IIIIIIIIIIIIIIII
Danse contemporaine de Cuba : une histoire française
Par Yuris Nórido Traduit par Alain de Cullant
La France a été le premier pays visité par Danza Contemporánea de Cuba, après sa fondation par Ramiro Guerra, il y a six décennies.
Illustration par : Julio Larramendi

La compagnie cubaine a commencé une tournée dans le pays où elle a commencé sa carrière internationale, il y a près de soixante ans.

Le 9 janvier, Danza Contempoora de Cuba a commencé sa première tournée internationale de l’année : cinq villes en France ont accueilli la maison mère de la danse cubaine moderne, avec un programme composé de chorégraphies importantes de la dernière décennie.

Consagración, des Français Christophe Béranger et Jonathan Pranlas-Descours ; Coil, de Julio César Iglesias, et Matria Etnocentra, de George Céspedes : sont des pièces qui parcourent différents chemins stylistiques. Une chose qu’elles ont en commun : l’enthousiasme, la force et la maîtrise technique qu’exigent un casting qui, personne n’en doute, est l’un des plus solides et capables du pays... et de tout le continent.

Il y a trois décennies que le groupe ne se présentait pas en France, si on décompte quelques représentations au début de la dernière décennie à Lyon. Le public et la critique de ce pays ont eu l’occasion d’apprécier le travail d’une compagnie ayant reçue des ovations dans plusieurs pays d’Europe, en particulier en Grande-Bretagne et en Allemagne, ses principales places dans cette région du monde.

Mais ce qui est significatif dans ce voyage, c’est que la France a été le premier pays visité par Danza Contemporánea de Cuba, après sa fondation par Ramiro Guerra, il y a six décennies. À l’époque elle s’appelait Conjunto de Danza Moderna, et elle semait la graine de ce qui allait devenir le grand mouvement de la danse moderne dans le pays au fil des ans.

L’invitation était de participer au Festival de Théâtre des Nations, à Paris en 1961. Ce fut un événement important : certaines des compagnies scéniques les plus importantes des deux côtés de l’Atlantique se sont rencontrées dans la Ville Lumière. C’était l’occasion pour Cuba de présenter son nouvel art, qui avait prospéré grâce à l’impulsion de la Révolution, à partir de la grande tradition culturelle cubaine.

Mais en avril de la même année, a eu lieu l’invasion mercenaire de Playa Giron, qui a secoué toute la nation. On vivait sur le pied de guerre. Et c’est précisément la force indomptable d’un peuple, et son engagement envers la nouvelle société qui se forgeait, qui a garanti la victoire en seulement 72 heures.

Le développement des événements a retardé le départ de la compagnie. Mais être en France était un engagement, et quelques jours après la compagnie a atteint sa destination.

Ces représentations dans le célèbre théâtre de l’Olympia, au 28 boulevard des Capucines, ont marqué la danse cubaine : la critique française a averti qu’un nouveau style était né. En fait, c’étaient les fondements d’une école authentique dialoguant avec l’esthétique et les techniques américaines et européennes, mais basées sur l’acquis national.

Là a commencé un voyage qui a amené la compagnie dans les principaux théâtres du monde au cours de ces décennies.

La distribution d’aujourd’hui ne ressemble pas à celle de ces années : maintenant il y a une école garantissant le niveau et la disponibilité des artistes. Mais sans Ramiro, sans ces premiers danseurs, maîtres et chorégraphes, on pouvait à peine compter sur le tissu extraordinaire d’aujourd’hui. Être un pionnier est souvent un défi titanesque.