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Deux hommages à San Alejandro
Par Maikel José Rodríguez Calviño Traduit par Alain de Cullant
Les 200 ans de l'Académie des Arts Plastiques San Alejandro ont constitué la justification idéale pour concevoir deux expositions accueillies ces jours-ci par le Musée de l'Art Cubain du Musée National des Beaux-arts et le Centre de Développement des Arts Visuels.
Illustration par : Leopoldo Romañach

Les 200 ans de l'Académie des Arts Plastiques San Alejandro ont constitué la justification idéale pour concevoir deux expositions accueillies ces jours-ci par le Musée de l'Art Cubain du Musée National des Beaux-arts (MNBA) et le Centre de Développement des Arts Visuels (CDAV).

Sous le titre Bicentenaire de San Alejandro, tradition et contemporanéité, la première exposition, organisée par Delia María López Campistrous, spécialiste du MNBA, rassemble un grand nombre de pièces nous offrant un voyage chronologique à travers le travail que la seconde école pour l'enseignement des arts du continent américain a développée de 1818 à nos jours.

Grâce à un exercice de sélection attentif et une suggestive proposition muséographique, Bicentenaire... établit des parallèles entre les œuvres réalisées par les fondateurs, les directeurs et les premiers étudiants de l'Académie avec la poétique des artistes cubains modernes et contemporains diplômés de ses classes, dans un dynamique contrepoint iconographique reliant des motifs et des thèmes dont la résolution picturale rend compte du passage du temps et de la succession de styles ou des tendances dans l'histoire de l'art cubain. Ainsi, les sculptures, les peintures et les dessins illustrent ce processus de continuité et de rupture inhérente au devenir historique d'une école qui se projette dans l'avenir à partir de sa tradition historique et picturale.

Il s’agit, avant tout, d’une exposition très représentative, avec un certain zèle didactique qui l'enrichit substantiellement, car elle constitue une occasion idéale pour les amateurs des arts visuels intéressés de la façon dont, au niveau académique, ont évolué de forme logique et constante le paysage, le portrait, le nu et les scènes religieuses ou historiques, en correspondance avec les intérêts et les procédures inhérentes de chaque créateur. On ne pouvait pas s'attendre de moins d'une conservatrice expérimentée comme Delia Maria Lopez, ni du Musée National, dont les collections recueillent une grande partie du patrimoine pictural national réalisé dans San Alejandro.

Odeur de la pluie, la deuxième exposition, organisée par Evelynn Alvarez et Harold Ramirez, se concentre sur la relation art/pédagogie qui se déroule aujourd'hui dans les salles de classe de l'école. L'exposition comprend plus de 20 exposants, entre étudiants et professeurs, sans une distinction muséographique précise, unis dans l'exercice didactique et les processus de création artistique qui garantissent le développement des arts visuels cubains jour après jour. En fait, le processuel constitue l'un des piliers de la conservation de cette proposition, puisque de nombreuses pièces exposées conforment des exercices de classe ou des algorithmes de travail en pleine évolution. Les références à la propre histoire de l'art occidental, le lien de la photographie avec l'abstraction, l'installation et la gravure, et la réflexion, en clé ironique ou humoristique, ne manquent pas, ainsi que la sculpture comme une manifestation artistique soumise à des procédures techniques spécifiques.

Cette proposition pourrait très bien se transformer en un projet chargé de visualiser les œuvres de diplôme développées par les étudiants de San Alejandro tout au long de l'année scolaire. En outre, une telle proposition serait substantiellement enrichie si, au lieu de se limiter simplement à montrer des pièces réalisées par des étudiants ou des professeurs, elle traduisait le langage iconographique ou muséographique de ces processus d'apprentissage, de création et de rétroaction qui germent et croissent durant l'exercice pédagogique. Malheureusement, ces algorithmes n'ont pas été clairs dans Odeur de la pluie, quand, en rigueur, ils devraient s’ériger comme les piliers essentiels d'un projet axé sur la réflexion des dynamiques inhérentes à l'enseignement artistique, à ces praxis intellectuelles qui sont établies tous les jours entre le corps professoral et les étudiants.    

Cependant, je considère que les deux expositions devraient être appréciées dans leur ensemble, car, comme elles se complètent, elles offrent une vue d'ensemble du discours esthétique et pédagogique développé par l'Académie des Arts Plastiques San Alejandro durant ses deux siècles d’existence. D'un côté, l’histoire, la tradition, la rupture et la continuité ; de l'autre, les nouvelles générations immergées dans les dynamiques de l'apprentissage et la recherche de leurs propres discours. Avec les deux propositions, l'École (comme l’appellent affectueusement ses étudiants et ses diplômés) nous montre ce qu’elle a été et, surtout, quels nouveaux défis elle devra affronter dans les années à venir.