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Elliott Erwitt a séjourné  à La Havane
Par Jorge Luis Rodríguez Aguilar Traduit par Alain de Cullant
Le légendaire photographe franco-américain Elliott Erwitt vient de passer quelques jours dans la capitale cubaine.
Illustration par : Mariano Rodríguez

Accompagné de son inséparable Leica, le légendaire photographe franco-américain Elliott Erwitt vient de passer quelques jours dans la capitale cubaine. Né à Paris en 1928 et fils d'immigrants russes juifs, Elio Romano Erwitz - qui a changé son prenom quelques années plus tard -, a étudié la photographie à Los Angeles et à New York et il est entré dans les cercles les plus distingués de la photographie étasunienne.

Elliott Erwitt, considéré par Robert Capa comme « le maître du moment opportun », a été l'un des piliers de la photographie des soixante dernières années. En 1953, le grand photographe l'invita à rejoindre la prestigieuse agence Magnum, car le jeune homme avait la particularité « d’être toujours, par hasard, au bon endroit et au bon moment ».

Le jeune avait une passion pour capturer des images et il décida de l'étudier sérieusement. Il avait déjà eu des contacts antérieurs avec la photographie et ses résultats étaient surprenants. Le propre Capa, pour beaucoup son mentor, lui présenta certains contacts fondamentaux comme Edward Steichen, Roy Stryker et Henri Cartier-Bresson, un des maîtres indispensables de la photographie mondiale et fondateur, en outre, de Magnum.

Bien que ses débuts aient été plus proches de la photographie sensationnaliste et des célébrités, son travail se dirigea vers la photographie de presse, devenant correspondant de diverses revues importantes. Mais un nouveau fait a provoqué un changement décisif dans sa vie : la guerre de Corée, où il a appris à confier davantage en ses instincts et à la véracité du reportage comme un fait documentaire de fait, qu’en la technique. De cette étape on a dit : « Les photos bien faites, celles que tu reçois, n'ont pas besoin de retouches ». C’étaient des photos différentes et avec celles-ci, il a remporté son premier prix.

Depuis lors, Erwitt va tenter de capturer le moment exceptionnel comme un acte déterminant de sa production artistique qui, dès les années 1960, s’étendra à d'autres domaines comme la réalisation de documentaires, de programmes de télévision et la production de livres. C’est aussi dans ces années qu’il a visité pour la première fois La Havane - comme correspondant de Newsweek – et il a immortalisé Fidel Castro et Ernesto Che Guevara dans certains de ses célèbres instantanées. Cuba lui a laissé un souvenir agréable et il l’a expérimenté une nouvelle fois lors de cette dernière visite.

Aujourd'hui, à 87 ans, il ne cherche plus le coup éblouissant de l'image. Il se voue à « documenter la vie d'une île en plein changement, où j'ai rencontré les gens les plus cordiaux et généreux de l’esprit des Caraïbes ». Il se sent nostalgique et il désire revenir à nouveau. Par ailleurs, il a eu l’idée d’un projet de soutien pour les jeunes photographes, intitulé The Elliott Erwitt Havana Club 7 Fellowship, qui permettra « d’explorer la condition humaine à Cuba à travers la photographie documentaire », mais sans retouche numérique ; comme elle est dans la réalité. Erwitt a eu comme maxime : « Mon approche est toujours la même. Je continue à développer en noir et blanc et sans appareils photo numériques [...] car, quand une photo est bonne, elle l’est. On n’a besoin de rien d’autre ».

L’histoire de la photographie se souviendra de lui pour un grand nombre de ses images connues : les portraits de Marilyn Monroe, Bob Dylan, Nikita Khrouchtchev, John et Jacqueline Kennedy, Richard Nixon, Simone de Beauvoir, Fidel et le Che, ainsi que pour ses nombreuses monographies et ses quatre livres dédiés aux chiens et aux mains et aux jambes de leurs propriétaires. Un artiste non conforme ; dans tous les sens du terme.