara lui-même comme défectueuse en raison de son jeune âge. En 1823, il ouvre son cabinet à Guanajay et y exerça comme avocat pour le faire plus tard à La Havane.

En 1825, il se rend en Espagne où il est impliqué dans une vilaine affaire douanière qui l'oblige à fuir en France et aux États-Unis. Lorsqu'il fut acquitté, il rouvrit son cabinet et écrivit le livre Itinerario General de la Isla.

En 1826, il publia son célèbre Diccionario Provincial y casi razonado de voces cubanas, en même temps qu'il commence à produire des cartes de Matanzas et d'autres régions du pays. En 1851, il fut nommé secrétaire de la Commission de la Division Territoriale, poste dans lequel il accumula de grandes données pour la rédaction de la Geografía de la Isla de Cuba, publiée en 1854. L'année suivant de la publication de ces travaux, le gouvernement colonial a révoqué Pichardo, il retourne travailler comme avocat pendant quatre ans à Villa Clara.

Sa grande œuvre de cartographie au sommet a été la Gran carta geotopográfica de Cuba pour lequel il a fait deux excursions dans l'île, lors desquelles il a rectifié les latitudes, reconnu les côtes et écrit de nouvelles et curieuses données qui ont mérité l'approbation de toutes les entités scientifiques ainsi des manifestations répétées du gouvernement. Ce produit de 40 ans de travail et de sacrifices lui a valu le poste de secrétaire de la Commission Provinciale du Recensement.

En 1860, la reine d'Espagne félicite Pichardo pour les premières feuilles publiées de sa carte. Deux ans plus tard, il reçut la médaille de Comendador Ordinario de la R.O.A, d'Isabelle la Catholique.

Le grand géographe cubain a souffert de nombreuses difficultés et de nombreuses souffrances, mais peut-être ce qui l’a le plus frappé dans sa vieillesse a été l’emprisonnement de son fils Esteban Tranquilino, son collaborateur le plus fidèle accusé avec un noir libéré du délit présumé de sédition. Seul le prestige de Pichardo a fait qu’il soit emprisonné dans la ville où il vivait.

En 1865, il fut de nouveau révoqué, mais la Royal Société Économique des Amis du Pays lui décerna le diplôme de partenaire de mérite. La même année, il publie son roman de mœurs cubain El fatalista, où il y a une allusion à la révolution. Écrivain infatigable, il a également publié trois tomes intitulés Camino de la Isla de Cuba. Itinerarios.

La guerre d'indépendance commencée en 1868 a fait que le gouvernement espagnol soit intéressé à avoir des cartes actualisées de Cuba alors il a demandé l'aide d'Esteban Pichardo qui a pu ainsi terminer sa grande carte, incluant les feuilles correspondant à l'Orient, la scène fondamental de cette guerre. Le capitaine général du moment nomma le capitaine Ricardo Bodos pour prendre en charge les tâches d'impression. À cette époque, Pichardo était septuagénaire.

Dans son mémoire justificatif, il a écrit au sujet de sa nouvelle Carta geotopográfica de la Isla de Cuba :

« L'œuvre est enfin complètement terminée. La Carte de l’Île est complétée malgré l'âge avancé, la vue détériorée et le pouls légèrement vibrant. J'ai dit et je répéterai que j'avais passé une quarantaine d'années à étudier, à recueillir des données et à travailler théoriquement, et avec pratiquement quelques interruptions, selon mes domiciles et mes voyages à travers l'île ; mais de 1864 à nos jours, ce fut une dizaine d'années de constante occupation, de jour en jour, à de rares exceptions près... Plus d'un demi-siècle... …Et l’ai-je bien réalisée… ? Je le pense : ma conscience au moins ne discute même pas avec moi ; car là où quelque chose ne va pas je le confesse. L'acceptation publique, des intelligents et du gouvernement, à l'égard de la moitié occidentale de l'île me favorise et en ce qui concerne l’autre, l'orientale, autre plus récente et méconnue, l'effet du travail a été plus grand dans mon concept, augmentant la satisfaction de cette dernière Feuille qui paraissait vide et inconnu, elle est maintenant plein d'accidents, de noms, et plus riche et plus précis que l'extrémité occidentale du Cap San Antonio ».

En recevant le titre d'Académicien Émérite de l'Académie des Sciences Médicales, Physiques et Naturelles de La Havane, son président, le Dr. D.N.J. Gutiérrez a exprimé les difficultés économiques de Pichardo, son mauvais état de santé et il a dit de l'illustre géographe « il se consomme dans sa déplorable situation et, comme habitué, c’était une vie active d'études pratiques, l'inertie dans laquelle il se trouve maintenant traque son esprit, et il est la proie de termes sombres et de souvenirs et d’une peine écrasante ».

L'homme de son temps n'était pas seulement un spécialiste, mais il couvrait avec son intelligence enviable les thèmes du droit, du romancier, de la poésie et, surtout, de la cartographie. Il a été l'un des premiers chercheurs à mettre en évidence les nouveaux traits anthropologiques des créoles. En faisant le point sur le travail géographique de Pichardo, il est nécessaire de souligner son statut de premier grand géographe de notre pays et son cartographe le plus remarquable du XIXe siècle. Il pourrait être critiqué pour son éloignement des luttes d'indépendance, mais en cela il est nécessaire de prendre en compte le temps historique qu'il a dû vivre. Au début de la première guerre libératrice, il avait soixante-neuf ans. Cependant, son œuvre est pleine d'une cubanía indéniable, où il a mis en évidence des facteurs qui ont renforcé une conscience nationale, une base indispensable pour la fondation de notre nationalité récente.

 

* Antonio Núñez Jiménez Géographe. Docteur en Philosophie et Lettres, Il fut Président de la Fondation La Naturaleza y el Hombre

Source :

Adaptation de l'article publié par : Núñez, A. (1995) : Esteban Pichardo y Tapia. Geógrafo y Cartógrafo (1799-1879) Dans : Revista Canoa Nº 2. Fundación La Naturaleza y el Hombre. La Habana.

Revista Cubana de Geografía

Revue électronique appartenant à l'Institut de Géographie Tropicale

RNSP 2315

ISSN 2315-6126